Café du Monde : quatre étoiles de mer
84, rue Dalhousie, Québec, 418 692-4455.
Le personnel d’accueil nous installe dans la verrière qui donne sur le fleuve Saint-Laurent. Nous nous attablons. Le regard se porte au loin… Je redécouvre mon Saint-Laurent d’un oeil neuf. Ne manqueraient qu’une brise parfumée d’embruns et les cris d’oiseaux pélagiques (bon, d’accord, quelques degrés supplémentaires aussi !) pour que la sensation de bord de mer soit parfaite. Pour deux femmes aux vies mouvementées, cette halte dans un cadre aux accents océaniques est la bienvenue.
Malgré notre irrépressible envie de bavarder, nous consultons avec appétit le splendide menu. Les petits croûtons avec trempette de crème sure, poivrons rouges et fines herbes permettent de poser un regard relativement serein sur les nombreux choix qui s’offrent à nous.
Les auspices de Neptune
Les entrées invitent à la découverte. J’adore les huîtres mais mon invitée n’a jamais osé en manger, redoutant un peu, comme bien des gens, d’en trouver la texture déconcertante. Elle décide pourtant de se lancer. Ce sera soir de première !
Bien conseillée par la sympathique serveuse, elle opte pour les North Point de l’Île-du-Prince-Édouard, un bon choix pour débuter, tandis que je fixe ma sélection sur les Blackberry Bay, du même endroit. En guise de plat principal, ce sera la paella « pleine mer » pour moi et le crabe des neiges de la Gaspésie pour elle.
Il convient d’arroser dignement ces agapes sous les auspices de Neptune. Le Café du Monde est le premier établissement canadien à détenir la certification « Réseau bistrots beaujolais ». Il s’agit d’une continuité pour ce resto qui fait la part belle aux délices du terroir français. Ce label implique que la clientèle aura le plaisir d’y déguster les 12 appellations du Beaujolais, et servis dans les règles de l’art, s’il vous plaît. Pourtant, nos choix éminemment maritimes nous font plutôt obliquer vers un pinot gris/riesling très frais, un Tête-à-Tête 2009. Un nom prédestiné pour une soirée axée vers une conversation fleuve !
Savoureuses escales
Nos huîtres arrivent, les demi-coquilles déposées sur un lit de gros sel dans des assiettes rectangulaires. Les miennes s’avèrent charnues et d’un salin bien affirmé, les siennes présentant une saveur plus douce et une dimension idéale pour s’initier à ce mollusque. Pour mon amie, c’est une révélation. « C’est décidé : j’aime les huîtres ! », s’exclame-t-elle.
Nous n’en sommes pas au bout de notre ravissement gastronomique. Voici nos mets principaux. Ma paella s’étale dans une large écuelle à hauts bords, telle une plage sur laquelle la mer aurait déposé ses délicats trésors. Sur le sable blond - entendez ici un riz cuit à la perfection, juste croquant sous la dent, d’un beau jaune safran - ont été dispersés, comme au gré des ressacs, une gamba (crevette géante), quelques moules, des rondelles de calmar, cinq ou six palourdes, des morceaux de merluche et de maquereau et de petits copeaux de chorizo. Une assiettée de soleil et de parfums maritimes qui me ravit.
Ma compagne reçoit un plateau où le crabe est roi. D’une fraîcheur irréprochable, il est accompagné de frites croustillantes et d’une salade, beurre citronné et mayo maison à l’avenant. Vous le savez sans doute, il faut être déterminé et surtout avoir tout son temps pour déguster du crabe, pince après pince. Mon amie mettra près de deux heures à venir à bout de son crustacé gaspésien. Alors qu’elle s’en excuse presque auprès de notre serveuse, celle-ci lui rétorque avec humour : « Nous sommes de tout coeur avec vous, madame », ce qui nous met en joie ! Le personnel est décidément d’un abord agréable.
Retour au quai
La nuit est tombée et, avec elle, la satiété. Nous osons pourtant conclure ce repas aux accents salins sur une touche sucrée. Mon invitée opte pour la classique crème brûlée : on ne s’y trompe pas, celle-ci s’avère délicieuse, crémeuse à souhait, décorée d’une tranche de fraise et d’un « biscuit » de sucre filé.
Ayant une joyeuse prédilection pour le pouding au riz, qui évoque pour moi l’insouciance de l’enfance, j’hésite pourtant. Ne serait-ce pas un peu trop de riz, après ma paella ? Je me décide pourtant… et je fais bien.
Je reçois quelques minutes plus tard une surprenante coupe géante ! L’objet, qui fait bien 30 centimètres de haut, recèle un assemblage de riz soyeux et délicatement vanillé, flanqué d’un petit bol et d’une saucière emplie de caramel fondant… Je m’esclaffe devant l’extravagant objet. Et me régale aussi sûrement de son contenu.
Deux cafés allongés décaféinés viennent clore cette bombance au Café du Monde, qui mérite assurément quatre étoiles… de mer !
Plus : les portions généreuses et goûteuses, puis une serveuse aussi compétente que facétieuse.
Moins : une mise en bouche un peu quelconque et la musique d’ambiance quasi inaudible.
Repas pour deux, le vin, les taxes et le service compris : 166 $.
Collaboratrice







