C'est le temps d'acheter des antiquités !
Un meuble québécois vendu autrefois 10 000 $ peut maintenant partir à 3500 $
Il est plus facile de trouver des pièces de collection aujourd'hui qu'il y a 20 ans. Beaucoup d'anciens clients revendent de très beaux morceaux achetés dans les années 1970.
«C'est la crème qui ressort. C'est le temps d'acheter du meuble ancien», déclare Jean-Claude Taquet, antiquaire installé depuis 41 ans rue Saint-Denis à Montréal. Les prix ont beaucoup baissé depuis cinq ans. Un meuble québécois vendu 10 000 $ peut maintenant partir à 3500 $.
Dans sa boutique, Antiques Puces libres, 3916 rue Saint-Denis, on trouve de tout: de la brocante, des pièces de collection, «mais toujours de la qualité», dit-il. Son mot d'ordre est d'acquérir des pièces de qualité qui ont subi le moins de restauration possible.
M. Taquet se spécialise dans les meubles québécois, les jouets, les horloges ou encore les canards sculptés. «Une chaise parle, explique-t-il. Une chaise de Montmagny n'est pas comme celle de Sainte-Thérèse, de la Côte-de-Beaupré, de l'île d'Orléans, de Beaumont ou de Saint-Raphaël.»
Dans le cas d'un meuble, le tiroir et le dos nous renseignent sur son âge. Jean-Claude Taquet, arrivé au Québec à l'âge de quatre ans et demi, a énormément appris en faisant du porte-à-porte chez l'habitant. «Il y a 30 ou 40 ans, on trouvait les meubles seulement chez l'habitant», déclare-t-il.
Dans les granges et les poulaillers
Jadis, environ 90 % des meu-bles du Québec étaient fabriqués en pin. On trouvait aussi du noyer tendre et du tilleul. «Du pin neuf, c'est blanc comme un bas, ce n'est pas beau», avance l'antiquaire. Les meubles étaient donc peints. Les couleurs d'origine imitaient le bois de chêne ou le noyer, couleur rouille. Il pouvait y avoir également du vert épinard ou pissenlit, du bleuet et du sang-de-boeuf.
«Quand je faisais du porte-à-porte, il m'arrivait de trouver un meuble dans le poulailler ou dans la grange. J'étais sûr de trouver un meuble d'au moins 150 ans, voire de deux siècles, avec sa couleur d'origine. Si le meuble était dans le grenier ou dans la chambre, malheureusement il était moins vieux et en plus il avait été repeint d'une dizaine de couches de peinture moderne, raconte Jean-Claude Taquet. Les gens nous demandaient beaucoup plus cher, alors que le meuble était beaucoup moins intéressant.»
Décaper un meuble pour retrouver sa couleur d'antan, c'est un art qu'exécute M. Taquet, couche par couche. Une commode fédérale américaine provenant de Coaticook était recouverte de cinq couches de peinture qui cachaient certains détails sculptés. «Je l'ai décapée moi-même, cela m'a pris 40 heures. Ses clous sont forgés, ce qui prouve que c'est une antiquité antérieure à 1835», assure M. Taquet.
Un meuble décapé au bois vaut moitié moins cher qu'un autre avec sa première teinte. Une belle armoire de mariage faite par un ébéniste a été trop décapée à l'extérieur. Aujourd'hui, elle coûte 3400 $. «On aurait pu la vendre entre 8000 $ et 10 000 $ si elle avait gardé sa couleur d'origine sur ces panneaux extérieurs. Ici aussi, les crochets ont été forgés par un forgeron.»
Le patrimoine québécois
Les bois du Québec ont une belle patine et vieillissent bien. Étant donné les températures hivernales, on ne trouve trace ni de termites, ni de vers du bois, comme en Europe. «Si le meuble est plein de piqûres de termites, ce n'est pas un meuble québécois. Il vient de la Caroline du Sud, de la Caroline du Nord ou de l'Eu-rope», précise l'antiquaire.
Le meuble québécois se caractérise par son aspect primitif et rustique. Il est sobre et se marie bien avec le moderne. Aujourd'hui, les clients sont aussi renseignés que l'antiquaire. «Auparavant, on pouvait vendre n'importe quoi d'ancien, mais ce n'est plus le cas. Ils veulent des choses de qualité qui ont un renom, une signature.»
La clientèle est âgée de 50 ans ou plus ou elle a moins de 25 ans. Les personnes âgées de 25 à 45 ans ne sont pas de grands acheteurs du patrimoine québécois. «Ce n'est pas une question de budget, elles n'ont pas cette culture du mobilier québécois et préfèrent dépenser autrement», croit l'antiquaire.
Des éléments d'architecture
Certains marchands se spécialisent plutôt dans les antiquités architecturales. Frank Valiente, propriétaire du Spazio, revend surtout des manteaux de foyer, de la quincaillerie, des portes, des vitraux, des fenêtres, des moulures de bois. «Tout ce qui est lié à la maison et qui est fixe, même les lustres», témoigne-t-il.
M. Valiente a ouvert son magasin il y a huit ans, lorsqu'il cherchait des pièces d'époque pour agrémenter sa maison datant de 1864. Les 10 000 pieds carrés situés boulevard Saint-Laurent, dans Villeray, à Montréal, promettent aux visiteurs d'étonnantes trouvailles.
«Ici, il faut être inspiré et laisser aller sa créativité», dit-il. Un portail peut être utilisé comme une tête de lit, une ancienne glacière comme une cave à vin, des balustres de balcon comme des pattes de table, un vitrail comme rideau, etc.
Régulièrement, l'industrie du cinéma loue du matériel pour des tournages. «Récemment, pour Snow White, avec Julia Roberts, ils ont refait un village et ont pris des portes, de la quincaillerie, des fenêtres», raconte M. Valiente.
***
Collaboratrice du Devoir
«C'est la crème qui ressort. C'est le temps d'acheter du meuble ancien», déclare Jean-Claude Taquet, antiquaire installé depuis 41 ans rue Saint-Denis à Montréal. Les prix ont beaucoup baissé depuis cinq ans. Un meuble québécois vendu 10 000 $ peut maintenant partir à 3500 $.
Dans sa boutique, Antiques Puces libres, 3916 rue Saint-Denis, on trouve de tout: de la brocante, des pièces de collection, «mais toujours de la qualité», dit-il. Son mot d'ordre est d'acquérir des pièces de qualité qui ont subi le moins de restauration possible.
M. Taquet se spécialise dans les meubles québécois, les jouets, les horloges ou encore les canards sculptés. «Une chaise parle, explique-t-il. Une chaise de Montmagny n'est pas comme celle de Sainte-Thérèse, de la Côte-de-Beaupré, de l'île d'Orléans, de Beaumont ou de Saint-Raphaël.»
Dans le cas d'un meuble, le tiroir et le dos nous renseignent sur son âge. Jean-Claude Taquet, arrivé au Québec à l'âge de quatre ans et demi, a énormément appris en faisant du porte-à-porte chez l'habitant. «Il y a 30 ou 40 ans, on trouvait les meubles seulement chez l'habitant», déclare-t-il.
Dans les granges et les poulaillers
Jadis, environ 90 % des meu-bles du Québec étaient fabriqués en pin. On trouvait aussi du noyer tendre et du tilleul. «Du pin neuf, c'est blanc comme un bas, ce n'est pas beau», avance l'antiquaire. Les meubles étaient donc peints. Les couleurs d'origine imitaient le bois de chêne ou le noyer, couleur rouille. Il pouvait y avoir également du vert épinard ou pissenlit, du bleuet et du sang-de-boeuf.
«Quand je faisais du porte-à-porte, il m'arrivait de trouver un meuble dans le poulailler ou dans la grange. J'étais sûr de trouver un meuble d'au moins 150 ans, voire de deux siècles, avec sa couleur d'origine. Si le meuble était dans le grenier ou dans la chambre, malheureusement il était moins vieux et en plus il avait été repeint d'une dizaine de couches de peinture moderne, raconte Jean-Claude Taquet. Les gens nous demandaient beaucoup plus cher, alors que le meuble était beaucoup moins intéressant.»
Décaper un meuble pour retrouver sa couleur d'antan, c'est un art qu'exécute M. Taquet, couche par couche. Une commode fédérale américaine provenant de Coaticook était recouverte de cinq couches de peinture qui cachaient certains détails sculptés. «Je l'ai décapée moi-même, cela m'a pris 40 heures. Ses clous sont forgés, ce qui prouve que c'est une antiquité antérieure à 1835», assure M. Taquet.
Un meuble décapé au bois vaut moitié moins cher qu'un autre avec sa première teinte. Une belle armoire de mariage faite par un ébéniste a été trop décapée à l'extérieur. Aujourd'hui, elle coûte 3400 $. «On aurait pu la vendre entre 8000 $ et 10 000 $ si elle avait gardé sa couleur d'origine sur ces panneaux extérieurs. Ici aussi, les crochets ont été forgés par un forgeron.»
Le patrimoine québécois
Les bois du Québec ont une belle patine et vieillissent bien. Étant donné les températures hivernales, on ne trouve trace ni de termites, ni de vers du bois, comme en Europe. «Si le meuble est plein de piqûres de termites, ce n'est pas un meuble québécois. Il vient de la Caroline du Sud, de la Caroline du Nord ou de l'Eu-rope», précise l'antiquaire.
Le meuble québécois se caractérise par son aspect primitif et rustique. Il est sobre et se marie bien avec le moderne. Aujourd'hui, les clients sont aussi renseignés que l'antiquaire. «Auparavant, on pouvait vendre n'importe quoi d'ancien, mais ce n'est plus le cas. Ils veulent des choses de qualité qui ont un renom, une signature.»
La clientèle est âgée de 50 ans ou plus ou elle a moins de 25 ans. Les personnes âgées de 25 à 45 ans ne sont pas de grands acheteurs du patrimoine québécois. «Ce n'est pas une question de budget, elles n'ont pas cette culture du mobilier québécois et préfèrent dépenser autrement», croit l'antiquaire.
Des éléments d'architecture
Certains marchands se spécialisent plutôt dans les antiquités architecturales. Frank Valiente, propriétaire du Spazio, revend surtout des manteaux de foyer, de la quincaillerie, des portes, des vitraux, des fenêtres, des moulures de bois. «Tout ce qui est lié à la maison et qui est fixe, même les lustres», témoigne-t-il.
M. Valiente a ouvert son magasin il y a huit ans, lorsqu'il cherchait des pièces d'époque pour agrémenter sa maison datant de 1864. Les 10 000 pieds carrés situés boulevard Saint-Laurent, dans Villeray, à Montréal, promettent aux visiteurs d'étonnantes trouvailles.
«Ici, il faut être inspiré et laisser aller sa créativité», dit-il. Un portail peut être utilisé comme une tête de lit, une ancienne glacière comme une cave à vin, des balustres de balcon comme des pattes de table, un vitrail comme rideau, etc.
Régulièrement, l'industrie du cinéma loue du matériel pour des tournages. «Récemment, pour Snow White, avec Julia Roberts, ils ont refait un village et ont pris des portes, de la quincaillerie, des fenêtres», raconte M. Valiente.
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Collaboratrice du Devoir







