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Restaurants: Primo et Secondo, comme dans un film italien

20 septembre 2002  Alimentation
C'est dans la Petite Italie. À deux pas des cageots du marché Jean-Talon ou des excentricités du boulevard Saint-Laurent et pourtant à des années-lumière des deux. Même de dehors, on sent la chaleur de la maison; on ferme les yeux et l'odeur de la pâte à pizza croustillante vient nous chatouiller. En se concentrant fort, on peut même sentir les douces mains de Sophia Loren nous border dans notre lit douillet. Ou celles de Marcello Mastroianni, c'est selon. L'important, c'est d'aimer.

Primo et Secondo ne renouvelle pas nécessairement ce qui se pratique dans le quartier en matière de restauration mais a le bon goût de faire les choses avec classe et simplicité. Classe voulant dire que le verre de vin est facturé au prix fort mais qu'il s'agit au moins d'excellents crus italiens. La simplicité vient du fait qu'au lieu de vous remettre des menus imprimés sur des papiers hors de prix avec un concept graphique full tendance, les patrons écrivent les propositions de la cuisine sur un tableau noir au mur. Lequel tableau noir est accompagné d'un second à midi, passé de table en table, puisque les spéciaux du jour diffèrent des plats présentés en soirée. En fait, il faudrait dire qu'ils ajoutent une autre option à celles proposées au mur et permettent d'économiser un peu en offrant un hors-d'oeuvre et un plat principal pour le prix d'un plat principal en soirée. Comme vous voudrez prendre un dessert et un espresso, fort bons dans les deux cas ici, ne vous leurrez pas: ici comme ailleurs, vous finirez par dépenser un peu plus que prévu.

Au moins, on se rassure en se concentrant sur les choses essentielles. Sur le plan de la seule cuisine, c'est bon, parfois très bon, et ça peut à l'occasion frôler le très très bon. Le décor, lui, est raisonnablement wallpaperesque et le service est fait avec amabilité et compétence même si les explications sont quelquefois un peu approximatives pour qui veut connaître tel ou tel détail précis de composition, de préparation ou de cuisson.

Dans la catégorie «bon», on pourrait par exemple classer cette zuppa di zucchini dans laquelle le bouillon avait été délicatement rehaussé de fenouil et de pomme de terre, ce qui donnait une belle consistance à la soupe, la courgette ne brillant pas particulièrement pour ce trait de caractère et se classant très clairement parmi les membres les plus imbéciles de la famille des cucurbitacées. Toujours parmi les bons, les quatre petits calmars en plat du jour se distinguaient par leur tendreté et cette volupté, si satisfaisante pour l'amateur, avec laquelle ils laissaient une simple fourchette les mettre en bouchées.

Dans la classe «très bon», ces fettucine con panna, porcini et tartufo, servis en soirée, restent longtemps en mémoire; crémeux à souhait, bien accompagnés de champignons sauvages en quantité raisonnable et soulignés d'un splendide fumet de terre humide et de sous-bois d'automne apporté par la truffe.

Sur la plus haute marche du podium, les poissons — thon, espadon, doré de rivière ou morue — apprêtés par les cuisiniers de Primo et Secondo sont traités avec infiniment de doigté. Poêlés, passés au four ou braisés selon les circonstances, ils donnent toujours une assiette impeccable, légère, parfumée et satisfaisante au plus haut point. Un soir, le pescatrice al zafferano donnait envie de prendre l'avion pour la Nouvelle-Zélande et d'aller voir si tous les filets de sole du coin étaient aussi savoureux que celui-ci, à la chair blanche, solide et encore pleine d'embruns.

Et juste à côté des poissons sur le podium, la majorité des pâtes et tous les légumes d'accompagnement, toujours irréprochables et traités de façon à préserver leurs caractéristiques: simplicité et élégance rurales.

Quelques tapes sur les doigts aussi, comme pour ce rôti de veau servi en tranches trop minces et trop cuites qui, à 18,50 $, représentait un investissement à la Nortel. Et encore, je suis poli. Ou ces moules au safran, sans doute bien apprêtées mais pour lesquelles on n'avait pas cru bon de consacrer quelques minutes de sélection, ce qui donnait 20 moules dont six rachitiques et cinq lilliputiennes. La prochaine fois, 10 suffiront, mais donnez des adultes consentantes, un peu dodues, pas des Christy Thurlington dans sa phase «je veux fitter dans mon étui à parapluie». Ou encore pour cette musique casse-pieds tout droit sortie du palmarès ringard italien version 2002. Ce ne sont pourtant pas les bons chanteurs qui manquent dans la péninsule.

Primo et Secondo

7023, rue Saint-Dominique

% (514) 908-0838

Ouvert du mardi au vendredi, midi et soir, et le samedi en soirée seulement. À midi, préparez une vingtaine de dollars par personne avant boissons, taxes et service. En soirée, doublez ou triplez selon votre inspiration.

***

Quatre nappes distinguées. Les patrons n'ont pas versé de commission mais les cuisiniers y brillent pour vous. Je changerai la nappe régulièrement et essaierai de toujours vous en proposer de bien repassées, en coton blanc, immaculées. Ou alors, à la limite, avec taches de foie gras, Romanée-Conti et clafoutis. Bon appétit!

Soupesoup, 80, rue Duluth Est, % (514) 380-0880. Des choses simples, l'odeur de la soupe, rassurante, des sandwichs amusants et des desserts comme chez une grand-maman. Des gens pas stressés, pas stressants, qui offrent une cuisine pleine d'amour et de sérénité. Et de la Badoit pour les esthètes de la bulle.

Globe, 3455, boulevard Saint-Laurent, % (514) 284-3823. Tant qu'à frimer, vaut mieux le faire aux bons endroits. Les cuisiniers de ce haut lieu des pectoraux bombés maîtrisent parfaitement leurs assiettes. On sert au Globe des choses énormes et pleines de qualités, tout à fait comme le chef que l'on vient visiter de loin avec toujours autant de plaisir.

Anise, 104, rue Laurier Ouest, % (514) 276-6999. Le summum de l'élégance. Dans la salle, décor et service, autant que dans l'assiette rapportée de Damas ou de quelque autre souk chaldéen. La chef de ce petit bijou de restaurant, outre un caractère un peu bizarre, possède un talent extraordinaire pour changer un simple plat en miracle.

La Bastide, 151, rue Bernard Ouest, % (514) 271-4934. Une ambiance chaleureuse qui doit tout à Pierre Vespérini, le chic patron de l'endroit. Une cuisine qui doit beaucoup à Alexandre Loiseau, son complice aux fourneaux. On entend les cigales, le bruit des boules de pétanque qui s'entrechoquent, et on décolle avec les créations culinaires du chef. Formule du soir à 25 $. Qui a dit que le bonheur était hors de prix?
 
 
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