vendredi 10 février 2012 Dernière mise à jour 11h59
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Des racines et des hommes

Jean Aubry   27 octobre 2006  Vin
Olivier Decelle et Marjorie Gallet.
Olivier Decelle et Marjorie Gallet.
Paris — Hier prenait fin à Paris le Salon international de l'alimentation (SIAL 2006 - The Global Food Marketplace) qui, comme son nom l'indique, touche l'alimentaire sous toutes ses coutures. Et quand je dis sous toutes ses coutures... Retenons par exemple cette société qui propose des bananes avec fermeture éclair intégrée pour faciliter la mise en bouche du fruit oblong ou cette entreprise qui, sous le couvert d'un tube dentifrice bien dodu, offre du tartare de boeuf finement haché, sans oublier cette société qui, plus maligne encore, commercialise des pastilles de vin fondant sous le voile du palais et révélant, selon l'humeur du consommateur ou l'heure de la journée, des goûts fruités, épicés, boisés et plus encore. N'y manquait que le «patch de vin» appliqué directement sur la peau pour faciliter l'ivresse épidermique, comme cela se fait pour les accros au tabac. Ici, l'innovation dépasse la fiction!

L'espace vin y a aussi sa place. Une place qui grossit d'ailleurs un peu plus chaque année, comme en témoignait ce nouvel emplacement réservé aux Best Buy 2006, dont c'était la première cette année. Derrière l'opération, un constat: «Le marché international du vin est tiré par l'essor d'une consommation mondiale fondée sur la demande d'un rapport qualité-prix attractif, sachant que les vins à moins de cinq euros représentent [aujourd'hui] plus des trois quarts du marché mondial.» Ce constat invite naturellement à la question suivante: les metteurs en marché répondent-ils vraiment aux demandes du consommateur ou bien mettent-ils en «boîte» des produits susceptibles d'aller au-devant de leurs désirs? Cela n'aurait sans doute aucune importance s'il n'était pas encore une fois question d'argent. Et de prix.

Car voilà, le vin, comme tout autre produit de consommation, n'échappe pas au commerce, avec, à la clé, le dénominateur commun du prix le plus bas. Pour y parvenir, un volume qui passe par une industrialisation, bien sûr, mais surtout, depuis peu, à l'intérieur de l'Union européenne, par une déréglementation encore inédite au chapitre de la pratique oenologique. Avec des répercussions directes sur les prix. Vous avez par exemple entendu parler du boisage «artificiel» des vins: il est dorénavant autorisé partout et pour toutes les appellations en France. Scandaleux? Attendez de déguster une bouteille de vin levuré aux OGM et issu de clones en culture hydroponique, sans une once de terroir derrière! C'est là tout le paradoxe de la chose, sans compter la levée de boucliers contre ces vins de masse qui inondent les marchés, lessivent les cerveaux et déracinent les hommes. Surtout ceux qui font métier du vin.

En France, le world wine est aux frontières. Évidemment, les Gaulois gueulent. Ils ont raison. Ils ont tort aussi. Raison pour la spécificité culturelle (qui ne la défend pas, d'ailleurs) et tort de ne pas en faire un cheval de bataille. Je les ai vus plus combatifs, nos amis français, il serait temps qu'ils prennent conscience que l'enjeu peux aussi se jouer à deux niveaux: celui du vin «grand public», d'excellente qualité d'ailleurs, comme la marque Chamarré (voir Le Devoir du 10 mars dernier), et celui du vin d'auteur, farouche et indéracinable, fier et beau parleur de terroirs. C'est le message que je souhaite faire passer à la Confédération paysanne en France, qui lançait récemment une pétition par l'entremise d'une «campagne contre les naufrageurs du vin» (www.contrelesnaufrageursduvin.org). Messieurs dames de la Confédération, j'hésite à penser que la France des terroirs puisse être à ce point mal dans ses racines avec plus de 1000 ans d'histoire pour avoir à craindre cette «dissolution des particularismes culturels par Bruxelles» dont ne peuvent et ne pourront jamais s'enorgueillir de posséder ces pays du Nouveau Monde qui semblent vous donner tant de soucis. Au mieux, vous affûtez ce discours du terroir qui fait plus que jamais rêver Japonais, Américains, Belges, Québécois et j'en passe. Au pire, vous offrez à la planète vin un vin «grand public» élaboré avec ces volumes de pinards encore trop nombreux qui ternissent l'image même des appellations d'origine contrôlée (AOC) françaises. Dans les deux cas, non seulement vous n'êtes pas perdants, vous passez en plus ce coup de balai qui aurait dû depuis longtemps assainir la situation dans les AOC. Bien avant le world wine!

Des vins d'auteur?

La France en fourmille. Tenez, j'étais la semaine dernière du côté de Maury, au Mas Amiel, avec Olivier Decelle et sa «protégée» Marjorie Gallet, qui officie avec tout autant de grâce que de détermination à son domaine du Roc des Anges en appellation Côtes-du-Roussillon Villages. Voilà deux auteurs parmi la myriade de vignerons qui s'appliquent à raconter ces cépages et ces terroirs qui font la France. Ont-ils des problèmes de stocks sur les bras? Disons qu'il y a des amateurs qui, fidèles d'un millésime à l'autre, les allègent de ce côté, même si rien n'est jamais gagné d'avance. Leurs soucis? Dénicher (et payer de leur poche) les meilleurs porte-greffes dans une région, mais surtout veiller, en raison de pouvoirs publics qui ne se sont jamais penchés sur la question, à l'équilibre hydrique, lorsqu'il ne s'agit pas de cueillir aux maturités phénoliques et physiologiques parfaites. Le résultat vous prend aux tripes. Que ce soit les vins secs (Plaisir, Altaïr, Carerades) ou doux (Maury Vintage, Cuvée Charles Dupuy et autres Privilège) de chez Decelle ou les grenaches gris, grenaches noirs, carignans et syrahs de la jeune Marjorie, il y a là beaucoup de relief dans la passion. Qui diable veut encore me faire croire à une mondialisation des goûts?

Jean Aubry est l'auteur du Guide Aubry 2007 - Les 100 meilleurs vins à moins de 25 $, paru ce mois-ci.

jean-aubry@vintempo.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
0 réaction
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012