«Nous irons à Toronto, en auto»
6 juin 2003
Alimentation
Toronto ne ferme plus un peu trop tôt. Ou alors seulement les soirs de semaine afin d'être plus en forme au travail le lendemain et gagner encore plus d'argent. Les gens restent chez eux, suivant passionnément à la télévision les pas de danse ébauchés par le premier ministre du plus meilleur pays au monde et Stephen LeDrew, dynamique président du PLC, ou la palpitante course au leadership du Parti conservateur.
Toronto, en fait, ferme plutôt tard, et ce, pneumonie atypique ou pas. Et lorsqu'ils sortent, les Torontois font les choses avec leur sérieux habituel. De passage dans la métropole canadienne la semaine dernière, j'ai visité une dizaine de restaurants. J'en ai gardé trois pour vous; bons, pas trop chers et raisonnablement exotiques. Il ne s'agit pas de véritables critiques de restaurants, plutôt de notes de voyage, la serviette nouée autour du cou.
Grano
2035 Yonge Street
(416) 440-1986
Un peu à l'écart du centre-ville, Grano est ce genre de restaurant italien que l'on obtient avec les ingrédients naturels du bon coeur. Sur le trottoir, le scooter du patron nargue les parcmètres, la devanture est sans fioritures; on entre et on se sent immédiatement ailleurs, à Bergame ou à Vérone. La Dolce Vita passe sur un grand écran plat accroché au mur derrière un sympathique fouillis. De la cuisine flottent des odeurs ramenées du marché, et le bruit rassurant des chaudrons vient se mêler à la belle musique du Quartetto Gelato qui joue en sourdine. Au milieu de cette charmante photo, les serveurs pressent le pas nonchalamment; essayez, vous verrez, ça prend beaucoup de talent.
Une grande salle, des tables arrangées selon l'humeur de la clientèle, une arrière-salle en demi-cour et, encore plus en arrière, une petite cour avec quelques tables sous de vieux parasols immenses. Antipasti et pasta, pizza et secondo, tout est d'une égale fraîcheur et resplendit sous la fourchette. Pause apaisante et revigorante dans le rythme un peu rapide de la restauration torontoise. On doit sans aucun doute en remercier Roberto Martella, le patron, qui donne le tempo.
Zoom
18 King Street East
(416) 861-9872
Plein centre-ville, les costards sont bien taillés; les Porsche et les Benz des courtiers chanceux se croisent distraitement, et flâner sur les trottoirs paraît suspect à moins d'avoir un appareil photo en bandoulière. Tout est imposant, grandiose, haut en couleur. Les propriétaires du restaurant Zoom ont respecté ces trois facteurs et on entre dans leur établissement comme dans une cathédrale. C'est effectivement très grand, et ce qui est dans les assiettes s'élève aussi dans l'azur.
À midi, on peut même planer sur des dim sums fabuleux. Le chef interprète de belle façon ces miniatures de la cuisine chinoise et offre des choses aussi aguichantes que des bouchées de thon croustillant, graines de sésame, betteraves jaunes en fines lamelles et vinaigrette aux olives noires, ainsi que de petites portions de saumon à peine poêlé, accompagnées de noix de pin et de chair de clémentine. L'élégance de toutes les assiettes reflète bien celle de l'architecture. Le service est fait avec sérieux et, d'avoir pu savourer toutes ces merveilles, on se sent plus intelligent à la fin du repas.
Saigon Sister
774 Yonge Street
(416) 967-0808
Autrefois aquarium d'une amusante jungle, la rue Yonge, dans les années 90, avait pris la forme d'un cauchemar avec ses hordes de très jeunes sans-abri et ses enfilades de devantures sordides. Soulagement, on voit aujourd'hui poindre une forme de renaissance, même aux endroits les plus abîmés. Ainsi, juste au sud de Bloor, un couple d'entrepreneurs cuisiners-architectes-restaurateurs-designers vient d'ouvrir un petit bijou baptisé Saigon Sister. Ici encore, le contenant est annonciateur de ce qui viendra dans l'assiette, une fois la commande passée, après les oh! et les ah! d'admiration devant la minutie et l'ingéniosité des rénovateurs. Dans cette ville où le sens de la mesure est parfois perdu dans la brume du lac Ontario, découvrir de si belles petites choses est un plaisir particulièrement rafraîchissant. Tout autant que déguster une énergisante salade de mangues vertes, citron et noix de cajou, des rouleaux impérieux aériens, une assiette de boeuf à la citronnelle toute en subtilité et, en dessert, une voluptueuse purée de mangues pour 24 $.
Et, pour dormir...
Les prix n'ont jamais été aussi bas pour se rendre chez nos voisins — billets d'avion ou de train — et les hôtels offrent des tarifs jamais vus. Si vous voulez, vous aussi, goûter aux plaisirs des happy few, vous pouvez vous le permettre en ce moment en descendant au très chic Hôtel Le Germain, récemment ouvert en plein coeur de la cité. Partout où la famille Germain a un établissement, on veut mentir effrontément en se prétendant natif de Québec tellement on est sous le charme. À Toronto, accueil charmant — et dans la langue de Molière avec un égal bonheur —, décor magnifique, confort douillet et petits-déjeuners préparés par des connaisseurs font de cette adresse un détour prisé. Et pas seulement parce que les chambres sont à moitié prix. Pour la beauté.
Hôtel Le Germain
30 Mercer Street
1 866 345-9501
***
Les nappes du mois
Il Sole
3627, boulevard Saint-Laurent
(514) 282-4996
Le marché Jean-Talon recommence à proposer des merveilles de fraîcheur. La chef du Il Sole, cette petite oasis sur la Main, en profite comme toujours pour mettre sur sa table de nouvelles surprises: menu du printemps jouant sur des légumes tant attendus, nouvelles pâtes, fruits, soleil dans toutes les assiettes. Et dans les verres magnifiques, son mari verse les meilleurs crus de la Toscane, de la Vénétie et du Piémont. Forza Graziella!
L'Entre-Miche
2275, rue Sainte-Catherine Est
(514) 521-0036
On fait évidemment le détour par ici pour les pâtisseries de Frédéric Théraud, impeccable chef pâtissier de la maison. On y vient aussi pour l'ambiance décontractée des midis et le calme des soirs alors que le jazz en sourdine rime avec les belles créations culinaires de Franco
Parreira et de son complice Dany
Savage.
Boris Bistro
465, avenue McGill College
(514) 848-9575
À son ouverture, Boris était tout seul dans la rue. L'arrivée de nombreux petits amis à droite et à gauche n'a rien changé à ses bonnes habitudes. Les assiettes sont toujours aussi agréables à regarder et repartent nettoyées en cuisine, signe qui ne trompe pas. Les beaux jours aidant, il ouvre sa magnifique terrasse ombragée, la seule du quartier. Avant le repas, il y sert de petits cocktails brésiliens et, le mercredi et le vendredi en soirée, charme ses clients avec un duo langoureux de bossa nova.
Le Margaux
371, rue Villeneuve Est
(514) 289-9921
Bon, d'accord, il y a la truite farcie au foie gras et aux pommes. Et aussi ce petit magret de canard avec hachis landais. Mais on aime aussi aller au Margaux pour la bouteille de Jurançon bien fraîche, servie par la patronne, pendant que son époux bordelais s'échine aux fourneaux. Et aussi pour cette atmosphère si agréable que seules les petites maisons qui ont du coeur savent offrir à leurs clients.
Toronto, en fait, ferme plutôt tard, et ce, pneumonie atypique ou pas. Et lorsqu'ils sortent, les Torontois font les choses avec leur sérieux habituel. De passage dans la métropole canadienne la semaine dernière, j'ai visité une dizaine de restaurants. J'en ai gardé trois pour vous; bons, pas trop chers et raisonnablement exotiques. Il ne s'agit pas de véritables critiques de restaurants, plutôt de notes de voyage, la serviette nouée autour du cou.
Grano
2035 Yonge Street
(416) 440-1986
Un peu à l'écart du centre-ville, Grano est ce genre de restaurant italien que l'on obtient avec les ingrédients naturels du bon coeur. Sur le trottoir, le scooter du patron nargue les parcmètres, la devanture est sans fioritures; on entre et on se sent immédiatement ailleurs, à Bergame ou à Vérone. La Dolce Vita passe sur un grand écran plat accroché au mur derrière un sympathique fouillis. De la cuisine flottent des odeurs ramenées du marché, et le bruit rassurant des chaudrons vient se mêler à la belle musique du Quartetto Gelato qui joue en sourdine. Au milieu de cette charmante photo, les serveurs pressent le pas nonchalamment; essayez, vous verrez, ça prend beaucoup de talent.
Une grande salle, des tables arrangées selon l'humeur de la clientèle, une arrière-salle en demi-cour et, encore plus en arrière, une petite cour avec quelques tables sous de vieux parasols immenses. Antipasti et pasta, pizza et secondo, tout est d'une égale fraîcheur et resplendit sous la fourchette. Pause apaisante et revigorante dans le rythme un peu rapide de la restauration torontoise. On doit sans aucun doute en remercier Roberto Martella, le patron, qui donne le tempo.
Zoom
18 King Street East
(416) 861-9872
Plein centre-ville, les costards sont bien taillés; les Porsche et les Benz des courtiers chanceux se croisent distraitement, et flâner sur les trottoirs paraît suspect à moins d'avoir un appareil photo en bandoulière. Tout est imposant, grandiose, haut en couleur. Les propriétaires du restaurant Zoom ont respecté ces trois facteurs et on entre dans leur établissement comme dans une cathédrale. C'est effectivement très grand, et ce qui est dans les assiettes s'élève aussi dans l'azur.
À midi, on peut même planer sur des dim sums fabuleux. Le chef interprète de belle façon ces miniatures de la cuisine chinoise et offre des choses aussi aguichantes que des bouchées de thon croustillant, graines de sésame, betteraves jaunes en fines lamelles et vinaigrette aux olives noires, ainsi que de petites portions de saumon à peine poêlé, accompagnées de noix de pin et de chair de clémentine. L'élégance de toutes les assiettes reflète bien celle de l'architecture. Le service est fait avec sérieux et, d'avoir pu savourer toutes ces merveilles, on se sent plus intelligent à la fin du repas.
Saigon Sister
774 Yonge Street
(416) 967-0808
Autrefois aquarium d'une amusante jungle, la rue Yonge, dans les années 90, avait pris la forme d'un cauchemar avec ses hordes de très jeunes sans-abri et ses enfilades de devantures sordides. Soulagement, on voit aujourd'hui poindre une forme de renaissance, même aux endroits les plus abîmés. Ainsi, juste au sud de Bloor, un couple d'entrepreneurs cuisiners-architectes-restaurateurs-designers vient d'ouvrir un petit bijou baptisé Saigon Sister. Ici encore, le contenant est annonciateur de ce qui viendra dans l'assiette, une fois la commande passée, après les oh! et les ah! d'admiration devant la minutie et l'ingéniosité des rénovateurs. Dans cette ville où le sens de la mesure est parfois perdu dans la brume du lac Ontario, découvrir de si belles petites choses est un plaisir particulièrement rafraîchissant. Tout autant que déguster une énergisante salade de mangues vertes, citron et noix de cajou, des rouleaux impérieux aériens, une assiette de boeuf à la citronnelle toute en subtilité et, en dessert, une voluptueuse purée de mangues pour 24 $.
Et, pour dormir...
Les prix n'ont jamais été aussi bas pour se rendre chez nos voisins — billets d'avion ou de train — et les hôtels offrent des tarifs jamais vus. Si vous voulez, vous aussi, goûter aux plaisirs des happy few, vous pouvez vous le permettre en ce moment en descendant au très chic Hôtel Le Germain, récemment ouvert en plein coeur de la cité. Partout où la famille Germain a un établissement, on veut mentir effrontément en se prétendant natif de Québec tellement on est sous le charme. À Toronto, accueil charmant — et dans la langue de Molière avec un égal bonheur —, décor magnifique, confort douillet et petits-déjeuners préparés par des connaisseurs font de cette adresse un détour prisé. Et pas seulement parce que les chambres sont à moitié prix. Pour la beauté.
Hôtel Le Germain
30 Mercer Street
1 866 345-9501
***
Les nappes du mois
Il Sole
3627, boulevard Saint-Laurent
(514) 282-4996
Le marché Jean-Talon recommence à proposer des merveilles de fraîcheur. La chef du Il Sole, cette petite oasis sur la Main, en profite comme toujours pour mettre sur sa table de nouvelles surprises: menu du printemps jouant sur des légumes tant attendus, nouvelles pâtes, fruits, soleil dans toutes les assiettes. Et dans les verres magnifiques, son mari verse les meilleurs crus de la Toscane, de la Vénétie et du Piémont. Forza Graziella!
L'Entre-Miche
2275, rue Sainte-Catherine Est
(514) 521-0036
On fait évidemment le détour par ici pour les pâtisseries de Frédéric Théraud, impeccable chef pâtissier de la maison. On y vient aussi pour l'ambiance décontractée des midis et le calme des soirs alors que le jazz en sourdine rime avec les belles créations culinaires de Franco
Parreira et de son complice Dany
Savage.
Boris Bistro
465, avenue McGill College
(514) 848-9575
À son ouverture, Boris était tout seul dans la rue. L'arrivée de nombreux petits amis à droite et à gauche n'a rien changé à ses bonnes habitudes. Les assiettes sont toujours aussi agréables à regarder et repartent nettoyées en cuisine, signe qui ne trompe pas. Les beaux jours aidant, il ouvre sa magnifique terrasse ombragée, la seule du quartier. Avant le repas, il y sert de petits cocktails brésiliens et, le mercredi et le vendredi en soirée, charme ses clients avec un duo langoureux de bossa nova.
Le Margaux
371, rue Villeneuve Est
(514) 289-9921
Bon, d'accord, il y a la truite farcie au foie gras et aux pommes. Et aussi ce petit magret de canard avec hachis landais. Mais on aime aussi aller au Margaux pour la bouteille de Jurançon bien fraîche, servie par la patronne, pendant que son époux bordelais s'échine aux fourneaux. Et aussi pour cette atmosphère si agréable que seules les petites maisons qui ont du coeur savent offrir à leurs clients.
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