Un tour de Table à l’hôtel Pur
395, rue de la Couronne
Québec, 418 647-1444, poste 6121
À l’une des extrémités, de larges baies vitrées donnent sur la place qui se trouve devant l’église Saint-Roch. Celles-ci laissent entrer beaucoup de lumière et accentuent l’impression générale d’espace. La façade de l’église monumentale fait en quelque sorte partie du décor du restaurant, ainsi que la place qui prolonge le parvis. Comme cette place est un lieu de rencontre très fréquenté depuis longtemps, il y a peu d’endroits à St-Roch où le contraste entre le nouveau et l’ancien quartier, le pauvre et le riche, est aussi évident.
On peut s’y soustraire par le choix d’une table en retrait des baies vitrées, mais comme ma compagne et moi avons une vue panoramique sur la place et sur l’église, nous n’aurons de cesse d’échanger sur la gentrification de ce quartier tout au long de la soirée. Ce qui ne nous privera nullement, comme la plupart des clients, d’apprécier notre savoureux repas.
Il y a des soirs où l’embarras du choix ressemble à une tâche plus qu’à un agrément. Le chef de Table a prévu le coup et propose aux couples qui souhaitent se laisser guider plutôt que de prendre les commandes trois menus présélectionnés parmi la trentaine de tapas sur la carte. Ces sélections sont servies avec ou sans accord des vins.
Le menu Partage
Nous optons pour le menu Partage avec accord des vins, ce qui nous évitera de choisir parmi la cinquantaine de vins proposés, dont quelques-uns au verre, pour accompagner notre menu varié. Nous laissons donc de côté les appétissants aiglefin en tempura sauce sweet chili, dattes farcies au bleu d’élibeth ou croquettes de morue sauce tzatziki, ou encore les flanc de porc laqué au miel et soya, betteraves rôties avec pistaches caramélisées à l’érable et côtelettes d’agneau marinées au romarin, ail et vin rouge, et nous attendons sagement les suggestions du chef.
Une musique rythmée de tendance électroacoustique, pas trop forte mais bien présente, nous tient compagnie. Le premier verre de vin est le bienvenu pour assouplir cette ambiance plutôt percussive. Il s’agit d’un fort agréable Oyster Bay de Nouvelle-Zélande, bien frais, qui se mariera avec bonheur à nos trois premiers plats.
Nous commençons par une grappe de tomates cerises servies avec fromage de chèvre, huile fine et vinaigre balsamique vieilli. Les tomates ont été chauffées mais sont toujours crues. Elles conservent ainsi leur fermeté et la chaleur en rehausse la saveur. La touche de balsamique et le fromage fort et fin complètent parfaitement les tomates.
Une révélation du côté des minipieuvres grillées qui sont servies sur lit de pois chiches et légumes en dés. Elles sont tendres, croustillantes en surface et d’un délicieux goût grillé qui s’apparente à la meilleure cuisson sur BBQ. On nous dit que ces pieuvres de la grosseur d’un biscuit format régulier sont importées spécialement pour Table. En tout cas, elles font sur nous un effet boeuf. L’accompagnement de pois, tomates, céleri et échalote en dés est légèrement relevé d’huile et de vinaigre mais manque un peu de présence. J’ajoute un peu de fleur de sel, disponible sur chaque table, pour corriger la situation.
De nos trois premiers tapas, le trio de crevettes et calabrese, avec coulis de mangue et noix de coco, s’avère le plus prévisible. Les crevettes (importées) sont tendres et savoureuses, mais ni le léger piquant de la calabrese, ni le coulis aux fruits en font autre chose que de bonnes crevettes.
À mi-parcours
Nous voilà à mi-parcours de notre aventure. Un vin rouge de qualité annonce la transition. On nous sert un Château Chapelle Ségur, de Saint-Émilion, primé, malheureusement à la température de la pièce… Dommage. Une fraîcheur normale en aurait atténué les tanins bien présents et aurait bonifié son charme. Ce vin puissant sera néanmoins parfait pour accompagner le macaroni fromage et truffe qui atterrit sur notre table, avec le croustillant aux champignons et les pétoncles des îles de la Madeleine.
Nous dégustons immédiatement les quatre pétoncles servis sur coquille pendant que le goût du vin blanc perdure en bouche. Trois des pétoncles sont fort agréables, recouverts de chapelure japonaise (panko) mélangée à du beurre à l’ail. Mais le quatrième est trop cuit, un peu ferme et sec. De plus, le goût du caviar de poisson qui décore ces pétoncles a tendance à dominer. Mieux vaut les manger séparément.
Revenons au macaroni, qui déborde de saveur. Les lardons bien grillés et la sauce concentrée à base de bière blanche, avec une pointe de truffe, en rendent le goût bien équilibré, presque explosif. Voilà une variation étonnante et très réussie de ces pâtes classiques souvent apprêtées de façon banale.
Le troisième et dernier plat de ce deuxième service est notre préféré. Sous une jolie croûte feuilletée bien dorée se cache une généreuse portion de champignons absolument délicieux. Ils sont apprêtés en sauce, qui est en fait une onctueuse mayonnaise liquide au goût de truffe, dans laquelle baignent des pleurotes et des portobellos légèrement rôtis, enchanteurs.
Ce divertissant repas s’achève par un trio de desserts : une verrine de tiramisu onctueux et légèrement sucré, avec doigt de dame, deux beignets givrés de sucre à tremper dans une sauce caramel à la fleur de sel ou dans une sauce au chocolat noir un peu amère — la sauce caramel s’harmonise nettement mieux — et une petite boule de sorbet à la vanille plus fraîche que savoureuse. Le tout est servi avec un verre de Moscatel de Setubal, un vin dessert portugais léger et fruité. Au final, tout s’est bien déroulé, notre repas était très satisfaisant et l’addition reste plutôt modique.
Plus: bon goût, originalité, diversité.
Moins: un décor froid.
Notre repas avec taxes: 108 $.
Collaborateur








