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Restaurants: Au pays des nappes bizarres ! -- Prise deux

6 septembre 2002  Alimentation
Cluny, c’est ce que mes amis vachement branchés, publicitaires, architectes ou stylistes, appellent «un lieu»
Photo : Jacques Grenier
Cluny, c’est ce que mes amis vachement branchés, publicitaires, architectes ou stylistes, appellent «un lieu»
Des nappes sans restaurants. Ou des restaurants sans nappes, c'est égal. Pour vous reposer, vous changer les idées et vous amuser, tout en vous nourrissant. En voilà deux dans des registres très différents et pourtant aussi reposantes l'une que l'autre. La première, c'était la semaine dernière et la seconde, c'est aujourd'hui. Votre estomac vous remerciera de la cure dans le premier et votre architecture intérieure ressortira régénérée d'un passage dans le second.

Deuxième nappe: Cluny, dans le Vieux-Montréal

Mettons certaines choses au point tout de suite: Cluny n'est pas un restaurant. Le dépliant dit «Cluny — Artbar». Je sors peu, ces nouvelles terminologies m'intriguent toujours. Les Xampañerias de Barcelone sont le plus débridé que ma mentalité de petit bourgeois, immigré de longue date, me permet de côtoyer. Alors Artbar, imaginez mon émoi.

Cluny, c'est ce que mes amis vachement branchés, publicitaires, architectes ou stylistes, appellent «un lieu». Cluny, c'est aussi ce que mes amis moins branchés, techniciens, peintres et tireurs de joints, appellent «une place bizarre où l'on peut manger, mais c'est un peu cher quand même pour des olives». Pour moi qui suis un modèle de confusion, c'est un endroit différent, avec des gens différents où l'on peut manger des choses différentes.

Parlons du lieu d'abord, puisqu'il s'agit ici de la cerise et du sundae. À l'époque où Montréal ne pensait pas devoir constamment se comparer à Toronto, à New York ou à South Cayuga pour exister, les murs où se trouve Cluny abritaient une fonderie. La famille Darling y fondait. C'était le bon temps, surtout pour les patrons qui fondaient. Autres temps, autres moeurs. Après avoir été abandonnés pendant une dizaine d'années, les magnifiques bâtiments ont été pris d'assaut par Quartier éphémère et sa dynamique directrice artistique, Caroline Andrieux. En termes politiquement incorrects mais précis et concis, Quartier éphémère est un regroupement d'enquiquineurs qui refusent de laisser les bulldozers faire leur travail et les promoteurs immobiliers faire de l'argent en saccageant le patrimoine industriel. C'est en grande partie grâce à ces enquiquineurs sans but lucratif que la Fonderie Darling n'est pas devenue Les condos-lofts Darling mais un magnifique lieu de création et de diffusion des artistes de la relève en arts visuels. Et que l'on y trouve, parfaitement intégré au reste, l'artbar Cluny.

Les nappes ensuite. Les plats que l'on peut manger chez Cluny ne sont, en fait, pas si différents que ça, juste préparés avec un peu plus de soin qu'ailleurs; avec un peu plus de recherche aussi puisque Patrick Meausette, le propriétaire, a le chic de trouver avant tout le monde ces petites choses qui seront à la mode quelque temps plus tard. Il offre des boissons énergétiques originales, bleues, jaunes, dans des bouteilles en forme de grenade ou en cocktails avec des jus de fruits. Cluny propose de délicieuses plaisanteries culinaires comme des paninis et des salades ou des gâteaux maison et des yogourts biologiques au miel sauvage. Des tas de petits trucs servis dans des grands plats. Et préparés, il est bon de le préciser, avec les meilleurs ingrédients disponibles sur le marché, par des cuisiniers ayant talent et goût. La formule retenue pour le Cluny est adaptée de celle, testée avec succès depuis des années, du Titanic, adresse bien connue du Vieux-Montréal, propriété de Robert Hack et de M. Meausette.

Ces nourritures prennent une perspective particulière dans l'environnement éclaté où elles sont servies. Immenses ouvertures, volumes intérieurs bouleversants et traces du passé protégées sciemment, tout contribue au plaisir de prendre un espresso entre deux rendez-vous et quelques tapas en fin de journée avec des amis, des clients ou des collègues de travail. On y croise, mangeant en belle harmonie, de splendides tailleurs Armani portés par des jeunes femmes au regard dur et au déhanchement mou, des patins à roues alignées transportant des messagers kamikazes venus de la planète Sirius et de longues chemises hyper-décontractées qui parlent e-business, Bluetooth et giga-octets. La grande table ronde faite à partir d'un immense moule de la fonderie et le comptoir taillé dans un plancher recyclé de salle de quilles du Nouveau-Brunswick accueillent tout ce beau monde avec générosité.

Dans quelques années, Cluny sera perdu au milieu d'autres établissements de restauration. Aujourd'hui, c'est l'avant-garde de l'avant-garde; profitez-en tout de suite, les requins de l'immobilier s'en viennent à grands coups de nageoires.

Cluny, Artbar

257, rue Prince

% (514) 866-1213

Ouvert du lundi au vendredi, de 8h à 16h, et le dimanche pour

le brunch. En soirée, ouverture s'il y a des événements au Centre et si les boys sont en forme.

Vous sustenter ici coûtera infiniment moins que ce que vous

dépenseriez dans des endroits

similaires ailleurs en Occident, en euros ou en dollars

américains.
 
 
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