La Bretagne comme si vous n'y étiez pas
Que voulez-vous? Sous une canicule persistante et un soleil de plomb, même si le jeu de la marée fait bouger les eaux un peu plus bas et que la rive possède d'impressionnants massifs rocailleux, vous aurez un peu de mal à vous sentir en Bretagne, même si le restaurant s'appelle le Gwalarn et qu'il revendique un fond breton.
Remarquez, il le revendique assez modérément (l'une des formules à l'honneur est la racletteÉ suisse) et, de toute manière, il pourrait bien s'agir d'une pizzeria serbo-malgache ou d'un bar de tapas sibérien que ce ne serait pas très important, en ces lieux, un si beau soir d'été.
Car Le Gwalarn est situé à deux pas du Tracel, ce grand pont ferroviaire et spectaculaire qui traverse la vallée du Cap Rouge, et sa terrasse surplombe un bras de la rivière dudit cap, bras qui se vide et se remplit joliment au gré des marées, sous les pattes palmées des canards.
Éclairez ça d'un brin de soleil couchant et vous avez un contexte on ne peut plus accueillant, voire romantique.
D'ailleurs, sur la terrasse du Gwalarn, en cette chaude soirée où l'air ne semble bouger que là, il n'y a que des couples: quand il fait trop chaud pour se coller et qu'on n'a pas choisi la climatisation du cinéma, peut-être vaut-il mieux se regarder dans les yeux au-dessus d'une table de resto.
Toujours est-il que nous sommes là pour manger et que la formule de base, de ce côté, surtout quand il fait trop chaud pour la raclette, est assez simple. Une table d'hôte qu'on qualifie de cinq services (entrée, soupe, plat, dessert ou fromage etÉ café ou thé), avec cinq ou six options d'entrées et de plats.
Grâce à un sympathique petit passeport gastronomique, largement distribué chaque automne dans les chaumières de la capitale, on peut même combiner le tout à une bouteille de vin sélectionné (et bien correct, en fin de compte) pour un peu plus de 60 $.
Dont acte.
Le spécial, remarquez, ne serait normalement disponible qu'à l'intérieur, mais puisqu'il fait chaud et que tout le monde est dehors, la gentille serveuse nous l'accorde à l'extérieur. Sans «clim», imposer l'intérieur aux clients serait un brin suicidaire.
Notre choix?
Pour l'entrée, nous optons pour la mousse de saumon fumé (qui est étonnamment inscrite comme du saumon fumé tout court) et la terrine de daim, servie avec confit d'oignon et un peu de verdure.
La mousse me fait pas mal penser à celle que nous préparait régulièrement une soeur de mon père pour nos fêtes de famille: crémeuse, un peu riche mais bien goûteuse. La terrine, de son côté, ne me rappelle aucune recette particulière, mais elle est tout à fait agréable.
L'annonce d'un potage au zucchini et à la coriandre nous avait fait penser à quelque chose de très frais et d'estival et nous l'attendions donc avec une certaine impatience.
Attente quelque peu déçue puisque la soupe en question a visiblement été saupoudrée de farine et qu'elle en perd toute fraîcheur.
D'ailleurs, je vous parlais de coriandre, mais je ne suis pas sûr du tout qu'il y en avait: le peu de saveur empêchait toute identification véritable des ingrédients, farine exceptée.
Il y a un bon moment d'attente entre chaque service, mais on est loin de s'en plaindre, perdus que nous sommes dans des discussions d'économie familiale complexes et profitant toujours, entre deux additions et soustractions, du paysage qui rougit sous notre regard.
Un train passe doucement sur l'ouvrage quasi centenaire, puis nos plats arrivent.
J'ai pris la spécialité de la maison, un délice aux fruits de mer à la bretonne, c'est-à-dire une crêpe bretonne fourrée de fruits de mer dans une sauce épaisse au vin blanc et, visiblement, aux fines herbes.
Dans la catégorie «crêpe aux fruits de mer», c'est plutôt réussi, plus que la ratatouille qui l'accompagne et dont la partie tomatée goûte le concentré plutôt que la tomate fraîche espérée. Geneviève, de son côté de la table, touille sa pintade sauce aux noix sans grand enthousiasme. Elle a bien raison.
Ce qui semblait une très belle idée a priori est gâché de deux façons: la description annonçait de la pintade désossée, mais il s'agit plutôt d'un ragoût de petits morceaux de volaille enrobés d'une sauce trop diluée, mais pourtant épaisse, qui semble être un simple bouillon de cuisson additionné, ça semble une habitude de la maison, de farine.
Le chef, se dit-on tous les deux, aurait besoin de rafraîchir quelque peu sa formule, qui semble basée sur une philosophie culinaire d'il y a trente ans.
S'il entreprend ce projet, qu'il ne change toutefois rien à sa mousse au chocolat, l'un des trois desserts qui composent l'assiette panachée offerte en fin de parcours.
Elle est onctueuse à souhait et très chocolatée, avec la concentration qu'on aurait souhaitée ailleurs dans le repas. À côté, on trouve un petit morceau de gâteau quatre quarts sous une sauce caramel et un morceau de far breton qui ressemble un peu plus à un flan qu'aux fars dont je me souviens.
Pour le reste, l'allongé demandé en fin de repas est arrivé tellement plus tard qu'il aurait pu constituer, en effet, un cinquième service.
Assez tard pour que le perroquet du restaurant, suspendu dans sa cage sous la galerie de la maison historique (1850) qui abrite le restaurant, ait commencé à réclamer bruyamment d'être ramené à l'intérieur.
Une touche animale venant donner, peut-être, une allure de bateau pirate breton à ce lieu dont le nom évoque, en breton, le vent du nord-ouest.
***
La table d'hôte quatre services et café ou thé (ce qui fait cinq services, selon la maison) coûte de 20 $ à 28 $ par personne, selon le choix d'entrée et de plat.
Remarquez, il le revendique assez modérément (l'une des formules à l'honneur est la racletteÉ suisse) et, de toute manière, il pourrait bien s'agir d'une pizzeria serbo-malgache ou d'un bar de tapas sibérien que ce ne serait pas très important, en ces lieux, un si beau soir d'été.
Car Le Gwalarn est situé à deux pas du Tracel, ce grand pont ferroviaire et spectaculaire qui traverse la vallée du Cap Rouge, et sa terrasse surplombe un bras de la rivière dudit cap, bras qui se vide et se remplit joliment au gré des marées, sous les pattes palmées des canards.
Éclairez ça d'un brin de soleil couchant et vous avez un contexte on ne peut plus accueillant, voire romantique.
D'ailleurs, sur la terrasse du Gwalarn, en cette chaude soirée où l'air ne semble bouger que là, il n'y a que des couples: quand il fait trop chaud pour se coller et qu'on n'a pas choisi la climatisation du cinéma, peut-être vaut-il mieux se regarder dans les yeux au-dessus d'une table de resto.
Toujours est-il que nous sommes là pour manger et que la formule de base, de ce côté, surtout quand il fait trop chaud pour la raclette, est assez simple. Une table d'hôte qu'on qualifie de cinq services (entrée, soupe, plat, dessert ou fromage etÉ café ou thé), avec cinq ou six options d'entrées et de plats.
Grâce à un sympathique petit passeport gastronomique, largement distribué chaque automne dans les chaumières de la capitale, on peut même combiner le tout à une bouteille de vin sélectionné (et bien correct, en fin de compte) pour un peu plus de 60 $.
Dont acte.
Le spécial, remarquez, ne serait normalement disponible qu'à l'intérieur, mais puisqu'il fait chaud et que tout le monde est dehors, la gentille serveuse nous l'accorde à l'extérieur. Sans «clim», imposer l'intérieur aux clients serait un brin suicidaire.
Notre choix?
Pour l'entrée, nous optons pour la mousse de saumon fumé (qui est étonnamment inscrite comme du saumon fumé tout court) et la terrine de daim, servie avec confit d'oignon et un peu de verdure.
La mousse me fait pas mal penser à celle que nous préparait régulièrement une soeur de mon père pour nos fêtes de famille: crémeuse, un peu riche mais bien goûteuse. La terrine, de son côté, ne me rappelle aucune recette particulière, mais elle est tout à fait agréable.
L'annonce d'un potage au zucchini et à la coriandre nous avait fait penser à quelque chose de très frais et d'estival et nous l'attendions donc avec une certaine impatience.
Attente quelque peu déçue puisque la soupe en question a visiblement été saupoudrée de farine et qu'elle en perd toute fraîcheur.
D'ailleurs, je vous parlais de coriandre, mais je ne suis pas sûr du tout qu'il y en avait: le peu de saveur empêchait toute identification véritable des ingrédients, farine exceptée.
Il y a un bon moment d'attente entre chaque service, mais on est loin de s'en plaindre, perdus que nous sommes dans des discussions d'économie familiale complexes et profitant toujours, entre deux additions et soustractions, du paysage qui rougit sous notre regard.
Un train passe doucement sur l'ouvrage quasi centenaire, puis nos plats arrivent.
J'ai pris la spécialité de la maison, un délice aux fruits de mer à la bretonne, c'est-à-dire une crêpe bretonne fourrée de fruits de mer dans une sauce épaisse au vin blanc et, visiblement, aux fines herbes.
Dans la catégorie «crêpe aux fruits de mer», c'est plutôt réussi, plus que la ratatouille qui l'accompagne et dont la partie tomatée goûte le concentré plutôt que la tomate fraîche espérée. Geneviève, de son côté de la table, touille sa pintade sauce aux noix sans grand enthousiasme. Elle a bien raison.
Ce qui semblait une très belle idée a priori est gâché de deux façons: la description annonçait de la pintade désossée, mais il s'agit plutôt d'un ragoût de petits morceaux de volaille enrobés d'une sauce trop diluée, mais pourtant épaisse, qui semble être un simple bouillon de cuisson additionné, ça semble une habitude de la maison, de farine.
Le chef, se dit-on tous les deux, aurait besoin de rafraîchir quelque peu sa formule, qui semble basée sur une philosophie culinaire d'il y a trente ans.
S'il entreprend ce projet, qu'il ne change toutefois rien à sa mousse au chocolat, l'un des trois desserts qui composent l'assiette panachée offerte en fin de parcours.
Elle est onctueuse à souhait et très chocolatée, avec la concentration qu'on aurait souhaitée ailleurs dans le repas. À côté, on trouve un petit morceau de gâteau quatre quarts sous une sauce caramel et un morceau de far breton qui ressemble un peu plus à un flan qu'aux fars dont je me souviens.
Pour le reste, l'allongé demandé en fin de repas est arrivé tellement plus tard qu'il aurait pu constituer, en effet, un cinquième service.
Assez tard pour que le perroquet du restaurant, suspendu dans sa cage sous la galerie de la maison historique (1850) qui abrite le restaurant, ait commencé à réclamer bruyamment d'être ramené à l'intérieur.
Une touche animale venant donner, peut-être, une allure de bateau pirate breton à ce lieu dont le nom évoque, en breton, le vent du nord-ouest.
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La table d'hôte quatre services et café ou thé (ce qui fait cinq services, selon la maison) coûte de 20 $ à 28 $ par personne, selon le choix d'entrée et de plat.
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