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Restaurants: Il n'y a pas de Japonais au numéro que vous avez composé...

14 juin 2002  Alimentation
... mais ceci ne devrait pas freiner vos élans de véritable connaisseur de sushis (tsu, dans la langue de l'empire du Soleil levant) si vous voulez savourer des sushis étincelants. Tout Vietnamiens qu'ils soient, les chefs de chez Tree House maîtrisent à la perfection les multiples facettes de l'art culinaire japonais et égalent souvent ou dépassent à l'occasion les talentueux maîtres cuisiniers de sushis japonais qui leur ont transmis leur savoir.

À peine le souper entamé, je me savais en danger de verser dans la dithyrambe lorsque viendrait le moment de vous parler de cette maison. Pourtant, quelques jours avant, j'étais venu manger sur le pouce avec une amie aussi affamée que moi, et rien ne nous avait particulièrement impressionnés. Du moins dans l'assiette. Un bon lunch, correct mais sans fioritures, quelques sushis standards et un service courtois. Nous étions, il faut le dire, au rez-de-chaussée, plus détendu, du restaurant de M. Du, Tri de son prénom.


Et là, quelques soirs plus tard, devant cette simple soupe miso, j'étais pris d'une espèce de vertige tandis que la petite coupe fumait tranquillement devant moi. Volutes sereines et parfums enivrants. Les amateurs de sushis ont souvent des rapports ambigus avec leur plat préféré.


Les plus gloutons peuvent rester de longs moments en admiration devant une fleur de pétoncles flottant sur un nuage de légumes méticuleusement ciselés alors que les esthètes les plus calmes se surprennent à enfourner sashimis et sushis avec la régularité d'un métronome.


J'aime m'asseoir au comptoir et admirer le travail des chefs. Leur rapidité et la précision chirurgicale de leurs coupes m'impressionnent au plus haut point. Et leur application se retrouve dans des assiettes où les compositions rivalisent d'originalité. Chez M. Du, la minutie dans l'élaboration et la préparation des plats est poussée aux limites du supportable pour un Occidental moyen, habitué à s'accommoder d'un bout de pain et de rillettes d'oie pris à la va-vite sur le coin du comptoir de la cuisine. On peut être Occidental et aimer les oies immodérément.


J'étais donc à savourer mon bouillon de soja en suçotant un mignon petit champignon enoki placé là par un cuisinier poète lorsque je fus ramené à la réalité par les gémissements extatiques de mon ami, le Gros Mitch, vautré dans son bol de soupe aux fruits de mer Tree House. À la veille de son départ pour son annuelle semaine de pêche dans le bois, j'avais jugé que du poisson cru serait un bon entraînement pour lui. «Si ton réchaud de camping tombe en panne, tu sauras quoi faire avec tes truites mouchetées et tes brochets.» Fin bouillon de têtes de crevettes, pétoncles, crevettes et crevettes sucrées semblaient le faire planer au-dessus du comptoir, un peu comme lors de notre dernière partie de squash, où il s'était tellement couvert de ridicule qu'il était sorti du court en flottant dans son ego meurtri.


Dans le choix des menus, je m'étais tenu loin de ces préparations très savantes avec lesquelles les itamaes, les maîtres cuisiniers de sushis, impressionnent le visiteur. Quelqu'un qui réussit aussi bien les deux soupes dégustées ce soir-là ne peut pas être autre chose qu'un excellent cuisinier. Une fois revenus sur Terre, nous avons enchaîné avec un délice de sushi à la Tri. Mme Tuong Van Dao est la grande organisatrice des festivités directement reliées aux sushis, sashimis et autres makis. Dans tous les plats qu'elle compose, on retrouve une grâce et une élégance infinies qui permettent d'apprécier la fraîcheur irréprochable des poissons et des fruits de mer apprêtés.


Son délice de sushi à la Tri était composé de sashimis de saumon et de thon rouge (thon Blue Fin), de sushis de bar de mer et d'albacore (thon à queue jaune) et de tempura de saumon. Chaque bouchée semblait avoir été savamment dosée et préparée avec un talent et un savoir-faire peu communs.


On ressent chez Tree House une impression de parfait équilibre que l'on trouve rarement ailleurs en ville dans ces restaurants de sushis pourtant très bons qui commencent à pulluler. Et les mots manquent pour exprimer les sentiments que l'on éprouve à la table de M. Du et de Mme Dao.


Le mélange de raffinement et de simplicité de leur cuisine caractérise également les magnifiques desserts préparés par Hélène Arseneau. Pour ne parler que de ces deux-là, trilogie de crèmes brûlées — vanille de Madagascar, chocolat Guanaja et thé vert — et arc-en-ciel glacé — 12 parfums de sorbets et de crèmes glacées qui font redécouvrir toute la beauté des litchis, des abricots, du caramel et des pistaches.


Ces desserts remplissent à la perfection leur mission, celle de nous faire quitter les lieux l'esprit en paix, en lévitant gracieusement jusqu'à notre domicile où nous nous endormirons dans le souvenir de moments magiques passés à table.





Tree House


4120, rue Sainte-Catherine Ouest


tél.: (514) 932-5654





Ouvert le mercredi et le dimanche de 17h30 à 22h30 et les jeudis, vendredis et samedis de 16h30 à minuit. Comptez une cinquantaine de dollars par personne, avant boissons, taxes et service.
 
 
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