Petites haltes ethniques
16 mai 2003
Alimentation
Parmi tous les chic restaurants aux nappes de fin coton et à l'élégante vaisselle visités dernièrement, je vous suggère deux arrêts dans des endroits inhabituels, qui servent des mets inhabituels et proposent tous deux des interprétations très particulières de la restauration. En plus d'élargir la palette déjà très riche de votre carnet d'adresses de restaurants, ces deux endroits vous permettront d'impressionner vos amis et de nourrir toute votre famille pour trois fois rien.
Deux adresses, donc, l'une mauritanienne, l'autre indienne. Seize places assises dans la première, La Khaïma, et une cinquantaine dans la seconde, Pushap.
Commençons en Mauritanie. Ould Atigh, le patron de La Khaïma, reçoit dans son minuscule établissement comme le veut la tradition de son pays. Toujours souriant, volubile et même un peu verbomoteur au moment du thé. L'endroit, jadis occupé par un boui-boui, est aujourd'hui joliment décoré, avec les moyens du bord, certes, mais on se sent bien sous la tente avant même que n'arrive le premier plat.
Côté cuisine, la formule est elle aussi très mauritanienne. En semaine, un plat du jour à base de riz, de légumes et de poulet ou de boeuf, selon l'inspiration du chef. Rien de très compliqué, mais on se sait ici dans une halte pour caravaniers plus que dans un trois macarons Michelin. Le plaisir est égal et la simplicité des préparations rend les papilles encore plus sensibles. Avec les beaux jours, les chameaux vont de nouveau être stationnés en double file devant la porte.
Les fins de semaine, M. Atigh, portant un magnifique chèche sur la tête, sert des spécialités de son pays: le maafé, riz au boeuf, carottes, pommes de terre, laurier et sauce aux arachides, ou le thieboudienne, plat national à base de riz cassé et de poisson, relevé d'une variété de gingembre mauritanien très parfumé et très acidulé.
Pas d'alcool ni de boissons gazeuses. De l'eau, cadeau d'entre les cadeaux pour qui vient du désert. La rusticité est atténuée au moment du thé, vert et parfumé à la menthe, qui tient lieu de dessert. Trois petits verres de thé brûlant par personne, servi avec de grands gestes par le patron qui, de toute évidence, prend autant de plaisir à le servir que ses clients à boire la chose encore moussue et à la limite du point d'ébullition. La tradition veut qu'on en boive trois. Les mauvaises langues disent que c'est pour permettre de bavarder encore plus longtemps. Ça permet d'en apprendre beaucoup sur ce pays un peu à l'écart de l'actualité, M. Atigh sachant se montrer aussi bon guide touristique qu'hôte chaleureux.
Deuxième oasis: Pushap, cachée près de Blue Bonnets. Ici non plus, rien de particulièrement révolutionnaire sur le plan culinaire, mais une simplicité qui frôle le dénuement. La carte indique «cuisine indienne végétarienne», on devrait donc savoir à quoi s'attendre, d'autant plus que les éléments du menu — samosas, pakoras, puris ou sabjis — restent dans le très traditionnel pour les amateurs de cuisine indienne.
La surprise vient d'ailleurs: le fait, par exemple, que tout soit servi dans des contenants de métal, verres, assiettes ou grands plats, ou encore la présence de thalis, mot qui désigne autant le contenant que la combinaison offerte, ici deux caris au choix, riz, salade de chou et pain, voire cet amoncellement de pâtisseries irrésistibles et qui décorent le comptoir, rendant la visite ici un peu périlleuse si vous venez avec des enfants et souhaitiez conserver un semblant de contrôle sur le déroulement des opérations.
Les prix pratiqués constituent également un élément de surprise, le client un peu frugal pouvant facilement prendre un repas très convenable pour six ou sept dollars. Comme quoi on peut être végétarien sans pour autant être pris pour un poireau.
Comme dans tout bon restaurant indien, on trouve chez Pushap une profusion d'épices — safran, gingembre, origan, anis, cardamome, muscade et cannelle —, ce riz basmati préparé à l'indienne et ces boissons à base de yogourt (lassi) pour éteindre le feu de quelques plats. Beaucoup de lentilles, de pois chiches, des plats sautés à base de tomates et d'oignons, quelques variations avec des gombos (Hibiscus esculenta) et cinq variétés de pains, toutes plus divertissantes les unes que les autres.
Et, bien sûr, même dans les moments de trafic intense alors que les serveuses et serveurs sont à la course, cette gentillesse et ces taquineries bon enfant, formes supérieures de l'humour que les Indiens pratiquent en maîtres. On ressort de chez Pushap abasourdi par la quantité de nourriture qu'on a pu absorber, par le peu que cela a coûté et par l'intensité du plaisir ressenti.
***
La Khaïma
5007, avenue du Parc
% (514) 276-4664
Ouvert de 11h à 23h du mardi au dimanche.
Midi ou soir, une vingtaine de dollars pour deux personnes avant taxes et service.
Pushap
5195, rue Paré
(514) 737-4527
Ouvert de 11h à 21h, sept jours sur sept.
Une vingtaine de dollars nourriront amplement deux personnes.
***
Les nappes du mois
Il Sole
3627, boulevard Saint-Laurent
% (514) 282-4996
Le marché Jean-Talon recommence à proposer des merveilles de fraîcheur. La chef du Il Sole, cette petite oasis sur la Main, en profite comme toujours pour mettre sur sa table de nouvelles surprises: menu du printemps jouant sur des légumes tant attendus, nouvelles pâtes, fruits, soleil dans toutes les assiettes. Et dans les verres magnifiques, son mari verse les meilleurs crus de la Toscane, de la Vénétie et du Piémont. Forza Graziella!
L'Entre-Miche
2275, rue Sainte-Catherine Est
% (514) 521-0036
On fait évidemment le détour par ici pour les pâtisseries de Frédéric Théraud, impeccable chef pâtissier de la maison. On y vient aussi pour l'ambiance décontractée des midis et le calme des soirs alors que le jazz en sourdine rime avec les belles créations culinaires de Franco Parreira et de son complice Dany Savage.
Boris Bistro
465, avenue McGill College
% (514) 848-9575
À son ouverture, Boris était tout seul dans la rue. L'arrivée de nombreux petits amis à droite et à gauche n'a rien changé à ses bonnes habitudes. Les assiettes sont toujours aussi agréables à regarder et repartent nettoyées en cuisine, signe qui ne trompe pas. Les beaux jours aidant, il ouvre sa magnifique terrasse ombragée, la seule du quartier. Avant le repas, il y sert de petits cocktails brésiliens et, le mercredi et le vendredi en soirée, charme ses clients avec un duo langoureux de bossa nova.
Le Margaux
371, rue Villeneuve Est
% (514) 289-9921
Bon, d'accord, il y a la truite farcie au foie gras et aux pommes. Et aussi ce petit magret de canard avec hachis landais. Mais on aime aussi aller au Margaux pour la bouteille de Jurançon bien fraîche, servie par la patronne, pendant que son époux bordelais s'échine aux fourneaux. Et aussi pour cette atmosphère si agréable que seules les petites maisons qui ont du coeur savent offrir à leurs clients.
Deux adresses, donc, l'une mauritanienne, l'autre indienne. Seize places assises dans la première, La Khaïma, et une cinquantaine dans la seconde, Pushap.
Commençons en Mauritanie. Ould Atigh, le patron de La Khaïma, reçoit dans son minuscule établissement comme le veut la tradition de son pays. Toujours souriant, volubile et même un peu verbomoteur au moment du thé. L'endroit, jadis occupé par un boui-boui, est aujourd'hui joliment décoré, avec les moyens du bord, certes, mais on se sent bien sous la tente avant même que n'arrive le premier plat.
Côté cuisine, la formule est elle aussi très mauritanienne. En semaine, un plat du jour à base de riz, de légumes et de poulet ou de boeuf, selon l'inspiration du chef. Rien de très compliqué, mais on se sait ici dans une halte pour caravaniers plus que dans un trois macarons Michelin. Le plaisir est égal et la simplicité des préparations rend les papilles encore plus sensibles. Avec les beaux jours, les chameaux vont de nouveau être stationnés en double file devant la porte.
Les fins de semaine, M. Atigh, portant un magnifique chèche sur la tête, sert des spécialités de son pays: le maafé, riz au boeuf, carottes, pommes de terre, laurier et sauce aux arachides, ou le thieboudienne, plat national à base de riz cassé et de poisson, relevé d'une variété de gingembre mauritanien très parfumé et très acidulé.
Pas d'alcool ni de boissons gazeuses. De l'eau, cadeau d'entre les cadeaux pour qui vient du désert. La rusticité est atténuée au moment du thé, vert et parfumé à la menthe, qui tient lieu de dessert. Trois petits verres de thé brûlant par personne, servi avec de grands gestes par le patron qui, de toute évidence, prend autant de plaisir à le servir que ses clients à boire la chose encore moussue et à la limite du point d'ébullition. La tradition veut qu'on en boive trois. Les mauvaises langues disent que c'est pour permettre de bavarder encore plus longtemps. Ça permet d'en apprendre beaucoup sur ce pays un peu à l'écart de l'actualité, M. Atigh sachant se montrer aussi bon guide touristique qu'hôte chaleureux.
Deuxième oasis: Pushap, cachée près de Blue Bonnets. Ici non plus, rien de particulièrement révolutionnaire sur le plan culinaire, mais une simplicité qui frôle le dénuement. La carte indique «cuisine indienne végétarienne», on devrait donc savoir à quoi s'attendre, d'autant plus que les éléments du menu — samosas, pakoras, puris ou sabjis — restent dans le très traditionnel pour les amateurs de cuisine indienne.
La surprise vient d'ailleurs: le fait, par exemple, que tout soit servi dans des contenants de métal, verres, assiettes ou grands plats, ou encore la présence de thalis, mot qui désigne autant le contenant que la combinaison offerte, ici deux caris au choix, riz, salade de chou et pain, voire cet amoncellement de pâtisseries irrésistibles et qui décorent le comptoir, rendant la visite ici un peu périlleuse si vous venez avec des enfants et souhaitiez conserver un semblant de contrôle sur le déroulement des opérations.
Les prix pratiqués constituent également un élément de surprise, le client un peu frugal pouvant facilement prendre un repas très convenable pour six ou sept dollars. Comme quoi on peut être végétarien sans pour autant être pris pour un poireau.
Comme dans tout bon restaurant indien, on trouve chez Pushap une profusion d'épices — safran, gingembre, origan, anis, cardamome, muscade et cannelle —, ce riz basmati préparé à l'indienne et ces boissons à base de yogourt (lassi) pour éteindre le feu de quelques plats. Beaucoup de lentilles, de pois chiches, des plats sautés à base de tomates et d'oignons, quelques variations avec des gombos (Hibiscus esculenta) et cinq variétés de pains, toutes plus divertissantes les unes que les autres.
Et, bien sûr, même dans les moments de trafic intense alors que les serveuses et serveurs sont à la course, cette gentillesse et ces taquineries bon enfant, formes supérieures de l'humour que les Indiens pratiquent en maîtres. On ressort de chez Pushap abasourdi par la quantité de nourriture qu'on a pu absorber, par le peu que cela a coûté et par l'intensité du plaisir ressenti.
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La Khaïma
5007, avenue du Parc
% (514) 276-4664
Ouvert de 11h à 23h du mardi au dimanche.
Midi ou soir, une vingtaine de dollars pour deux personnes avant taxes et service.
Pushap
5195, rue Paré
(514) 737-4527
Ouvert de 11h à 21h, sept jours sur sept.
Une vingtaine de dollars nourriront amplement deux personnes.
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Les nappes du mois
Il Sole
3627, boulevard Saint-Laurent
% (514) 282-4996
Le marché Jean-Talon recommence à proposer des merveilles de fraîcheur. La chef du Il Sole, cette petite oasis sur la Main, en profite comme toujours pour mettre sur sa table de nouvelles surprises: menu du printemps jouant sur des légumes tant attendus, nouvelles pâtes, fruits, soleil dans toutes les assiettes. Et dans les verres magnifiques, son mari verse les meilleurs crus de la Toscane, de la Vénétie et du Piémont. Forza Graziella!
L'Entre-Miche
2275, rue Sainte-Catherine Est
% (514) 521-0036
On fait évidemment le détour par ici pour les pâtisseries de Frédéric Théraud, impeccable chef pâtissier de la maison. On y vient aussi pour l'ambiance décontractée des midis et le calme des soirs alors que le jazz en sourdine rime avec les belles créations culinaires de Franco Parreira et de son complice Dany Savage.
Boris Bistro
465, avenue McGill College
% (514) 848-9575
À son ouverture, Boris était tout seul dans la rue. L'arrivée de nombreux petits amis à droite et à gauche n'a rien changé à ses bonnes habitudes. Les assiettes sont toujours aussi agréables à regarder et repartent nettoyées en cuisine, signe qui ne trompe pas. Les beaux jours aidant, il ouvre sa magnifique terrasse ombragée, la seule du quartier. Avant le repas, il y sert de petits cocktails brésiliens et, le mercredi et le vendredi en soirée, charme ses clients avec un duo langoureux de bossa nova.
Le Margaux
371, rue Villeneuve Est
% (514) 289-9921
Bon, d'accord, il y a la truite farcie au foie gras et aux pommes. Et aussi ce petit magret de canard avec hachis landais. Mais on aime aussi aller au Margaux pour la bouteille de Jurançon bien fraîche, servie par la patronne, pendant que son époux bordelais s'échine aux fourneaux. Et aussi pour cette atmosphère si agréable que seules les petites maisons qui ont du coeur savent offrir à leurs clients.
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