Héritage Montréal - À la découverte des vieilles écoles
Le patrimoine scolaire figure dans l’ADN de Montréal
Dinu Bumbaru s’active depuis 30 ans au sein de l’organisme Héritage Montréal, oeuvrant à la valorisation et à la protection du patrimoine du Grand Montréal. Le 18 avril dernier, il a donné une conférence sur le thème du patrimoine scolaire d’ici et d’ailleurs. Au menu : la présentation de ce pan méconnu de la métropole, mais aussi de l’initiative de la Commission scolaire de Montréal, qui s’est dotée d’un comité du patrimoine. Entretien.
Le directeur des politiques d’Héritage Montréal, Dinu Bumbaru, rentre tout juste d’un court séjour à Tokyo lorsque nous le joignons par téléphone. « Je fais partie d’un groupe international qui travaille sur les sites de la modernisation du Japon, confie-t-il. Ceux de la révolution industrielle du XIXe siècle et de l’ouverture du pays sur le monde. »
Bien que cette part de l’héritage nippon occupe une partie de ses réflexions printanières, son enthousiasme pour la question du patrimoine scolaire montréalais est palpable. « C’est une très bonne cause aussi ! », lance-t-il. Elle était d’ailleurs au coeur de sa conférence livrée jeudi dernier à l’Université de Montréal (UdM), dans le cadre de la Journée internationale des monuments et des sites de l’UNESCO.
« Le thème de cette année est le patrimoine de l’éducation, rappelle-t-il, donc, on parle bien sûr des écoles, petites et grandes, mais aussi des campus universitaires, des centres de recherche, etc. Il y a une présence universitaire depuis deux siècles dans la métropole, ce qui est considérable, et elle est inscrite dans l’architecture. Et ce n’est pas seulement un patrimoine important qui nous documente sur le passé, c’est un patrimoine identitaire pour aujourd’hui et demain. La tour de l’UdM, le campus de McGill : ça fait partie de l’ADN de Montréal. »
Héritage méconnu
M. Bumbaru croit néanmoins que l’héritage scolaire de la ville est largement méconnu, généralement négligé dans les grands débats sur l’éducation, où on se questionne sur les programmes, l’accessibilité et la place de l’éducation dans notre société. « Souvent, on néglige le fait que les lieux d’éducation sont des lieux identitaires. Actuellement, on se préoccupe à juste titre des champignons et des conditions de salubrité dans les écoles des quartiers de Montréal, mais peut-être qu’on coupe court la discussion sur l’intérêt patrimonial de certaines d’entre elles. Si on avait une approche de gestion du patrimoine, peut-être qu’on aurait travaillé davantage en mode prévention plutôt qu’en mode démolition d’urgence. »
Un paysage instructif
Lorsqu’on lui demande de nommer quelques bâtiments scolaires dignes de mention, il avoue avoir un faible pour l’école Notre-Dame-de-la-Défense, sise depuis 1933 avenue Henri-Julien, dans la Petite Italie. De style art déco, c’est l’une des conceptions les plus significatives de l’architecture scolaire d’Eugène Larose. « Son architecture est magnifique et très novatrice. Elle n’est pas académique ou symétrique, avec une grande entrée dans le milieu et l’escalier, comme on le voit par exemple chez certaines écoles du quartier Hochelaga. Elle nous rappelle davantage ce qui se passait aux Pays-Bas dans les années 1920, où il y avait tout un mouvement social pour améliorer les conditions de l’éducation. Elle est formidable. »
Il y a aussi l’école Lajoie, dans Outremont. « Elle a une architecture intéressante, mais, en plus, on peut constater que certaines sculptures sont inachevées dans la façade. Je ne sais pas si ç’a été fait de façon consciente, mais c’est assez étonnant ! » Il en nomme aussi une troisième, l’école Notre-Dame-des-Neiges, anciennement l’Académie Saint-Joseph, conçue par Georges-Alphonse Monette en 1918. Elle se dévoile aux usagers du métro Côte-des-Neiges, dans le chemin du même nom. Ce bâtiment beaux-arts de brique rouge, de grès et de granit est composé d’un corps central flanqué de deux pavillons, au sein desquels évoluaient séparément les filles et les garçons, explique le site web Montréal en quartiers, lié à Héritage Montréal. « Aujourd’hui entièrement mixte, y ajoute-t-on, c’est l’une des premières à demander la déconfessionnalisation, et la première à l’obtenir, après de houleux débats en 1979. »
« On parle vraiment d’un patrimoine de centaines de bâtiments. Il y aurait beaucoup à dire aussi sur certaines des écoles plus récentes », assure M. Bumbaru. Il explique que l’architecture scolaire reflète les visions de l’éducation qui se sont exprimées au fil des époques. Par exemple, la mise en marche de la Révolution tranquille, au tournant des années 1960, s’est traduite dans le domaine de l’éducation par une nouvelle approche de l’enseignement. Dans la foulée et parfois un peu en amont, l’architecture de certaines écoles primaires montréalaises a été orientée de façon à être « plus accueillante, moins monumentale, mais plus fonctionnelle pour les jeunes ». Avec un seul étage.
Une initiative saluée
Celui qui préside aussi la branche canadienne du Conseil international des monuments et des sites (ICOMOS-Canada) souhaite également saluer l’initiative de la Commission scolaire de Montréal, qui s’est dotée il y a une quinzaine d’années d’un comité du patrimoine afin de l’éclairer dans ses décisions et d’éviter ainsi des erreurs regrettables. Une première au pays, souligne-t-il. « Elle a même fait un inventaire patrimonial de ses écoles, en collaboration avec l’UdM. C’est un travail intéressant et unique qui devrait inspirer les autres commissions scolaires de l’île de Montréal à s’occuper un peu plus de leur patrimoine. »
Il aimerait justement voir se développer une approche systématique d’inventaire, de qualification patrimoniale et « tout simplement » de maintenance, en accord avec l’esprit et l’énoncé de la Loi sur le développement durable du Québec. « La sensibilité évolue chez les décideurs, mais les engagements réels sont encore trop rares. Il faut aller un peu au-delà des discours. Pour reprendre une expression bien connue dans le monde de l’éducation : il faut faire ses devoirs ! », s’exclame l’homme avec un sourire qu’on devine à l’autre bout du fil. Il invite par ailleurs tout le monde à être soucieux de notre patrimoine scolaire et propose que les enfants soient amenés à comprendre l’architecture à travers celle de leur école. « C’est là le principe de base de l’éducation : permettre aux gens d’exercer leur jugement afin d’être de meilleurs citoyens. »
Visites printanières
Cette fin de semaine, des visites guidées printanières sont offertes par Héritage Montréal. Parfois gratuites et moyennant réservation, elles offrent l’occasion de découvrir des bâtiments au centre-ville, comme cette ancienne école construite en 1829, dans la rue de la Gauchetière, par le même architecte qui a conçu la basilique Notre-Dame. « Une école intéressante pour l’époque, car bilingue et non confessionnelle. »
Une chance aussi de mieux connaître le néogothique campus Loyola de l’Université Concordia, dont les premiers bâtiments furent construits à la fin de la Première Guerre mondiale. « La visite présente son histoire et l’architecture de ses pavillons, mais aussi les beaux défis de sa restauration actuelle. » Les détails sont disponibles auprès de l’organisme.
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