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Les Catalans sont en ville. Bon profit!*

17 janvier 2003  Alimentation
Cela s'est déjà appelé «Les arts de la table». Cette année, ce sera «Les plaisirs de la table». On espère que la notion de plaisir n'aura pas évacué celle, si intéressante, d'arts. Une chose est certaine, la société d'État qui gère notre consommation de pinard étant de la partie, ça sera gros et cher. Comme le dit Tenzin Gyatso, quatorzième dalaï-lama, dans son infinie sagesse: «Qu'importe le flacon — et son prix —, pourvu qu'on ait l'ivresse.» Ou quelque chose comme ça, mon tibétain étant un peu rouillé, faute de séjour prolongé hors du pays.

Donc, du 13 février au 2 mars prochain, le quatrième festival Montréal en lumière éclairera de ses lampions notre pathétique hiver. Son volet «Fourchettes de tous les pays, unissez-vous!» regroupe quelque 400 «présentations gastronomiques et vinicoles»; avouez, ce n'est pas rien.

Et cette année, la Catalogne est à l'honneur. Salud y forsa! Santi Santamaria, étoile catalane s'il en est et titulaire de trois précieux macarons Michelin pour son restaurant El Racó de Can Fabes de Sant Celoni, assure la présidence d'honneur. On aura donc la possibilité de manger des choses hors du commun, préparées par des gens hors du commun dans des cuisines hors du commun. Évidemment, pour le commun des mortels qui aime se bien sustenter, tout cela risque de poser quelque problème car les prix pratiqués pour certains événements sont eux aussi tout à fait hors du commun. À 250 $ ou 300 $ le couvert, on imagine mal l'épicurien moyen s'attabler avec sa belle-famille. Quand on aime, on ne compte pas, mais un petit peu quand même en février, à la veille des congés scolaires de mars et compte tenu de l'augmentation immorale du prix des séjours dans le Sud, justement pendant cette semaine-là.

Comme il fait vraiment froid chez nous et que de nombreux Catalans pure laine hésitent à sortir de chez eux dès que le mercure tombe au-dessous de 18 °C, on a appelé en renfort quelques chefs américano-catalans, venus cette année de San Francisco. Certains établissements montréalais plus modestes ont quant à eux invité des amis catalans établis au Pays basque, à Charlevoix ou dans le Lubéron à venir faire les intéressants en cuisine. Pour notre plus grand plaisir. Comme dit le cousin barcelonais du dalaï-lama: «Qu'importe le Catalan, pourvu qu'on ait l'ivresse.»

Pendant la vingtaine de jours de festivités, je vous suggère, outre l'absorption régulière d'infusions et de décoctions de centaurée, d'épine-vinette et de camomille, une dizaine de points de chute. Un jour sur deux, vous ferez donc bombance. Le jour suivant, vous pourriez jeûner ou suçoter des glaçons faits à partir de mélisse, numéro un actuel dans mon palmarès de préparations maison.

Donc, à tout seigneur tout honneur: Normand Laprise et Christine Lamarche invitent toujours les meilleurs. Cette année, ce sera Xavier Pellicer, du restaurant Àbac de Barcelone, chez Toqué!, les 25 et 26 février. Réservations: % (514) 499-2084.

Éric Gonzalez partage ses cuisines du Lutetia du 18 au 22 février avec Christophe Michalak, grand gourou pâtissier du Plaza Athénée, avenue Montaigne à Paris, et, les 24 et 25 février, avec le chef Laurent Gras, du célèbre Fifth Floor de San Francisco. Réservations: % (514) 288-5656.

Encore de la ville-vedette de cette édition 2003 du festival, Nancy Oakes, chef du très chic Boulevard Restaurant de San Francisco, travaillera les 26 et 27 février avec l'équipe du Leméac. Réservations: % (514) 270-0999.

Espérons que tous ces gens ont bénéficié d'un tarif de groupe sur la ligne Montréal-San Francisco puisque, les 19 et 20 février, Daniel Patterson, du Elisabeth Daniel de San Francisco, sera chez Anise afin de préparer quelques miracles avec l'impeccable chef de l'endroit, Racha Bassoul, une sainte. Réservations: % (514) 276-6999.

Ex-Bristol, ex-Senderens, Michel del Burgo quittera son restaurant de La Bastide de Gordes, dans le Lubéron, pour venir passer quelques moments du 25 février au 2 mars avec Jean-Pierre Curtat, chef du restaurant Nuances. Réservations: % (514) 392-2708.

Du 18 février au 2 mars, Nathalie Major invite Antxon Amilibia, qui abandonnera Arcangues, au Pays basque, pour venir exposer au Petit Extra moustaches, béret et talent culinaire. Et pour préparer, souhaitons-le, quelques omelettes aux cèpes bien baveuses. Réservations: % (514) 527-5552.

Toujours dans la catégorie «Un Catalan peut en cacher un autre», l'itamae (maître cuisinier de sushis) Junichi Ikematsu partage son comptoir à sushis du restaurant Soto du Vieux-Montréal avec un célébrissime itamae, Masaharu Morimoto, du Morimoto Restaurant de Philadelphie. Ce magnifique créateur qui, pendant des années, a ébloui les fines baguettes dans son tout aussi magnifique restaurant Nobu de New York sera en ville, malheureusement pour nous une seule journée, le 1er mars. Si vous le manquez, faites le détour par Philadelphie; son établissement vaut à lui seul le déplacement. Réservations: % (514) 864-5115.

À quelques pas de là, dans le Vieux-Montréal, Janik Bouchard, chef du restaurant Les Remparts, travaillera avec Éric Bertrand, de l'auberge Les 3 Canards à La Malbaie, les lundi 17 et mardi 18 février. Réservations: % (514) 392-1649.

Et pour finir ce survol sur deux notes encore plus joyeuses: quelques élucubrations culinaires lors de la Soirée psychotronique organisée par Bob Blumer au Bain Mathieu (Société pour promouvoir les arts gigantesques), le 20 février. Réservations: % (514) 790-1245. Aussi, le jeudi 27 février, commandez un taxi et offrez-vous une soirée de dégustation au restaurant Cube, qui organise une petite séance de conscientisation alimentaire autour du thème des vins naturels, biologiques et autres. Réservations: % (514) 876-2823.

* Bon appétit en catalan.

***

Les nappes du mois

Quatre nappes distinguées. Les patrons n'ont pas versé de commission mais les cuisiniers y brillent pour vous. Je change la nappe régulièrement et essaie de vous en proposer toujours de bien repassées, en coton blanc, immaculées. Ou alors, à la limite, avec taches de foie gras, Romanée-Conti et clafoutis. Bon appétit!

Nonya

1228, boulevard Saint-Laurent (514) 875-9998

Trois petits Indonésiens qui proposent leurs versions de la cuisine de leur coin du village global. Ne vous laissez pas rebuter par le quartier; une fois à table, vous partirez en voyage très loin de la Main. Sur les ailes d'Air Nonya, vous ne voudrez même pas regarder par les hublots tellement ce qui est dans votre assiette est captivant. Et le service charmant. Et l'addition modeste. Une petite table comme on les aime.

Europea

1227, rue de la Montagne

(514) 398-9229

Trois petits Français pendus au plafond... Contrairement à la chanson, on n'a pas besoin de tirer quoi que ce soit. Cependant, comme dans la chanson aussi, ils sont petits, roses et très cochons. Des sauces comme on n'ose même plus les imaginer, de jolis plats riches et délicats, des présentations parfois alambiquées comme autrefois. Sortie reposante dans ce coin de la ville un peu exubérant. Prix très concurrentiels.

Pho Truc

1021 b, boulevard Saint-Laurent

866-8288

L'ancien repaire de M. Minh, un demi sous-sol un peu calamiteux, a cédé la place à un très joli estaminet. La meilleure soupe-repas en ville, un bouillon d'une texture et d'une saveur remarquables. Des crêpes vietnamiennes légères et rassurantes, des riz frits quasi hallucinogènes. Et je crois qu'en faisant attention, vous pouvez manger à deux pour 10 $. N'oubliez pas de caresser la bedaine du bouddha en sortant.

Ouzeri

4690, rue Saint-Denis

(514) 845-1336

La version grecque de ce à quoi un bistrot sympa peut ressembler. On mange sans retenue des choses joviales préparées avec le goût du simple. Beaucoup de bruit, des serveurs machos, sympathiques et efficaces, le meilleur agneau à la féta au monde, et quand l'ouzo se met à couler, les piles d'assiettes se brisent avec joie. Si vous êtes chanceux et criez «opa!» assez fort, le patron danse à votre table. Beau, bon, pas cher.
 
 
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