Michelangelo: un grand restaurant, très intime
Québec — Le Michelangelo loge depuis 1993 dans un spacieux bâtiment construit spécialement pour héberger ce ristorante italien haut de gamme, sur le chemin Saint-Louis, en vue des ponts de Québec. Il accueille une clientèle privilégiée d'habitués, des touristes attirés par son excellente réputation et des clients de passage venus y célébrer une occasion spéciale.
Deux choses nous frappent dès notre arrivée: l'accueil exceptionnel, ainsi que le luxe et la beauté du décor. Le propriétaire, Nicola Cortina, souhaite personnellement la bienvenue à chaque client, puis il circule dans la salle à manger, causant avec certains, blaguant avec d'autres. La nombreuse équipe du service aux tables travaille dans le même esprit convivial, tout en étant d'une rare efficacité.
Ce grand restaurant demeure aussi très intime car il est divisé en plusieurs petites sections qui mettent à l'aise; on s'y sent chez soi. Quelques salons entièrement privés peuvent aussi accommoder de 8 à 120 personnes.
Le livre des vins du Michelangelo est impressionnant. On y découvre à peine quelques suggestions de divers pays mais un choix encyclopédique de vins italiens et français, incluant de nombreux formats d'un litre et demi, trois ou six litres, et plusieurs millésimes de vins prestigieux comme Château Margaux ou Petrus, à des prix oscillant entre 100 $ et 5000 $. Il faut être attentif pour y dénicher une bouteille à moins de 75 $. Heureusement, la maître d'hôtel (qui est aussi la fille du patron) nous suggère un très agréable vin italien à prix abordable: un Monferrato La Vespa.
Après qu'elle eut gentiment répondu à toutes nos questions, nous choisissons dans le menu classique italien — très veau, fruits de mer et pâtes maison — une saisie de ris de veau avec champignons sauvages et sauce à l'ail comme entrée (ma compagne s'abstient), puis le potage du jour aux champignons et une bisque de crabe. Les plats principaux seront une assiette de scampis au citron confit avec risotto au parmesan pour madame, et le spécial veau «Michelangelo» avec linguine pour monsieur.
Tout sera bon, ou très bon, mais nous découvrirons au fil de la soirée que l'excellence du service, la beauté du décor et l'ambiance feutrée (jamais nous ne serons incommodés par le bruit, dans un restaurant pourtant bondé) comptent pour autant que la qualité des mets dans les prix élevés de l'endroit.
Par exemple, mon ris de veau est tendre, sa saveur, délicate, les champignons qui l'accompagnent sont savoureux et la sauce qui lie le tout est très goûteuse et bien équilibrée. Mais les potages qui sont ensuite servis à table, en soupières, dans des bols brûlants, sont un peu décevants. La bisque de crabe nous étonne particulièrement par son accent très relevé, à l'aïoli, qui masque le goût délicat du crabe.
Nous nous attendions à plus de finesse de cette bisque dominée par une exubérance piquante qui a certes son charme, mais qui ne met guère en valeur son principal ingrédient. Le potage aux champignons est agréable, sans plus; sa saveur pourrait être plus franche et sa texture, plus veloutée. Les langoustines de ma compagne sont ensuite bien présentées, tendres et délicatement relevées.
Chose rare, ma complice s'enthousiasme pour son risotto, que je trouve également fameux, et ses petits légumes d'accompagnement, encore légèrement croquants, sont délicieux: minces haricots, brocoli, zucchini et carotte naine. Mon spécial veau «Michelangelo» consiste en quatre escalopes apprêtées différemment, disposées en croix autour d'un noyau de linguines assaisonnées à la tomate, basilique et huile d'olive. Ma chère âme s'offusque de n'y voir aucun légume, juste un discret brin de persil. Elle considère cette lacune comme un crime de lèse-majesté à notre ère de cuisine santé.
On nous assure pourtant que c'est ainsi qu'on sert le veau «Michelangelo» et j'en suis quitte pour partager les légumes de ma complice, en me disant qu'elle a bien raison. Au moins, le veau est merveilleux. Chaque escalope fond dans la bouche et trois d'entre elles me ravissent. L'une est apprêtée à la sauce crémeuse au citron, l'autre aux champignons avec sauce au porto et la troisième est recouverte d'un fromage parmesan gratiné avec sauce tomate — ma préférée. La quatrième, au mozzarella gratiné, me paraît fade. Les pâtes maison sont également impeccables.
Pendant ce temps, le bal du service se poursuit: courtoisie, rapidité, discrétion, le personnel voit et pourvoit à tout. Une serviette rince-doigts bien chaude apparaît par exemple quelques instants après la disparition des langoustines. Nous sommes choyés.
Notre satisfaction culinaire culmine au dessert. Parmi une dizaine de choix appétissants, ma complice opte pour un léger trio de sorbets maison et je penche finalement pour un gâteau mi-cuit avec fondant au chocolat et crème anglaise au Grand-Marnier, après avoir été très tenté par la tarte tatin. Or ce gâteau s'avère un véritable péché — que le pape nous pardonne — tant sa texture divine et son goût ensorceleur de chocolat noir délicatement lové dans la crème anglaise font valser ma gourmandise.
Il faudrait être capricieux pour ne pas apprécier ce repas. Pourtant, la nouvelle que nous transmet la fille du patron, à savoir que le Michelangelo fera très bientôt peau neuve (en janvier 2011) pour intégrer une formule bistro dans une partie du restaurant, nous semble tout à fait de circonstance. Une offre plus variée, plus jeune et plus actuelle renouvellera certainement l'intérêt de fréquenter ce restaurant apprécié des gens d'affaires qui, comme nous l'a appris l'actualité, aiment depuis longtemps fréquenter l'endroit pour sa qualité et sa discrétion.
D'ailleurs, le fait qu'ils aient entendu parler du restaurant dans les médias semble avoir attiré des clients, confie la maître d'hôtel; comme nous, qui nous sommes ainsi rappelé son existence.
- Plus: un service royal et convivial des plus agréables.
- Moins: une excellente table sans surprise qui gagnera à être actualisée.
- Notre repas. avec vin et taxes: 183 $.
- Ristorante Michelangelo, 3111, chemin Saint-Louis, Québec, % 418 651-6262.
***
Collaborateur du Devoir
***
Les bonnes fourchettes du mois
La Fenouillère
3100, chemin Saint-Louis
Québec, 418 653-3886
Ce restaurant réputé est situé exactement en face du Michelangelo. Cuisine d'inspiration française adaptée aux meilleurs produits du terroir québécois: canard, pintade, cerf rouge, saumon, homard, pétoncles, apprêtés suivant les nouvelles tendances gastronomiques. Carte des vins élaborée, à tous les prix, avec grand choix de vins au verre (formule «payez ce que vous buvez»).
Le Feu Sacré
68 1/2, rue Saint-Louis
Vieux-Québec, 418 694-9022
Ce nouveau restaurant se distingue par ses délicieuses grillades de boeuf Northridge AAA d'Alberta, proposées en plusieurs coupes et poids. On y sert aussi poissons et fruits de mer. Le décor marie les chaleureux murs de pierre du quartier historique et l'esthétique contemporaine. Salle à manger confortable, bar et salons privés avec foyer pour accommoder toutes les clientèles.
Espace Bellefeuille
59, avenue de la Gare
Montmagny, 418 248-8158
Ce petit bistro sympathique, au coeur de Montmagny, offre une fine cuisine régionale apprêtée avec soin et originalité: boeuf de Cap-Saint-Ignace, fromage de l'Isle-aux-Grues, oie d'élevage, poisson et fruits de mer. Le chef propriétaire ne peut recevoir que 16 clients à la fois, en soirée, du mercredi au samedi. Mieux vaut réserver. Une boutique de produits fins complète le plaisir.
Pat Rétro
1983, rue de Bergerville
Québec, 418 681-8536
Pourquoi bouder son plaisir? La saison est encore belle pour savourer de bonnes frites maison, une poutine, un hot-dog, un hamburger ou une portion de pain à la viande. Depuis 1983, Pat Rétro entretient la flamme du Roi et de la Reine de la patate disparus, dans un décor des années 1950-60. Même s'il a changé récemment de propriétaire, l'esprit et l'agrément demeurent.
Deux choses nous frappent dès notre arrivée: l'accueil exceptionnel, ainsi que le luxe et la beauté du décor. Le propriétaire, Nicola Cortina, souhaite personnellement la bienvenue à chaque client, puis il circule dans la salle à manger, causant avec certains, blaguant avec d'autres. La nombreuse équipe du service aux tables travaille dans le même esprit convivial, tout en étant d'une rare efficacité.
Ce grand restaurant demeure aussi très intime car il est divisé en plusieurs petites sections qui mettent à l'aise; on s'y sent chez soi. Quelques salons entièrement privés peuvent aussi accommoder de 8 à 120 personnes.
Le livre des vins du Michelangelo est impressionnant. On y découvre à peine quelques suggestions de divers pays mais un choix encyclopédique de vins italiens et français, incluant de nombreux formats d'un litre et demi, trois ou six litres, et plusieurs millésimes de vins prestigieux comme Château Margaux ou Petrus, à des prix oscillant entre 100 $ et 5000 $. Il faut être attentif pour y dénicher une bouteille à moins de 75 $. Heureusement, la maître d'hôtel (qui est aussi la fille du patron) nous suggère un très agréable vin italien à prix abordable: un Monferrato La Vespa.
Après qu'elle eut gentiment répondu à toutes nos questions, nous choisissons dans le menu classique italien — très veau, fruits de mer et pâtes maison — une saisie de ris de veau avec champignons sauvages et sauce à l'ail comme entrée (ma compagne s'abstient), puis le potage du jour aux champignons et une bisque de crabe. Les plats principaux seront une assiette de scampis au citron confit avec risotto au parmesan pour madame, et le spécial veau «Michelangelo» avec linguine pour monsieur.
Tout sera bon, ou très bon, mais nous découvrirons au fil de la soirée que l'excellence du service, la beauté du décor et l'ambiance feutrée (jamais nous ne serons incommodés par le bruit, dans un restaurant pourtant bondé) comptent pour autant que la qualité des mets dans les prix élevés de l'endroit.
Par exemple, mon ris de veau est tendre, sa saveur, délicate, les champignons qui l'accompagnent sont savoureux et la sauce qui lie le tout est très goûteuse et bien équilibrée. Mais les potages qui sont ensuite servis à table, en soupières, dans des bols brûlants, sont un peu décevants. La bisque de crabe nous étonne particulièrement par son accent très relevé, à l'aïoli, qui masque le goût délicat du crabe.
Nous nous attendions à plus de finesse de cette bisque dominée par une exubérance piquante qui a certes son charme, mais qui ne met guère en valeur son principal ingrédient. Le potage aux champignons est agréable, sans plus; sa saveur pourrait être plus franche et sa texture, plus veloutée. Les langoustines de ma compagne sont ensuite bien présentées, tendres et délicatement relevées.
Chose rare, ma complice s'enthousiasme pour son risotto, que je trouve également fameux, et ses petits légumes d'accompagnement, encore légèrement croquants, sont délicieux: minces haricots, brocoli, zucchini et carotte naine. Mon spécial veau «Michelangelo» consiste en quatre escalopes apprêtées différemment, disposées en croix autour d'un noyau de linguines assaisonnées à la tomate, basilique et huile d'olive. Ma chère âme s'offusque de n'y voir aucun légume, juste un discret brin de persil. Elle considère cette lacune comme un crime de lèse-majesté à notre ère de cuisine santé.
On nous assure pourtant que c'est ainsi qu'on sert le veau «Michelangelo» et j'en suis quitte pour partager les légumes de ma complice, en me disant qu'elle a bien raison. Au moins, le veau est merveilleux. Chaque escalope fond dans la bouche et trois d'entre elles me ravissent. L'une est apprêtée à la sauce crémeuse au citron, l'autre aux champignons avec sauce au porto et la troisième est recouverte d'un fromage parmesan gratiné avec sauce tomate — ma préférée. La quatrième, au mozzarella gratiné, me paraît fade. Les pâtes maison sont également impeccables.
Pendant ce temps, le bal du service se poursuit: courtoisie, rapidité, discrétion, le personnel voit et pourvoit à tout. Une serviette rince-doigts bien chaude apparaît par exemple quelques instants après la disparition des langoustines. Nous sommes choyés.
Notre satisfaction culinaire culmine au dessert. Parmi une dizaine de choix appétissants, ma complice opte pour un léger trio de sorbets maison et je penche finalement pour un gâteau mi-cuit avec fondant au chocolat et crème anglaise au Grand-Marnier, après avoir été très tenté par la tarte tatin. Or ce gâteau s'avère un véritable péché — que le pape nous pardonne — tant sa texture divine et son goût ensorceleur de chocolat noir délicatement lové dans la crème anglaise font valser ma gourmandise.
Il faudrait être capricieux pour ne pas apprécier ce repas. Pourtant, la nouvelle que nous transmet la fille du patron, à savoir que le Michelangelo fera très bientôt peau neuve (en janvier 2011) pour intégrer une formule bistro dans une partie du restaurant, nous semble tout à fait de circonstance. Une offre plus variée, plus jeune et plus actuelle renouvellera certainement l'intérêt de fréquenter ce restaurant apprécié des gens d'affaires qui, comme nous l'a appris l'actualité, aiment depuis longtemps fréquenter l'endroit pour sa qualité et sa discrétion.
D'ailleurs, le fait qu'ils aient entendu parler du restaurant dans les médias semble avoir attiré des clients, confie la maître d'hôtel; comme nous, qui nous sommes ainsi rappelé son existence.
- Plus: un service royal et convivial des plus agréables.
- Moins: une excellente table sans surprise qui gagnera à être actualisée.
- Notre repas. avec vin et taxes: 183 $.
- Ristorante Michelangelo, 3111, chemin Saint-Louis, Québec, % 418 651-6262.
***
Collaborateur du Devoir
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Les bonnes fourchettes du mois
La Fenouillère
3100, chemin Saint-Louis
Québec, 418 653-3886
Ce restaurant réputé est situé exactement en face du Michelangelo. Cuisine d'inspiration française adaptée aux meilleurs produits du terroir québécois: canard, pintade, cerf rouge, saumon, homard, pétoncles, apprêtés suivant les nouvelles tendances gastronomiques. Carte des vins élaborée, à tous les prix, avec grand choix de vins au verre (formule «payez ce que vous buvez»).
Le Feu Sacré
68 1/2, rue Saint-Louis
Vieux-Québec, 418 694-9022
Ce nouveau restaurant se distingue par ses délicieuses grillades de boeuf Northridge AAA d'Alberta, proposées en plusieurs coupes et poids. On y sert aussi poissons et fruits de mer. Le décor marie les chaleureux murs de pierre du quartier historique et l'esthétique contemporaine. Salle à manger confortable, bar et salons privés avec foyer pour accommoder toutes les clientèles.
Espace Bellefeuille
59, avenue de la Gare
Montmagny, 418 248-8158
Ce petit bistro sympathique, au coeur de Montmagny, offre une fine cuisine régionale apprêtée avec soin et originalité: boeuf de Cap-Saint-Ignace, fromage de l'Isle-aux-Grues, oie d'élevage, poisson et fruits de mer. Le chef propriétaire ne peut recevoir que 16 clients à la fois, en soirée, du mercredi au samedi. Mieux vaut réserver. Une boutique de produits fins complète le plaisir.
Pat Rétro
1983, rue de Bergerville
Québec, 418 681-8536
Pourquoi bouder son plaisir? La saison est encore belle pour savourer de bonnes frites maison, une poutine, un hot-dog, un hamburger ou une portion de pain à la viande. Depuis 1983, Pat Rétro entretient la flamme du Roi et de la Reine de la patate disparus, dans un décor des années 1950-60. Même s'il a changé récemment de propriétaire, l'esprit et l'agrément demeurent.











