Le petit fruit qui rougit en automne
Photo : Patrick Mailloux
Le rouge éclatant des bassins de canneberges, un lieu d’une beauté unique et qui montre également toute la complexité de la cueillette du petit fruit.
C'est la dernière semaine d'activité pour tous les bénévoles de la route pourpre de l'atoca, la canneberge ou la petite pomme des prés, à Saint-Louis-de-Blandford, dans le Centre-du-Québec. Depuis un mois, on s'y affaire tant à ramasser la «baie miracle » qu'à en faire la promotion aux niveaux provincial et international. Il faut bien le dire, ce produit unique a le vent en poupe.
Le fruit du Québec
Le bleuet du Lac-Saint-Jean serait-il en train de perdre sa couronne au royaume des petits fruits riches en antioxydants? La canneberge a depuis longtemps démontré son efficacité nutritionnelle, ses bienfaits pour la santé ont accru sa notoriété, et toutes les recherches prouvent que les gens de la région et la quarantaine de producteurs du Québec ont de belles années devant eux.
Depuis plusieurs années, l'ancienne mairesse de Saint-Louis-de-Blandford, Solange Desrosiers, mise sur la canneberge et le centre d'interprétation qui lui est consacré pour faire connaître la région. Durant l'automne, la couleur caméléon des érables se mélange au rouge des canneberges qui flottent en surface des bassins inondés. Un travail colossal a été entrepris il y a une trentaine d'années par quelques pionniers qui croyaient aux bienfaits et à l'avenir du petit fruit.
Marc Bieler a été parmi les premiers à s'efforcer de convaincre les autorités et à investir dans la canneberge. La modernisation de l'équipement et la rationalisation du travail ont certes permis d'améliorer les conditions de travail. Mais la récolte de la canneberge ne survient toujours qu'après une multitude d'étapes: préparation du sol et ensemencement des racines, puis trois années d'attente durant lesquelles il faut glacer les tourbières, les sabler de nouveau, pour finalement espérer voir les grands bassins volontairement inondés se tacher de rouge.
Contrairement aux apparences, la canneberge ne pousse pas dans l'eau. Pour s'épanouir et arriver à maturité, elle a besoin d'un sol acide et bien drainé. Rien à voir avec la canneberge blanche, produit fantaisiste vendu à coup de publicité par les géants américains: une canneberge normale, certes, mais qui n'atteindra jamais le cycle de maturité et n'offrira jamais les effets bénéfiques de la canneberge mûre qu'on retrouve chez nous. Au Centre d'interprétation de la canneberge, sous le chapiteau dressé pour l'occasion, Hélène explique sa fierté et ses convictions sans équivoque. Cette pédagogue hors pair louange efficacement l'atoca et explique le rôle essentiel que joue cette culture locale dans le secteur agroalimentaire du Québec.
Tout a été organisé pour que le visiteur garde un souvenir inoubliable de son passage ici. Du centre du village, il est accompagné en autobus scolaire jusqu'aux lieux de production et de récolte. Ensuite, pour compléter ce voyage riche en couleurs, une visite guidée l'amène devant le rouge éclatant des bassins, un lieu d'une beauté unique et qui montre également toute la complexité de la cueillette.
Intérêt accru
Saint-Louis-de-Blanford peut se vanter d'avoir arrimé de la meilleure des façons cette cueillette hors du commun avec l'arrivée de l'automne et la fête de la terre. Le Québec demeure malgré tout un petit joueur à l'échelle mondiale, bien loin des États-Unis qui représentent 85 % de la production mondiale de canneberges, contre 12 % pour le Canada. Le Québec est cependant le deuxième producteur en importance au Canada, derrière la Colombie-Britannique.
En quelques années, l'intérêt pour la «pomme des prés» n'a cessé de s'accroître, bien que peu d'industriels osent créer et innover avec la canneberge. La canneberge est principalement consommée sous la forme des fruits frais et surgelés, en concentré pour le jus, mais depuis un certain temps, les canneberges séchées et déshydratées semblent plus prometteuses.
L'atoca, ou canneberge, est un fruit de la famille des éricacées, très riche en vitamine C, ce qu'ignoraient les Amérindiens, qui la consommaient à l'état sauvage avec de la viande séchée et qui l'ont longtemps utilisée comme plante tinctoriale pour teindre les vêtements.
Dans trois ou quatre jours, on démontera le chapiteau du Centre d'interprétation, et les bassins vidés des baies rouges devront être préparés pour l'hiver: la petite vie tranquille du village reprendra son cours normal. Monsieur Edgar Larocque doit être heureux de voir que tout le travail qu'il a accompli depuis 1939 a porté ses fruits. Son petit-fils assure aujourd'hui sa succession. M. Larocque, le premier à s'être intéressé à la canneberge, a offert aux Québécois le rouge pourpre de l'automne, celui d'un petit fruit plein de promesses.
- Dernière fin de semaine pour visiter le Centre d'interprétation de la canneberge à Saint-Louis-de-Blandford, tél: 819 364-5112, www.canneberge.qc.ca.
- Association des producteurs de canneberges du Québec, tél: 819 385-1053.
Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
***
La recette de la semaine - Cailles au chou et à la canneberge séchée
- 4 cailles (très grosses)
- 3 tranches de jambon cru en dés
- 1 oignon blanc émincé
- 1 chou pommé émincé
- 50 g de gras de canard
- 3 gousses d'ail hachées
- 1/4 de tasse de canneberges séchées
- 2 feuilles de laurier
- 500 ml de vin blanc ou rouge
- 500 ml de bouillon de volaille
- Sel et poivre au goût
Dans une grande casserole épaisse, faites revenir l'oignon et les cailles dans le gras de canard pendant quatre à cinq minutes.
Ajoutez le jambon, l'ail et le vin. Couvrez avec le chou, versez le bouillon puis assaisonnez.
Disposez les feuilles de laurier et les canneberges, puis couvrez.
Cuisez au four à 375 oF durant 1 heure 30. Les cailles doivent se détacher. Servez avec le chou et les canneberges.
***
Gastroscopie
Le canard du lac Brome à Montréal
Une migration réussie jusqu'à Montréal pour la ferme d'élevage Canards du lac Brome, qui vient d'installer boulevard Saint-Laurent (enfin rénové) son espace gourmand consacré aux produits du canard. Une boutique qui met en valeur tous les produits issus de cette magnifique industrie et permet de les apprécier sur place à travers de multiples recettes.
Le Canard libéré, espace gourmand, 4396, boulevard Saint-Laurent, Montréal
Le bal des citrouilles au Jardin botanique
C'est désormais une tradition que de visiter, en automne, le magnifique Jardin botanique de Montréal et les nombreuses variétés de citrouilles décorées.
Il est également possible d'apprécier la magie des lanternes, qui se poursuit jusqu'au 31 octobre. Renseignements: tél: 514 872-1400, www.museumsnature.ca
***
Biblioscopie
Les MijotÉs de Christophe
Christophe Felder et Marielle Steiner
Éditions Minerva
159 pages, 2007
Un vrai livre de saison qui réchauffe le coeur et donne ses vraies dimensions à la cuisine d'automne et d'hiver. Pas moins de 80 recettes, comme la bouchée à la reine, le gigot de sept heures ou encore un baeckeoffa de poires, à découvrir et à faire.
Le fruit du Québec
Le bleuet du Lac-Saint-Jean serait-il en train de perdre sa couronne au royaume des petits fruits riches en antioxydants? La canneberge a depuis longtemps démontré son efficacité nutritionnelle, ses bienfaits pour la santé ont accru sa notoriété, et toutes les recherches prouvent que les gens de la région et la quarantaine de producteurs du Québec ont de belles années devant eux.
Depuis plusieurs années, l'ancienne mairesse de Saint-Louis-de-Blandford, Solange Desrosiers, mise sur la canneberge et le centre d'interprétation qui lui est consacré pour faire connaître la région. Durant l'automne, la couleur caméléon des érables se mélange au rouge des canneberges qui flottent en surface des bassins inondés. Un travail colossal a été entrepris il y a une trentaine d'années par quelques pionniers qui croyaient aux bienfaits et à l'avenir du petit fruit.
Marc Bieler a été parmi les premiers à s'efforcer de convaincre les autorités et à investir dans la canneberge. La modernisation de l'équipement et la rationalisation du travail ont certes permis d'améliorer les conditions de travail. Mais la récolte de la canneberge ne survient toujours qu'après une multitude d'étapes: préparation du sol et ensemencement des racines, puis trois années d'attente durant lesquelles il faut glacer les tourbières, les sabler de nouveau, pour finalement espérer voir les grands bassins volontairement inondés se tacher de rouge.
Contrairement aux apparences, la canneberge ne pousse pas dans l'eau. Pour s'épanouir et arriver à maturité, elle a besoin d'un sol acide et bien drainé. Rien à voir avec la canneberge blanche, produit fantaisiste vendu à coup de publicité par les géants américains: une canneberge normale, certes, mais qui n'atteindra jamais le cycle de maturité et n'offrira jamais les effets bénéfiques de la canneberge mûre qu'on retrouve chez nous. Au Centre d'interprétation de la canneberge, sous le chapiteau dressé pour l'occasion, Hélène explique sa fierté et ses convictions sans équivoque. Cette pédagogue hors pair louange efficacement l'atoca et explique le rôle essentiel que joue cette culture locale dans le secteur agroalimentaire du Québec.
Tout a été organisé pour que le visiteur garde un souvenir inoubliable de son passage ici. Du centre du village, il est accompagné en autobus scolaire jusqu'aux lieux de production et de récolte. Ensuite, pour compléter ce voyage riche en couleurs, une visite guidée l'amène devant le rouge éclatant des bassins, un lieu d'une beauté unique et qui montre également toute la complexité de la cueillette.
Intérêt accru
Saint-Louis-de-Blanford peut se vanter d'avoir arrimé de la meilleure des façons cette cueillette hors du commun avec l'arrivée de l'automne et la fête de la terre. Le Québec demeure malgré tout un petit joueur à l'échelle mondiale, bien loin des États-Unis qui représentent 85 % de la production mondiale de canneberges, contre 12 % pour le Canada. Le Québec est cependant le deuxième producteur en importance au Canada, derrière la Colombie-Britannique.
En quelques années, l'intérêt pour la «pomme des prés» n'a cessé de s'accroître, bien que peu d'industriels osent créer et innover avec la canneberge. La canneberge est principalement consommée sous la forme des fruits frais et surgelés, en concentré pour le jus, mais depuis un certain temps, les canneberges séchées et déshydratées semblent plus prometteuses.
L'atoca, ou canneberge, est un fruit de la famille des éricacées, très riche en vitamine C, ce qu'ignoraient les Amérindiens, qui la consommaient à l'état sauvage avec de la viande séchée et qui l'ont longtemps utilisée comme plante tinctoriale pour teindre les vêtements.
Dans trois ou quatre jours, on démontera le chapiteau du Centre d'interprétation, et les bassins vidés des baies rouges devront être préparés pour l'hiver: la petite vie tranquille du village reprendra son cours normal. Monsieur Edgar Larocque doit être heureux de voir que tout le travail qu'il a accompli depuis 1939 a porté ses fruits. Son petit-fils assure aujourd'hui sa succession. M. Larocque, le premier à s'être intéressé à la canneberge, a offert aux Québécois le rouge pourpre de l'automne, celui d'un petit fruit plein de promesses.
- Dernière fin de semaine pour visiter le Centre d'interprétation de la canneberge à Saint-Louis-de-Blandford, tél: 819 364-5112, www.canneberge.qc.ca.
- Association des producteurs de canneberges du Québec, tél: 819 385-1053.
Philippe Mollé est conseiller en alimentation. On peut l'entendre tous les samedis matin à l'émission de Joël Le Bigot, Samedi et rien d'autre, à la Première Chaîne de Radio-Canada.
***
La recette de la semaine - Cailles au chou et à la canneberge séchée
- 4 cailles (très grosses)
- 3 tranches de jambon cru en dés
- 1 oignon blanc émincé
- 1 chou pommé émincé
- 50 g de gras de canard
- 3 gousses d'ail hachées
- 1/4 de tasse de canneberges séchées
- 2 feuilles de laurier
- 500 ml de vin blanc ou rouge
- 500 ml de bouillon de volaille
- Sel et poivre au goût
Dans une grande casserole épaisse, faites revenir l'oignon et les cailles dans le gras de canard pendant quatre à cinq minutes.
Ajoutez le jambon, l'ail et le vin. Couvrez avec le chou, versez le bouillon puis assaisonnez.
Disposez les feuilles de laurier et les canneberges, puis couvrez.
Cuisez au four à 375 oF durant 1 heure 30. Les cailles doivent se détacher. Servez avec le chou et les canneberges.
***
Gastroscopie
Le canard du lac Brome à Montréal
Une migration réussie jusqu'à Montréal pour la ferme d'élevage Canards du lac Brome, qui vient d'installer boulevard Saint-Laurent (enfin rénové) son espace gourmand consacré aux produits du canard. Une boutique qui met en valeur tous les produits issus de cette magnifique industrie et permet de les apprécier sur place à travers de multiples recettes.
Le Canard libéré, espace gourmand, 4396, boulevard Saint-Laurent, Montréal
Le bal des citrouilles au Jardin botanique
C'est désormais une tradition que de visiter, en automne, le magnifique Jardin botanique de Montréal et les nombreuses variétés de citrouilles décorées.
Il est également possible d'apprécier la magie des lanternes, qui se poursuit jusqu'au 31 octobre. Renseignements: tél: 514 872-1400, www.museumsnature.ca
***
Biblioscopie
Les MijotÉs de Christophe
Christophe Felder et Marielle Steiner
Éditions Minerva
159 pages, 2007
Un vrai livre de saison qui réchauffe le coeur et donne ses vraies dimensions à la cuisine d'automne et d'hiver. Pas moins de 80 recettes, comme la bouchée à la reine, le gigot de sept heures ou encore un baeckeoffa de poires, à découvrir et à faire.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

