Les tours d’habitation envahiront aussi le centre-ville de Montréal - La peur du vide
Pour le seul arrondissement Ville-Marie, les promoteurs immobiliers ont déposé à la Ville de Montréal 70 projets qui donneront naissance à 70 gratte-ciel. Et il ne s’agit pas de tours à bureaux, mais bien de constructions à vocation résidentielle. Une telle manne dans l’univers de la construction est-elle une bonne ou une mauvaise nouvelle ?
Le centre-ville de Chongqing, comme toute photographie en témoigne, est une véritable jungle urbaine. Là-bas, la densité des constructions s’impose : la population totale de cette ville chinoise avoisine les 30 millions d’habitants, soit presque autant que la population canadienne, qui, elle, se déploie sur le nord de tout un continent.
En Chine, donc, on construit : quand on a plus d’un milliard de personnes à loger, quand on a une économie où un taux de croissance annuelle inférieur à 8 % est considéré comme un résultat décevant, il y a de quoi faire.
62 millions de logements vides !
Cela dit, ce pays asiatique connaît aussi quelques ratés immobiliers. On parle ainsi de villes fantômes. Songeons à Kangbashi, où un million d’habitants étaient attendus et où personne, ou presque, ne s’est au final pointé. Il en va de même à Ordos, là où le déficit s’établit à presque 300 000 citoyens absents : il faut croire que la Mongolie n’a pas la faveur auprès des Hans, qui semblent considérer que les tempêtes de vent et de sable de Pékin leur suffisent amplement. Inutile d’aller vérifier si elles sont aussi féroces ailleurs.
Paradoxe : la Chine vit une crise du logement, faute d’espaces résidentiels, et ce, malgré des plans massifs d’aménagement et de constructions d’immeubles. À cet égard, une statistique traduit bien la crise qui touche tout le pays : dans les grands centres urbains que sont la capitale et des villes comme Shanghaï, il y a présentement en Chine 62 millions de logements inhabités !
Pourquoi ? Si la richesse nouvelle a permis à beaucoup de devenir propriétaires, les taux hypothécaires étant là, comme ici, fort réduits, un nouveau phénomène financier est apparu : on achète des appartements non pas pour y vivre, mais comme un placement qui sera plus tard rentable. Pas question, dans ces conditions, de permettre à des locataires de s’y installer ; il y aurait usure des lieux, donc perte de qualité de l’investissement.
Mort des centres-villes
Ce qui se passe à l’autre bout de la planète n’est pas un phénomène purement local, voire isolé. Si vous êtes à Tel-Aviv, la métropole israélienne aux trois millions d’habitants, vous verrez déjà que des logements dans les nouvelles tours, celles d’une cinquantaine d’étages, sont vides, plus d’un Français ou autre Méditerranéen trouvant le prix de vente somme toute bas. Beaucoup s’achètent donc une deuxième demeure, quitte à n’y séjourner qu’une semaine ou deux par an.
À Toronto, il s’en trouve déjà plus d’un pour se plaindre que le soir venu, le centre-ville est une ville morte, les grandes tours d’habitation apparaissant plus comme un lieu d’immobilisation financière que comme une zone d’habitation permanente.
Montréal construit
Pendant ce temps, à Montréal, on construit. Si l’Europa compte 27 étages, si le Rockbella dépasse la trentaine, la Tour des Canadiens, ou du moins ses promoteurs, affiche fièrement le résultat atteint : 50 étages résidentiels, un sommet ici. Et, dans tous ces cas, nul doute n’est permis : tout se vend, souvent sans peine. Et cela se comprend pour qui vient d’une métropole comme Paris, New York ou Londres. Là, pour un petit million de dollars, vous obtiendrez au mieux un pied-à-terre, pas un « penthouse » dans un édifice qui abritera aussi une piscine et autres salles d’exercices, sans parler d’un garage pour l’inévitable voiture.
De nouveaux projets immobiliers montréalais, certes, mais accueilleront-ils demain des résidants permanents, ou seront-ils là tout simplement vides en attendant une simple revente qui permettra d’afficher un profit sur un placement judicieux ?
À Tel-Aviv, on songe à instaurer une loi qui obligerait à conjuguer achat et obligation de résidence, quitte à ce que ce soit en louant l’appartement. À Montréal, on n’en est certes pas là. Mais peut-être qu’un peu de vigilance à cet égard s’impose.







