Madagascar, l’île aux multiples parfums (2)
Comme dans la plupart des pays tropicaux, et même les îles des Caraïbes, une grande partie de la population rentre dormir à la tombée de la nuit et se lève à l’aurore, dès les premiers chants des coqs.
En ce qui me concerne, ce fut un départ en taxi-brousse vers 6 h 30 pour revenir vers la capitale, Tananarive. Sitôt arrivé, je pris la direction de l’aéroport pour un court vol d’une heure dix minutes jusqu’à Diego Suarez, la pointe nord de l’île de Madagascar.
Cette ville portuaire a connu jadis son heure de gloire. Aujourd’hui, des bâtiments affichent une dégradation évidente qui témoigne, d’une certaine façon, d’une crise qui dure et perdure. Reste la fameuse rue Colbert, où toute la ville semble se rassembler, tant pour discuter que pour y faire des affaires. Le marché qui clôture cette rue est animé tous les jours, du matin très tôt jusqu’à la tombée de la nuit.
À trois heures de Diego Suarez, en se dirigeant cette fois vers l’est, dans le pays des Antakarana, la végétation change du tout au tout. Comme les caméléons que l’on retrouve partout à cette période de l’année et après la saison des pluies, la nature émerveille par sa beauté, ses contrastes et des formes qui m’étaient jusque-là inconnues. Ainsi, j’admire le rose tendre d’un petit arbrisseau qui s’illumine au soleil et laisse deviner des grappes de baies roses.
Souvent confondues avec le poivre, ces baies n’ont en fait rien à voir avec la liane montante du poivrier, qui se sert du tronc des arbres comme tuteurs dans la forêt. Les grains du poivrier passent d’un vert tendre à un vert plus foncé lors de la cueillette, puis tournent au rouge une fois mûrs, et au noir, avant d’être débarrassés de sa coque pour devenir blancs, et nettement moins intéressant. Il y a aussi le poivre sauvage, qui pousse un peu partout et qui est vendu ici et là dans les marchés locaux.
La filière du cacao représente actuellement une valeur sûre pour Madagascar. Jamais le chocolat n’a connu un tel engouement qu’à notre époque dans le monde. Ce sont les Français qui importèrent les plants de cacao pour les transplanter dans l’est de l’île. Ils se sont acclimatés au point de devenir une référence de qualité chez les grands chocolatiers du monde.
Le petit village de Madirofolo, près d’Ambanja, est situé dans une plantation de cacaoyers de 600 hectares partagés entre paysans volontaires et grandes sociétés qui ont réussi à faire reconnaître par les chocolatiers cette variété nommée criolo comme un cru de chocolat d’exception. Si le criolo est la variété la plus intéressante, le forestario et le trinitario sont également des fèves bien commercialisées sur le marché international à partir de Madagascar.
Plus de 2000 producteurs se sont regroupés pour faire reconnaître, par des certifications internationales, leurs différents commerces équitables. Ils souhaitent un partage plus juste, avec un meilleur équilibre des richesses. Regroupés sous la même égide, ils essaient de commercialiser directement des épices, du riz, de la vanille ou encore des produits issus des plantations de cacao ou de café.
Ce regroupement social et commercial, appelé Association pour le développement de l’agriculture et du paysannat du Sambirano (ADAPS), prône la défense des paysans artisans. Cela dit, il se garde bien de combattre le pouvoir des grandes sociétés cautionnées par le gouvernement malgache. Mais la région regorge de richesses naturelles et alimentaires mal canalisées qui pourraient, en 2013, bénéficier d’un large marché d’exportation.
Outre le cacao, le café, la vanille, le poivre vert ou noir, les baies roses et la canne à sucre, le pays offre peu de ressources agricoles. En ce qui concerne le café, dont une grande partie de la production a été abandonnée à la suite de la baisse de son cours dans les années 90, et surtout à cause du manque d’intérêt des consommateurs envers le robusta, la variété produite en majorité dans l’île de Madagascar, on envisage aujourd’hui un retour vers des variétés d’arabica propres au pays.
Pour les touristes
Passé Diego Suarez, le paysage de la région change rapidement, allant des zones volcaniques presque arides et polies par des millions d’années d’évolution à de grands espaces d’une végétation luxuriante, puis à une forêt tropicale. Même si la saison des pluies tire à sa fin, il n’est pas rare de passer en quelques minutes d’un temps sec à un temps très humide, avec des ondées qui rappellent la force des pluies tropicales, et aussi les cyclones dévastateurs. On trouve à Madagascar une quantité impressionnante d’espèces endémiques, et les botanistes et les ornithologues en découvrent toujours de nouvelles, encore non identifiées.
Il nous aura fallu deux semaines pour effleurer ce pays à la recherche de son identité. Si on y recense officiellement 20 millions de personnes, les spécialistes estiment qu’il en existe au moins cinq millions de plus à cause des nombreux enfants et de la mutation permanente d’une partie de la population malgache vers les campagnes.
Cette île magnifique est largement déficitaire quant aux infrastructures hôtelières et routières, en plus d’être tributaire d’un réseau électrique fragile qui accuse constamment des ratés. Il est bien difficile d’accueillir des touristes dans de telles conditions, même si tout reste à découvrir dans ce pays caméléon largement fondé sur la ruralité, dont dépend l’économie.
Le manque de ressources de base, comme l’eau courante et l’électricité, empêche un développement touristique plus rapide, en dépit de la gentillesse des gens, de la beauté contrastée de l’île, de sa faune et de sa flore uniques. Mais le pays malgache ouvre néanmoins ses portes au monde.
Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l’entendre tous les samedis à l’émission de Joël Le Bigot Samedi et rien d’autre à la Première chaîne de Radio-Canada.
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En vrac
Monnaie : le franc malgache, aussi appelé ariary. Attention, toutes les cartes de crédit ne sont pas acceptées partout. Prévoir de l’argent comptant dès l’arrivée à l’aéroport.
Visa : on peut se procurer un visa de séjour (gratuit) pour 30 jours au consulat de Montréal ou en arrivant sur place. Divers vaccins sont nécessaires.
Transport : Air France offre le vol Montréal-Paris, puis un vol direct vers Tananarive. Durée du trajet : de 18 à 20 heures au total.
Capitale : Tananarive est une ville de transition qui dispose de nombreux hôtels et chambres d’hôte. S’assurer d’un bon guide, souvent un chauffeur de 4x4 en bon état. Location de voitures Thierry : +261 33 11 196 40/+261 34 11 196 40, ramanitra_thierry@yahoo.fr.
Dormir : à Antsirabe : Couleur Café. De merveilleuses petites chambres très confortables installées dans un jardin intérieur, un service de qualité et un très bon restaurant. 032 02 200 65, couleurcafeantsirabe.com. À Sahambavy : Lac Hôtel, situé au bord du lac et très près des plantations de thé. C’est le repos total. Il n’y a pas d’Internet, mais les chambres sur pilotis offrent tout le confort nécessaire. 020/75 958 73, lachotel.com. À Ambaja : l’hôtel Marrakech.
Pour un guide et du tourisme responsable, une visite dans les plantations, des dîners dans la communauté locale et des circuits spéciaux : Libertalia Aventure, +261 320 461121, libertalia-aventure.comhttp://libertalia-aventure.com.









