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L'Utopie réalisée

Rémy Charest   17 septembre 2004  Alimentation
Le décor est élégant et dépouillé, avec ses «bosquets» de troncs d’arbres qui divisent élégamment la salle.
Le décor est élégant et dépouillé, avec ses «bosquets» de troncs d’arbres qui divisent élégamment la salle.
Je vous préviens tout de suite: à un certain moment au cours de cet article, je vais manquer de superlatifs et de compliments pour décrire ce qui s'est produit d'un bout à l'autre d'un repas sans fausse note et plein de superbes harmonies et d'élégants contrepoints. Cette soirée à L'Utopie est, au total, une de mes plus belles expériences gastronomiques à vie, une soirée à ranger auprès de festins que j'ai eu le bonheur de déguster à des tables mondialement réputées comme Aquavit, à New York, ou Clark's, à Londres.

Auparavant, j'étais déjà allé manger deux midis à L'Utopie, restaurant stylé, sis au beau milieu de la renaissante rue Saint-Joseph. Et, dès le premier coup, j'avais été séduit. Quand, pour accompagner une pièce de porc qui s'avéra succulente, le sommelier me dit: «Comme première suggestion, j'aurais un jurançon sec... », je sus tout de suite que l'aventure serait, à tous égards, hors du commun. La combinaison était effectivement parfaite et, depuis, je n'ai rien mangé ou bu d'ordinaire dans ce restaurant véritablement hors du commun.

Dans ce décor élégant et dépouillé, avec ses «bosquets» de troncs d'arbres qui divisent élégamment la salle et son immense cellier vitré, cet aménagement remarquable jusque dans ses salles d'eau, ce lieu où résonne une musique électronique ambiante donnant une touche de modernité appropriée au lieu, le mariage des saveurs, des arômes, des sons et des couleurs est préparé avec autant de soin que de plaisir. Même en formule midi, on sent une volonté de dépassement dans les présentations comme dans les combinaisons de saveurs et dans la qualité des produits.

Avant de vous en parler plus en détail, je voulais toutefois voir de quel bois le chef se chauffait, le soir, quand les menus plus élaborés laissaient toute la place à sa créativité. Un jeu auquel ma douce et moi nous sommes finalement prêtés, le week-end dernier, en choisissant chacun l'un des deux grands menus offerts: le menu «Autour de l'amande», selon une formule où le condiment du mois se retrouve dans chacune des quatre préparations, et le grand menu, où les cinq services sont tous accompagnés d'un verre de vin choisi expressément pour l'occasion.

Les patrons de l'endroit sont tous deux formés (et bien formés) en sommellerie, ce qui donne lieu à des suggestions originales, équilibrées et impeccables. La carte des vins, au total, comporte presque autant d'importations privées que de produits disponibles à la SAQ, signe certain du soin avec lequel on les choisit. La sélection de vins au verre est probablement la plus belle de Québec.

Mais je m'emporte déjà.

Revenons donc au moment de la petite mise en bouche, une jolie tranche d'andouillette faite de pied de porc et agrémentée de chanterelles, posée sur une petite tranche de pomme de terre nouvelle et accompagnée, pour l'allure et le goût, par une jolie feuille de verdure et un coulis de poivron tout léger. Revisitée par le chef, l'andouillette gardait toutefois un caractère authentique que je n'avais goûté, jusqu'ici, qu'en France. Le tout était accompagné d'un verre format dégustation de chardonnay bourguignon, du producteur Jean-Marc Brocard, un vin «issu d'un sol kimméridgien, comme celui de Chablis», nous souligne-t-on avec aplomb. Vif et sec, aussi bon qu'un vrai chablis, le tout annonçait déjà une grande soirée.

Pour tout vous dire, il me faudrait deux bonnes pages pour décrire de façon satisfaisante l'ensemble des plats que nous avons dégustés au fil de trois belles heures passées tout en douceur. Je laisserai donc de côté la description détaillée des excellents pour me concentrer sur les fabuleux. Les excellents étaient un carpaccio de king oyster, présenté comme une petite «bûche» où les lamelles de mollusque surplombaient un risotto posé sur une baguette de pâte feuilletée, et un petit baluchon de chèvre aux herbes servi sur un «paillasson» de pomme de terre râpée et grillée. Si on ne peut dire «fabuleux», dans ces cas, c'est qu'il manquait à ces deux plats un petit contrepoint (une touche de verdure? d'acidité? de fruité?) qui faisait des autres assiettes de véritables feux d'artifice. Le fait de se soucier d'un tel détail me rappelait une phrase de Tocqueville voulant que, quand on se rapproche de l'égalité, les petites inégalités nous semblent soudain plus grosses. Dans la plupart des restaurants, de telles réalisations auraient été le sommet de la soirée, alors qu'ici, même la forme et les couleurs des assiettes elles-mêmes sont originales et recherchées.

C'est qu'à L'Utopie, ces deux entrées avaient à se comparer, par exemple, à cette remarquable fleur blanche de tranches de pétoncles frais et tendres, posées sur un excellent et moelleux blini de panais (!), que Geneviève dégustait avec bonheur... avec un verre de jurançon sec. Autre exemple: cette assiette où trois jolis cubes de thon marinés puis grillés sur quatre de leurs six faces étaient posés en une rangée où s'intercalaient deux chips de plantain et devant lesquels on trouvait, d'une part, une rémoulade de daïkon en sauce raifort et, d'autre part, une purée de courge butternut, l'épice vive de l'un répondant à la douceur de l'autre. Le tout était accordé à merveille à un cru de beaujolais véritablement magnifique, prouvant à merveille que cette région sait produire des vins sérieux, équilibrés et complexes.

Au plat principal, c'est Geneviève qui a eu le sommet de la soirée avec une pièce de boeuf fumée avant d'être vivement saisie, ce qui combinait les saveurs fumées à celles du grillé d'une manière qui, pour moi, était totalement inédite. De belles chanterelles fraîches venaient ajouter encore plus de relief à l'affaire. Mon veau, aussi exceptionnel fût-il, avait du mal à lui faire concurrence, mais je ne m'en suis pas plaint pour autant. Ma douce dégustait un excellent cahors avec son boeuf et mon veau était bien rehaussé par un Moulin-à-Vent qui poussait la démonstration beaujolaise à son paroxysme.

Au moment du fromage, on a subitement changé les ustensiles placés devant nous. La cervelle de canut, petit fromage frais aux herbes de spécialité lyonnaise (un plat présent à mon menu mais qu'on nous a généreusement servi à tous les deux, verre de beaujolais blanc compris), était servie non pas en petit cylindre compact mais sur un mode plus léger et liquide, dans un verre à martini. Une fantaisie soudaine du chef, qui ne renonce pas à l'inspiration du moment, qui nécessitait une cuillère plutôt qu'une fourchette et un couteau. Un moment rafraîchissant dans une soirée d'abondance.

Le dessert, ici, a constitué un bouquet final exceptionnel. La même extravagance, la même explosion sensuelle qui faisait vibrer les plats se retrouve, à L'Utopie, jusque dans les desserts, où plusieurs petites douceurs se côtoient, faisant contraster couleurs, textures et saveurs.

Dans l'assiette de madame, le mince triangle à la surface caramélisée, au milieu de l'assiette, était une crème brûlée au citron audacieusement présentée, complétée par une glace à l'amande amère et au pollen, d'une part, et par une crème fouettée parsemée de fragments de dragées, d'autre part, le tout complété par des «biscuits jésuites» légers et croustillants. De mon côté, une petite tour de pâte mincissime était fourrée d'une onctueuse crème à la pistache et surmontée de quelques arachides qui trahissaient sa nature de baklava postmoderne. En soi, l'affaire aurait suffi, mais on y ajoutait aussi, notamment, trois belles framboises fourrées à la crème de pistache et un mince caramel clair, transparent et croquant, épicé à la muscade. Un feu d'artifice, tout simplement.

Pour redescendre de là en douceur, le café et la tisane étaient accompagnés de caramels mous maison, à la cardamome, au sel et au cacao. Une dernière aventure au bout d'un fabuleux voyage (voilà, je suis à court de superlatifs).

Mon seul regret, au bout du compte, était que la salle n'était pas pleine en ce beau samedi soir d'automne. Dans une ville comme New York, L'Utopie serait un endroit où on ferait des bassesses pour trouver une table, plusieurs jours d'avance. Ce devrait presque être le cas à Québec: au bout de deux années qui ont vu plusieurs tables exceptionnelles voir le jour à Québec, voilà un restaurant qui dépasse les autres d'une bonne tête. On m'y reverra souvent.

L'Utopie

226 1/2, rue Saint-Joseph, Québec, (418) 523-7878

Le menu «Autour de... » se détaille 55 $ tandis que le grand menu se détaille 92 $, vins compris. Dans les deux cas, le prix est, compte tenu de la qualité exceptionnelle de l'offre, tout à fait raisonnable, mais on peut aussi y aller plus doucement, pour le porte-monnaie, en optant, à la carte, pour des choix qui devraient vous revenir autour de 45 $ par personne, avant vin, taxes et service. Le midi, la table d'hôte devient un rapport qualité-prix tout à fait exceptionnel avec une combinaison entrée-plat-dessert offerte entre 14 et 18 $.
 
 
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  • Michel Gélinas
    Abonné
    lundi 17 octobre 2005 15h35
    Automates et cuisine décevante au resto l'Utopie de Québec
    Je dis "automate" parce que c'était vraiment l'impression que nous eûmes, mon invité et moi-même, du genre de service non personnalisé pratiqué ce soir-là. On pratiquait plutôt un service "sur l'automatique", comme des robots entraînés à faire toujours les mêmes gestes, sans entendre les demandes des clients. Je dis cuisine décevante parce que le menu dit "architecture", à $109. par personne, svp, nous a déçus par son manque de goût, ses nombreuses présentations d'aliments en purée ou en cure-dents qui ne donnaient aucun plaisir au palais,la seule exception de ce long repas fut un morceau d'agneau et son gras servi entier cette fois, la monotonie des présentations répétitives sur de minces planches pour chaque service, bref, pas rien pour satisfaire le goût, il semblerait que seule la présentation architecturale a préoccupé le chef!

    Voici quelques bévues relevées pendant ce samedi soir, 1er octobre 2005:

    1. Accueil plutôt glacial et prétentieux.

    2. Apéro demandé: un kir classique. Le kir servi était imbuvable, préparé, paraît-il, avec une crème de cassis maison(oui, on achète de l'alcool pur, on écrase ses cassis..etc)

    3. Demande de pain ou biscottes pour accompagner l'apéro, comme c'est d'ailleurs fait avec grâce et gentillesse ailleurs, sans que le client n'ait à le demander! On ne répond pas à ma demande, puis parce que je redemande, on me dit que le resto n'a pas de biscottes et que le pain est d'habitude servi plus tard!!!

    Je m'en voulais d'avoir choisi ce restaurant ce soir-là alors qu'il y a tant de bons restos à Québec où on mange bien et où on est attentif et aimable avec les clients. Pas dans ce restaurant où on préfère avoir l'air prétentieux et froid plutôt qu'être souriant et convivial.

    Ce n'est pas ainsi que ce restaurant survivra à la concurrence.

    Michel Gélinas

  • Michel Gélinas
    Abonné
    vendredi 28 octobre 2005 18h46
    Mauvais choix de resto ce samedi soir le 1er octobre 2005
    Québec compte de nombreux bons restaurants. Lorsque nous portons notre choix sur un resto dit «de classe», je crois que le propriétaire du resto et son personnel doivent s'assurer de faire passer un bon moment à ces personnes pour d'abord leur plaisir mais aussi pour le bouche-à-oreille qui s'ensuivra. Ce ne fut pas le cas ce soir-là (samedi le 1er octobre 2005). Ce resto a perdu une bonne occasion de fidéliser des clients.
    D'abord, à l'arrivée, accueil plutôt prétentieux et froid. J'arrivais tout juste du Japon; j'y voyais déjà une différence énorme avec le sourire et la politesse des employés des restos de la 2e puissance économique du monde.
    Je demande un kir classique. On m'apporte une boisson imbuvable. J'apprends du serveur que l'Utopie prépare lui-même sa crème de cassis! On achète de l'alcool pur, on broie ses cassis, on mélange... La Maison des futailles vend un excellente crème de cassis produite à l'Ïle-D'Orléans, ce resto aurait intérêt à se l'offrir.
    Pendant l'apéro, je demande si nous pourrions avoir du pain et des biscottes pour accompagner nos boissons. Je dois le redemander pour me faire répondre que ce chic resto n'a pas de biscottes et que le pain est d'habitude servi plus tard durant le repas! Incroyable ce manque de sensibilité à la clientèle. Un resto ordinaire offre ces détails sans qu'on le demande.
    J'avais invité un ami pour souligner un événement et nous prenons la table d'hôte dite «architecture» à 109$ par personne. Les différents services arrivaient de façon monotone, toujours sur une planche plate, et les aliments étaient souvent tranformés en purée ou en allumettes fines, sans grand goût, fades.
    L'atmosphère était froide, nous avions hâte de partir.
    J'y étais allé en septembre 2004, un peu en même temps que M. Rémi Charest, et nous avions été bien accueillis. Repas et vins, il me semble, étaient excellents. Un an plus tard, comme il arrive souvent avec ce type de resto qui mise sur la mode, il y a un laisser-aller qui finira par les rendre vulnérable.

    Michel Gélinas
    Québec

  • Pascal Lehoux
    Inscrit
    mercredi 6 décembre 2006 09h34
    Snobisme!
    Après deux ans de fréquentation assidues de ce restaurant superbe, je me demande toujours comme M. Charest comment il est encore possible de pouvoir fréquenter cette table sans réservé des semaines à l'avance. Pour beaucoup de gens, il semble qu'on confond snobisme et professionalisme, car le monde de la restauration évolue et si beaucoup de restaurants de la région de Québec ne le font pas, le restaurant Utopie reflète cette évolution. Nous sommes chanceux d'avoir accès à un aussi bon restaurant pour un prix aussi bas car pour ceux qui croient que les prix à l'Utopie sont élevés je vous invite à voyager un peu pour constater que l'on paie ailleurs des fortunes pour une expérince du genre.

    Également, pour ceux qui accusent les gens qui travaillent la-bas de snobisme, ca m'attriste car c'est tout le contraire. je suis un enseignant pas très fortuné qui profite des prix (moins de 20$) pour aller diner à tous les deux semaines avec ma femme (aussi enseignante) dans ce resto magnifique et jamais on m'a traité avec la moindre indifférence même si je n'ai pas le profil du client qui fait généralement vivre ce type de restaurant. Au contraire, nous sommes toujours accueilli avec le sourire et nous profitons d'un sevice exceptionnel et de petites attentions qui sont généralement réservé au buveur de grands vin de Bordeaux.

    Pour ceux et celles qui ne connaissent pas cette adresse, allez-y au plus vite car vous ne pouvez pas vivre à Québec de meilleurs expériences gastronomiques. Pour les autres,continuez d'affluer dans le Vieux-Québec où les vieilles maisons de pierre et les filets mignons vous attendent afin de passer de belles soirées.

    Pascal Lehoux

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