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L'Europe a 17 ans d'avance

La Semaine du goût s'y tient depuis 1990

Philippe Mollé   20 octobre 2007  Alimentation
Si la Semaine du goût — qui a lieu en ce moment en Europe — rassemble autant d’adeptes de toutes les professions, précise M. Petitrenaud, son fondateur, c’est qu’elle s’adresse autant aux enfants qu’à leurs parents.
Photo : Agence France-Presse
Si la Semaine du goût — qui a lieu en ce moment en Europe — rassemble autant d’adeptes de toutes les professions, précise M. Petitrenaud, son fondateur, c’est qu’elle s’adresse autant aux enfants qu’à leurs parents.
Comme tous les ans, les présentateurs des journaux télévisés belge, suisse et français font l'annonce et l'éloge de la Semaine du goût, qui se déroule en ce moment même. Une première cette année: sur un site Internet, on se retrouve même à télécharger, en format PDF, les recettes des grandes nations du rugby!

L'histoire a commencé sur une initiative privée, celle de l'animateur d'émissions gastronomiques Jean-Luc Petitrenaud, qui a réuni pour une journée en 1990 des professionnels de la restauration, commandités à l'époque par une multinationale du sucre. Drôle de paradoxe pour une activité où on devait aussi parler de mieux manger...

Dix-sept ans plus tard, cette cause est devenue européenne et dure toute une semaine, en plus d'être soutenue par les pouvoirs publics, notamment l'Éducation nationale, et de réunir une multitude de sociétés et de professionnels sensibles à cette éducation alimentaire dont on parle tant le reste de l'année.

Pas seulement pour les enfants

Si la Semaine du goût rassemble autant d'adeptes de toutes les professions, précise M. Petitrenaud, son fondateur, c'est qu'elle s'adresse autant aux enfants qu'à leurs parents. Cette activité est devenue une machine éducative bien rodée qui oeuvre tant pour l'écologie que pour la défense des métiers de l'alimentation, du vin et des arts de la table. Cette espèce d'initiative de sensibilisation contre le secteur industriel et celui du fast-food a grandement favorisé, depuis cinq ans, la défense des métiers de bouche en l'Europe.

Toujours selon M. Petitrenaud, la principale responsabilité éducationnelle de l'alimentation revient aux parents. Une question de valeurs? Certes, mais c'est aussi une question d'avenir pour nos enfants, précise l'intéressé. Pour cette raison et pour la Semaine du goût, on a su créer une charte de valeurs qui compte cinq points fondamentaux:

- développer l'éducation et l'apprentissage du consommateur, et notamment du jeune consommateur;

- s'attacher à proposer goût et saveurs pour le plus grand nombre de consommateurs sous toutes les formes de consommation alimentaire;

- produire et élaborer des aliments sûrs;

- offrir une information transparente et pédagogique auprès du grand public à propos de l'origine des aliments concernés, de leur mode de production et de leur qualité;

- encourager des comportements alimentaires s'inscrivant dans le cadre d'un mode de vie équilibré.

Au cours de la semaine, différentes activités sont prévues et rassembleront de nombreux professionnels, y compris les enseignants. Pour la deuxième année, on propose en France le concours «Les talents du goût», qui met en valeur aussi bien les agriculteurs, les enseignants, les chefs, les artisans et les professionnels des métiers de bouche que ceux de l'industrie agroalimentaire. Tout cela est mis en oeuvre avec la collaboration d'organismes comme Slow Food dans le but de réveiller les consciences. On contribue ainsi à accroître le savoir alimentaire des populations.

Cet exemple à suivre tarde néanmoins à s'implanter au Québec, tant auprès des pouvoirs publics que de la presse en général, qui voient dans ce mouvement un certain exotisme alimentaire et associent plutôt toute cette activité à un pied de nez contre la malbouffe. Ainsi, les programmes des commissions scolaires, des collèges et autres établissements d'enseignement de chez nous ne comportent rien dans cette optique du développement du goût en matière d'alimentation.

À part les initiatives personnelles prises par certains professeurs, le goût et son enseignement ne figurent pas à l'ordre du jour de la ministre de l'Éducation, qui en a déjà plein les bras avec les cantines scolaires. Alors, pourquoi ne pas commencer dès la petite école, dans les garderies, à sensibiliser les enfants à autre chose que les jouets McDo ou la récompense de fin de semaine chez Saint-Hubert?

L'aliment, une diversité culturelle

Des aliments ayant traversé toutes les frontières, comme le chocolat, le pain, les pâtes ou les pommes, pour ne citer qu'eux, ont une certaine valeur nutritive alors que d'autres aliments très connus des populations de la planète n'offrent aucun bénéfice en matière de santé. Les boissons gazeuses Coca-Cola et Pepsi n'ont plus de secret pour personne et ont des effets certains sur les moeurs et les comportements alimentaires dans les milieux défavorisés.

Ainsi, il m'est déjà arrivé de voir des enfants tremper du pain, pour seul repas, dans une boisson gazeuse fabriquée par la multinationale Omni, présente dans le Tiers-Monde. Dans de telles conditions, on peut facilement créer une accoutumance qui devient une question de survie.

Notre goût s'éduque, change ou se modifie au cours de notre vie. Ce que certains consomment, d'autres le rejettent sans que ce soit mauvais pour autant. Tout cette gamme de produits de plus en plus disponibles procure une diversité alimentaire riche en éducation et en saveurs.

En seulement 20 ans, le Québec a vécu une petite et tranquille révolution du goût. Sur toute une panoplie d'aliments et grâce aux mélanges culturels, on a pu découvrir les acides et les salés de la cuisine orientale. Cet accommodement raisonnable sur le goût a quand même permis de conserver la tradition de plats spécifiques d'ici tout en donnant au Québec une autre dimension gastronomique. Il s'agit maintenant d'arrimer une alimentation recherchée à une panoplie de produits nouveaux, dont la disponibilité aurait été impensable il y a 20 ans. L'exemple du goût nouveau européen pourrait nous permettre d'avoir nous aussi notre semaine qui porterait sur nos goûts distincts.

- Pour en savoir plus sur la Semaine du goût: www.legout.com.

Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
 
 
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