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Libérez le trésor

Une action de grâce

Josée Blanchette   9 octobre 2009  Alimentation
Deux choses m'ont surprise avec la rentrée. La première, c'est tout le plaisir que je prends à marcher jusqu'à l'école tandis que mon B roule à trottinette et arrache des sourires nostalgiques aux vieux messieurs qui voudraient encore avoir six ans. La seconde, c'est la boîte à lunch, ce mal nécessaire, ce déballage d'intimité au grand jour.

Au contraire de mes ami(e)s qui râlent en choeur devant cette corvée quotidienne, je butine, j'explore, coiffant mon chapeau de traiteur, de gastronome, de nutritionniste et de maman. Je regrette de n'avoir qu'une seule bouche à nourrir, un jour sur deux, pour goûter à mes pique-niques.

Si j'en crois les commentaires de quelques témoins, mes coffrets aux trésors (surtout végés) font oublier l'ambiance récessionniste. Mon B va pouvoir les échanger contre des cartes de hockey ou de la gomme balloune bientôt. Ou il sera victime d'intimidation...

Si la séparation symbolique que représente l'entrée à la maternelle a été moins douloureuse que prévu, c'est grâce à cette boîte à lunch honnie de tous. J'y dissimule des lingots d'amour, solubles, digestes; j'ajoute même de petites images où je dessine des coeurs et des photos de bagnoles sport à distribuer aux copains.

Ces petits plats, goûters en tout genre, nouent le cordon de l'affection. Je sais que le midi, le B ouvre son coffre aux trésors et y puise de l'amour, une attention et une fraîcheur qu'il ne trouvera pas dans les steakettes de boeuf sauce forestière ou les doigts de poulet de la cafétéria, qui sert le même menu en rotation toute l'année.

À l'heure des repas du soir, je compose le smörgasbord du lendemain. Tantôt, c'est la crêpe de sarrasin farcie à la crème d'épinards qui se retrouve accompagnée de crudités et d'humus aux oignons rôtis, suivie d'une salade de framboises et cerises de terre et d'un muffin aux bleuets du Lac-Saint-Jean. Tantôt, c'est un potage aux courgettes jaunes, pommes et cari, précédant des bouchées wrap au pesto (vert) à la salade d'oeufs et ciboulette (jaune) et laitue feuille de chêne (rouge), de petites tomates « bonbons » qui seront suivies d'un smoothie fraises-kiwi et d'une madeleine au pain d'épice.

Je vous entends d'ici: « Pourquoi pas un popsicle au cidre de glace avec ça? » Justement, j'y songe...

Lorsque j'ai expliqué à mon fils que « dans mon temps », les lunchs se résumaient à un sandwich au pain blanc Weston garni d'une tranche de single orange, à un sandwich au jambon ou un sandwich au beurre d'arachide Kraft, il a ouvert de grands yeux: « Wô. » Il a eu un peu pitié de moi, comme si j'avais grandi dans un pays sous-développé où Josée di Stasio et Christian Bégin n'ont jamais mis les pieds.

Traiteur un jour

Si je vous cause d'un sujet aussi « matante », « Les saisons de Clodine » et « Canal Vie », c'est en partie pour déconstruire un mythe, celui du devoir qui rend toute chose plus ardue. Et je suis commanditée par le ministère de la Santé publique. Entre nous, mes boîtes à lunch valent bien un vaccin. En tout cas, elles immunisent contre l'ennui et l'anorexie.

Une semaine sur deux, mon B a droit au « spécial vendredi », une mini-collation faite de canneberges séchées sucrées au jus de pomme et de capuchons de chocolat 53,5 % Callebaut. La boîte revient presque toujours vide. Il fait beaucoup moins de chichis lorsque je ne suis pas là pour l'inciter à bouffer ses vitamines et ses antioxydants.

Je ne suis pas la seule maso dans mon genre; quelques parents foodies adorent l'exercice, surtout ceux qui cuisinent et ne s'y prennent pas à la sauvette le matin en avalant leur espresso.

Dans mon ancienne vie, avant d'être journaliste, j'ai été traiteur. Les premières boîtes à lunch que j'ai préparées, je les ai faites de façon professionnelle. J'allais les livrer avec mon stationwagon à la place Ville-Marie.

Depuis mes menus « santé » des années 1980, les goûts se sont encore raffinés. Les mariages interculturels, les produits disponibles, l'exotisme des saveurs, nos connaissances en nutrition, l'achat local, le bio et les saisons, notre sens de l'esthétisme, sans compter les préoccupations écolos, font de la préparation de ces repas un exercice à la fois complexe et ludique.

Reste que deux pains sur trois vendus au Québec sont aussi blancs que mon dernier nom. Reste que mes amies qui bossent dans des écoles primaires me rapportent que la norme est plutôt beige et bâclée dans les boîtes à lunch des petits, qui expédient le repas en dix minutes de toute façon, parce qu'on ne leur donne pas le temps de déguster.

Les bentos, poème comestible

Qu'importe. Le matin, au petit-déj, je me livre au rituel de « qu'est-ce que ma boîte à lunch contient? » avec mon unique client qui fait le tour en opinant du bonnet gravement. Je plante une graine qui grandira avec son appétit.

Rayon nouveautés et modes à surveiller: les cakes (toujours appréciés et faciles à préparer dans les moules en silicone) et les bentos, ces boîtes à lunch japonaises très design, utilisées par les cyclistes et dont le contenu est un haïku comestible qui peut aller du jardin zen à une reproduction de Hello Kitty. Les wraps persistent avec toujours plus de combinaisons et des tortillas de toutes les couleurs et les boîtes à lunch végétariennes avec le mouvement des « lundis sans viande ».

Mon amie Marthe, dubitative devant mon enthousiasme, a décrété que ça me passerait. J'en doute. Si le désir d'enfanter à nouveau s'est évanoui, celui d'être une mère nourricière est inscrit à jamais dans mon code génétique.

C'est la terre nourricière qu'on célèbre avec l'Action de grâce. Et aimer est un verbe d'action.

***

Le mythe du privé

Les deux prochains week-ends, ils seront des milliers à affronter les examens pour parvenir à être acceptés à l'école privée. En visionnant le documentaire Les Enfants du palmarès, de Marie-Josée Cardinal (la tatie de mon B), quelques-uns de mes préjugés sont tombés. Et les chiffres me consternent: un élève sur trois, à Montréal, ira au privé cette année, et un sur cinq en région.

Marie-Josée est partie d'une expérience personnelle et a suivi cinq familles dans leur préparation et leur course folle pour être admis dans le cénacle des « meilleurs », de ceux qui vont « réussir dans la vie », palmarès des écoles à l'appui.

Issue du système public (comme moi et bien d'autres de notre génération), elle nous présente aussi quelques écoles secondaires publiques.

On y apprend d'ailleurs que les élèves du privé n'ont pas un taux de réussite supérieur quand ils seront admis, plus tard, au cégep ou à l'université. Les élèves passent généralement du public (au primaire), au privé (au secondaire), pour ensuite retourner au public (au cégep et à l'université). Incohérence, dites-vous?

Mais surtout, ce documentaire soulève une question qui a déjà été réglée par cinq provinces canadiennes qui ont coupé les vivres au privé. En subventionnant les écoles privées à beaucoup plus que 60 % (selon les calculs de la Fédération autonome de l'enseignement, qui parlait « d'apartheid scolaire » cette semaine), nous sommes en train de signer la mort du public, qui écope de tout ce qui retrousse ou pousse moins droit (rejeté d'emblée par le privé).

Si la ministre ne veut pas bouger sur cette question, il faudrait peut-être l'obliger à nous fournir des explications sur l'utilité de subventionner un système élitiste qui fabrique des décrocheurs à la pelle. En cette semaine pour l'école publique, ce serait déjà intéressant d'avoir un débat public.

Le documentaire sera diffusé à Canal D, le dimanche 18 octobre à 19h et le lundi 19 à 13h.

***

Noté: que selon un sondage d'une école primaire de Laval, 82 % des élèves ont des contenants jetables pour les jus, 63 % ont des sandwichs emballés dans des Ziploc ou de la pellicule de plastique, 72 % ont des collations ou des desserts emballés individuellement, 50 % ont des ustensiles jetables. Nous sommes encore loin du zéro-déchet. De plus en plus d'établissements interdisent de tels contenants, au même titre que les noix... À quand le consensus?

Salivé: en feuilletant Entre cuisine et bambini (Trécarré) du chef italien Stephano Faita, qu'on peut voir à l'émission Kampaï (SRC). Cuisine familiale à fond, toujours sur la note italienne mais en faisant encore plus de place aux goûts des enfants. Une section pour les tout-petits (même des purées), une autre sur les boîtes à lunch, une pour « garder la gardienne » (on envie la gardienne de Stephano!), les barbecues, les brunchs, etc. Très convivial, et des recettes de la terre natale.

Acheté: le dernier numéro de Ricardo (automne 2009) pour les recettes de boîtes à lunch. Des soupes qui cuisent dans le thermos, des salade de légumineuses ou de riz sauvage au porc grillé, des cigares au chou à l'orge sans viande, de tout pour réinventer la foutue boîte à lunch. On trouve d'excellentes suggestions de la nutritionniste Hélène Laurendeau sur le site de Ricardo à ce sujet: www.ricardocuisine.com/rubriques-et-conseils/biensenourrir (Lunchs, des midis pleins d'énergie).

Aimé: Petits contes gourmands de Gudule et Christophe Merlin (Milan jeunesse). Des contes savoureux qui proviennent des quatre coins du monde et font appel à la sagesse et à l'imagination. Les galettes d'orge au miel, le poulet aux oignons pich-pich, la liqueur de rose de la princesse Laïla, la soupe au chou et au lard gras, la brioche au safran, les beignets de mangue verte sont autant de titres qui font saliver les enfants.

Tripé: sur Les Recettes de Sam, un livre de cuisine destiné aux ados et pré-ados. Les recettes sont simples, amusantes, appétissantes; il y a une section sur les repas à emporter, une autre sur les collations, une autre pour épater les filles ou les copains et des desserts qui font vraiment envie. Spaghetti carbonara, tortillas de pomme de terre, moules marinières, soupe aux carottes au lait de coco et coriandre, meringues aux framboises... Je sais déjà à qui l'offrir.
 
 
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  • Ginger Walsh
    Inscrit
    vendredi 9 octobre 2009 17h10
    Libérez le discernement
    J'aime Le Devoir, et je lis avec plaisir vos articles.
    Mais de plus en plus, je me demande sur quelle planète vous vivez.

    Pour quel public, écrivez-vous? Dans un magazine auquel vous participez, Ghislaine Théoret, grande patronne du Garde-Manger pour tous nous apprend que 53% des elèves fréquentant la CSM viennent de milieu défavorisé et arrivent à l'école le ventre vide!

    Pour les petits menus de l'élite, bravo, mais votre fils lorsqu'il aura 12-13 ans mangera comme ses copains, du McDO.

    Et je doute fortement que vous ayez mangé uniquement des sandwiches au fromage single au cours de votre enfance!

    Pour ce qui est de l'école privée, j'ai envoyé mes enfants au privé au secondaire et son père et moi, nous avons payé la différence, soit 40% non financé par les deniers publics.

    L'ÉCOLE PUBLIQUE EST FINANCÉE À 100%, L'ÉCOLE PRIVÉE, 50-60%.

    Et cela aussi, vous allez en faire l'expérience dans 6 ans.

    Votre amie Marche a raison. Et elle est très polie. Revenez sur terre, les 4/5 des habitants de la planète se couchent le ventre affamé!

    Et des femmes à Sao Paulo allaitent sur une mer de déchets!

  • Guy Archambault
    Abonné
    dimanche 11 octobre 2009 14h20
    La mer et son flot
    On parlera de décrochage encore dans cent ans.
    Parce qu'on ne s'attaque pas aux deux principales sources du problème.

    1- L'intelligence active et créatrice se développe de 0 à 3 ans par la stimulation sensorielle et psycho-sociale de l'enfant. Les stimulis doivent être variés. Ce n'est donc pas aux programmes de l'école primaire ou secondaire qu'il faut d'abord s'attaquer ; c'est en créant des programmes post-nataux pour les parents. À lire les rapports que vous entretenez avec votre " flo " et dont vous nous entretenez assez régulièrement, je vous dispenserais de ces cours car vous semblez avoir l'attitude " dialogique " qui amplifie la stimulation sensorielle et psycho-sociale de votre " flo ".

    2- Tant qu'on n'aura pas à l'université dans les programmes de formation des maîtres des professeurs qui pratiquent ce qu'ils enseignent, les professeurs reproduiront au primaire et au secondaire les comportements de leurs professeurs à l'université.

    Dans les programmes de formation pédagogique, il faudrait faire comme en médecine par exemple; les futurs médecins apprennent leur art en fréquentant des médecins compétents en exercice.

    Pensez-vous que les professeurs d'université sont intéressés à pratiquer ce qu'ils enseignent ? Ils sont d'abord intéressés à la recherche et à la communication des résultats de leurs recherches dans des conférences et des séminaires internationaux. La formation professionnelle ne les intéresse pas.

    Il serait temps de retirer le mandat de la formation des maîtres aux universités et de la confier à une École Nationale qui administrerait des programmes de pédagogie pratique, ferait donner des cours par des professeurs qui pratiquent ce qu'ils enseignent et décernerait des diplômes de type professionnel. Dans cent ans peut-être !

    Guy Archambault

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