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    Salon international de la maison de Milan - Le design prend des allures de déjà-vu

    21 février 2009 | Jean-Claude Poitras | Habitation
    Le dernier Salon international de la maison de Milan (MACEF), qui s'est déroulé en janvier dernier à la Fiera Milano, a posé sur le milieu du design actuel un regard prévisible, empreint de nostalgie et de conservatisme. Signe des temps, en pleine crise économique, la vitrine internationale, axée ces dernières années sur la création contemporaine, s'est contentée d'être le refuge bien sage de valeurs sûres.

    Milan — C'est sous la neige, le froid et la grisaille de la banlieue milanaise que les organisateurs de ce salon semestriel, créé en 1964, avaient invité les accros du design à découvrir les tendances les plus marquantes de la mode maison pour la saison à venir. Pourtant, avec l'absence quasi totale de commerçants et de journalistes venus de l'étranger, cette fête internationale du design allait vite se transformer en foire commerciale destinée uniquement au marché italien.

    Cet événement design a vite pris l'allure d'une vaste «rétrospection» qui a su réconforter et combler les âmes romantiques, ferventes admiratrices des styles champêtre et rustique. En ces temps de récession et d'insécurité, Milan a opté de façon non équivoque pour le retour en force du cocooning avec une multitude de références au passé qui, toutes, célébraient le confort douillet et le charme discret et suranné des maisons de campagne de tous les horizons.

    L'omniprésence des styles inspirés par la Nouvelle-Angleterre, la Bretagne, la Provence ou la Toscane était marquante dans toutes les collections, allant du mobilier aux objets décoratifs, des arts de la table jusqu'au linge de maison. C'est le triomphe d'un certain arpoit de vivre qui raconte une jolie histoire et que proposent depuis plusieurs années les magazines français de déco Côté Sud, Côté Est et Côté Ouest. Sur un air de déjà-vu, on recrée des armoires à l'ancienne, des tables et des chaises de salle à manger à la patine vieillie, de la céramique et de la faïence rustiques, des accessoires de décoration rappelant vaguement les antiquités, les oeuvres des artisans et les textiles bruts, du lin au coton uni, rayés ou à carreaux, aux aspects vieillis ou délavés.

    Étonnamment, la vogue des parfums de maison, loin de s'épuiser, n'en finit plus de faire naître chez les créateurs d'odeurs de nouvelles gammes de produits originaux, qui donnent une nouvelle vie aux bougies classiques autant qu'aux tiges de bois odorantes. Les maisons qui surfent sur la tendance de l'heure proposent donc pour l'instant des parfums inventifs et évocateurs qui rappellent les dunes de sable de Nantucket, les champs de lavande du Lubéron ou la beauté sauvage et la nature vierge de la Corse, histoire de faire rêver, par besoin d'évasion, sans doute.

    C'est donc à un retour au bon vieux temps, quand la vie semblait s'écouler calmement en version plus douce et légère, que nous fûmes conviés. Pour bien s'imprégner de cette vague de fond, il ne faut pas hésiter à revoir quelques grands films classiques devenus aujourd'hui des figures emblématiques de cette mouvance bo-bo-mélancolo (bourgeois-bohême-mélancolique), comme Summer of '42 ou encore La Gloire de mon père et Le Château de ma mère, inspirés de l'oeuvre de Marcel Pagnol.

    Deux commerçants montréalais ont depuis quelques années déjà flairé l'engouement pour cette tendance lifestyle essentielle, qui n'a rien d'éphémère; il s'agit de L'Atelier du presbytère, un écrin sublime qui présente le meilleur de la grande tradition provençale, et de Stacaro, une boutique de charme à l'ambiance européenne axée sur la déco qui a une âme et du vécu.

    Ce phénomène de mode n'était peut-être pas le seul courant à retenir de cette 86e édition du MACEF, mais il y régnait tellement en roi et maître qu'il portait ainsi ombrage à d'autres tendances plus marginales, bien qu'émergentes. Les grands classiques italiens, qui ont joué en sourdine ces dernières années, ont bien tenté de capitaliser sur la vague rétro, mais ils ne semblent pas avoir réussi à réellement convaincre. Les artisans de Murano avaient notamment déployé un faste digne du carnaval de Venise, mais leurs oeuvres grandiloquentes, baroques et rococos, inspirées d'une époque révolue, ont suscité bien peu d'enthousiasme. Les artistes du bronze et du marbre, de même que les fabricants de mobilier rééditant les classiques du style italien ancien et pompeux, à la limite du kitsch, étaient étonnamment encore bien visibles et remplis d'optimisme.

    À l'opposé, les designers de créations plus modernes semblaient connaître un essoufflement, n'étonnant plus guère, et peinaient à renouveler leur style minimaliste qui avait pourtant su confirmer l'Italie comme leader incontesté du design. Parions qu'ils préparent leur véritable rentrée et leur prochaine offensive pour l'autre rendez-vous incontournable de la planète design, le Salon del Mobile, en avril prochain, toujours à Milan. L'Italie, du nord au sud, reste visiblement une nation bipolaire, partagée entre tradition et innovation, et où s'affrontent toujours deux courants esthétiques antinomiques.

    Si les mots d'ordre du premier salon design de 2009 se résumaient à raison, sagesse, charme, classicisme, réalisme, nostalgie, certains visionnaires ont su tout de même nous faire craquer par leur créativité alliant humour et audace. C'est le cas de la société italienne CPF, qui occupait un très grand stand et qui lançait le premier extincteur design, ludique et fantaisiste, le Pinokkio, un must qui prend déjà des allures d'indispensable. Utile ou superflu, le design? À chacun d'en juger.

    ***

    Collaborateur du Devoir

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    - L'Atelier du presbytère, 1829, rue Notre-Dame Ouest, Montréal.

    - Stacaro, 2035 rue Stanley, Montréal, www.stacaro.com. www.stacaro.com
     
     
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