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Chère Italie de Bice

29 mai 2009 | Philippe Mollé | Restaurants
En général, chez les Italiens, on a le souci du décor, de la table bien mise, et c’est le cas chez Bice.
Photo : Jacques Grenier En général, chez les Italiens, on a le souci du décor, de la table bien mise, et c’est le cas chez Bice.
À Montréal, les bons restaurants italiens sont plus rares qu'on le croit, plus rares que ceux qui prétendent, à grand renfort de publicité, faire en tout temps des pâtes, de la pizza et, en prime, de la cuisine chinoise et québécoise. L'Italie recèle de petits trésors gastronomiques, parfois simples comme les citrons de Sicile, parfois copiés cent fois — souvent mal copiés — comme l'unique et original vinaigre balsamique traditionnel de Modène (aceto balsamico tradizionale di Modena).

Certains restaurants, en bons centurions, résistent aux modes et réussissent encore à nous faire frissonner en dégustant un risotto, du veau au thon ou encore des pâtes parfaitement cuites (avec le point blanc au milieu).

Originaire de Milan, Bice a lancé des petits restaurants depuis son arrivée au Québec, au point de former désormais un groupe qui gère de nombreux établissements vantant les mérites culinaires du vieux pays.

Le restaurant est moderne, de bon goût: grands espaces, banquettes jaunes, boiseries, ainsi qu'un grand bar qui agrémente une terrasse chauffée aspirant elle aussi aux beaux jours. En général, chez les Italiens, on a le souci du décor, de la table bien mise, et c'est le cas chez Bice.

Pour son anniversaire, j'y ai invité un ami de toujours en lui promettant cependant qu'il n'y aurait ni gâteau, ni chanson pour couronner l'événement. Une jolie nappe blanche, des serviettes de coton, des verres fins et de beaux ustensiles rendaient la table séduisante au premier coup d'oeil. Comme chez tous les Italiens qui se respectent, il y a le menu établi, mais aussi le menu du chef réservé au patron et à ses amis, et qui ne figure pas sur la carte. Nous nous contentons de celle-ci, qui offre déjà un grand choix aux gourmets.

Nous commençons par une salade d'épinards à la figue, au feta, aux noix de Grenoble et au prosciutto, accompagnée de sa vinaigrette à la moutarde de Meaux (et non de maux, comme indiqué sur le menu) et miel. Nous souhaitions ainsi appeler l'été tant attendu. Parmi les jeunes pousses d'épinards, une fine tranche de jambon, un morceau de feta, mais aucune trace de noix de Grenoble. Un bon assaisonnement vient rehausser l'ensemble.

Le service est très attentionné, parfois trop, au point de nous empêcher de respirer. Le poisson du jour, annoncé oralement, varie selon les arrivages. Ce jour-là, le flétan est à l'honneur. Il s'agit d'un des meilleurs poissons sur le marché, mais qui exige une cuisson juste et précise pour garder son moelleux. Parfaitement cuit, côté peau en premier, puis fini au four, il est accompagné de rapini et de petits légumes. Il manque peut-être un filet de citron ou d'huile d'olive.

Mon invité, lui, opte pour le veau — découpé en fines escalopes — garni d'une sauce à la crème, qui vient avec des champignons, des rapini et de petites tomates. Des picatta, pour reprendre le nom que leur donnent les Italiens, qui se mélangent entre sauce et légumes. Le plat est néanmoins correct.

Le temps est venu de passer aux dolci (douceurs). On retrouve ici les desserts habituels — tiramisu, crème brûlée, gelati —, mais on découvre aussi un superbe pain perdu aux noisettes, relevé d'une glace au chocolat et banane et d'une crème anglaise parfumée à la liqueur de noisette.

Pour ce qui est de l'environnement, le grand mur teinté de fausse verdure, d'alcôves garnies de soliflores d'orchidées, éclaire la terrasse tout en douceur. Une bonne musique s'accorde au ballet du service empressé et des clients qui se racontent. Un bon verre de vin et on se croirait en pleine Italie romantique.

Ce restaurant exige cependant quelques billets verts, voire rouges, si on veut y passer une agréable soirée en bonne compagnie. La carte des vins, bien garnie et adroitement orchestrée, expose à des envolées de prix même si on s'abstient des grands crus (qui font du supersonique entre l'Italie et la rue Sherbrooke).

- Prix payé pour deux, le soir, avec deux salades, deux plats, deux desserts et une bouteille de vin à 45 $, avant taxes et service: 187 $.

- Plus: un cadre charmeur, une cuisine chère mais bonne et diversifiée.

- Moins: le prix des vins et le service parfois trop présent.

Restaurant Bice

1504, rue Sherbrooke Ouest

Montréal

514 937-6009

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