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Le discret vignoble suisse

Jean-François Demers   10 août 2007  Alimentation
Malgré les difficultés à trouver ses produits vinicoles, la Suisse commercialise une grande gamme de vins.

Forte d'une excellente tradition vinicole, la Suisse nous propose des vins issus de cépages nobles d'origine germanique, française et, évidemment, italienne. L'indépendance immuable qu'on connaît de ce magnifique pays se reflète aussi dans sa production vinicole. La Suisse étant liée par l'histoire aux influents pays qui l'entourent, chacun des cantons helvètes offre une typicité bien spécifique. Malgré la petitesse du pays, les vins offrent des goûts, des conditions et des types très variés. Le seul point qui les rallie tous, c'est la rigueur et l'acharnement à ne produire que de la qualité, et ce, tant dans l'industrie du vin que dans toute autre industrie suisse. Bien entendu, cette légendaire indépendance se répercute aussi sur le marché de l'exportation. C'est donc pourquoi les vins suisses sont produits pour répondre au marché intérieur et aux goûts des citoyens. Donc, les meilleurs vins suisses se cachent en Suisse!

L'histoire nous rappelle que la Suisse était surtout plantée en cépages noirs offrant un choix très limité de vins rouges; maintenant, la réalité est tout autre. La grande variété des cépages, la géographie dépareillée et la mosaïque que forment les différents types de sols assurent au consommateur un éventail incroyable de vins. De plus, les 23 cantons producteurs de vin se plaisent à vinifier à la fois du rouge, du blanc et du pétillant. Question d'accroître le degré de difficulté, la plupart des vignobles sont morcelés en petites parcelles et une partie de la vendange peut être vinifiée par la coopérative régionale ou par le vigneron lui-même, voire vendue aux enchères publiques où affluent même les négociants étrangers. Ouf!

M'enfin, comment s'y retrouver?

Eh bien, les cépages et la tendance des cantons sont a priori les deux meilleurs indices dont nous pouvons user à moins de très bien connaître la réserve privée de chaque producteur. Notez bien qu'il ne faudra surtout pas vous référer à la cote des millésimes français. De toute façon, à cause de la disparité climatique du pays, même une charte de millésimes suisses devra être extrêmement précise, en tenant compte de chaque microclimat et de chaque cépage, sans quoi son utilité ne sera qu'illusoire...

À quelques exceptions près, l'encépagement est identique d'un canton à l'autre.

Pour les vins blancs, le chasselas fait office de figure de proue et prend souvent le nom du vin qu'il produit, le fameux Fendant. Issu du cépage rhin ou de sylvaner, le vin s'appellera Johannisberg. Le pinot gris, ou malvoisie, donne des vins blancs ou légèrement teintés appelés vins gris en France, des vins de table généralement réservés à la table du vigneron. Il y a évidemment du chardonnay et du riesling de belle qualité. À travers les coteaux, les passants rencontrent d'anciens cépages comme l'amigne, l'arvine, l'hermitage, le païen et le muscat de première génération.

Pour leur part, les rouges et les rosés sont presque tous issus du pinot noir ou du gamay, souvent appelé le pinot noir selon les régions. Il y a de bons merlots, quoique très peu, et un soupçon de syrah, plutôt moyenne.

Française et romande

Au pied des Alpes, la Suisse française, qui comprend les magnifiques lacs Léman et Neuchâtel, englobe aussi l'aire de production de la Suisse romande. (Ceci doit rester entre nous puisque les Romans n'aiment être associés à personne d'autre qu'eux-mêmes.) Le Vaud, la région qui entoure Lausanne, se divise en deux: Lavaux et La Côte. Jadis très planté en pinot noir et en gamay venus de France, ce vignoble a subi l'expropriation à répétition en raison des investissements immobiliers. La partie nord, celle qui comprend Lavaux, forme encore le plus grand vignoble suisse. Entre Lausanne et Montreux, la popularité du Vaud remonte au temps des Romains. Surtout planté en chasselas, ses vins sont secs et parfois capiteux, voire robustes pour des blancs. Les villages qui produisent les meilleurs sont Dézaley, Épesses, Villette, Lutry et Saint-Saphorin. Dans la région de La Côte, sur les rives nord et ouest du lac de Genève, la route des vins est particulièrement attrayante. La production et la qualité sont très variées et généralement faites de chasselas, de gamay et de pinot noir.

À Chablais, toujours dans la région vaudoise, les vins remarquables, souvent doux, proviennent des villages de Dorin, d'Aigle, d'Yvorne et de Bex.

La magnifique région de Neuchâtel produit, sur la rive nord du lac de Neuchâtel, des vins rouges légers et typés, parmi les meilleurs de Suisse. Les blancs y sont légers et vifs, les rosés charmants et les mousseux très bien élaborés. Les pinots et le chasselas sont rois, surtout sur les principaux crus d'Auverniers, de Cormondrèche, de Cortaillod, de Cressier et de Saint-Blaise.

De tous les vins de Suisse, ceux du Valais sont les plus reconnus. Dans cette vallée du Rhône, près de

20 000 producteurs se partagent le vignoble planté à 70 % en blanc. C'est le paradis incontesté pour le chasselas, où il atteint sa plus grande finesse. Cette région, considérée comme «le vieux pays», voit ses raisins pousser jusqu'à 1200 mètres d'altitude. D'ailleurs, la façon pour le moins vertigineuse avec laquelle la vigne s'accroche aux coteaux en s'agrippant aux hauts piquets est digne des plus grands chamois. Bref, tout autour de Genève s'étend un petit vignoble qui produit des vins charmeurs. La production est principalement retenue pour la consommation urbaine et utilise tous les cépages suisses d'origine surtout française, même l'aligoté!

Aussi unique qu'inusité

Si vous cherchez quelque chose d'aussi unique qu'inusité, il existe en Suisse un type de vin particulier à ce beau pays de montagnes: le vin de glacier. Rien à voir avec le vin de glacière de Californie ou le vin de glace du Canada. Il s'agit ici d'un vin vieilli dans les froides caves de Val d'Anniviers. Ce vin est vif, vigoureux, presque rude et très concentré. Il n'atteint sa maturité qu'après un long séjour de plusieurs mois, voire plusieurs années, dans des fûts de mélèze, de la même façon que le Jérès Solera.

La Suisse orientale comprend la partie nord du pays, où elle voisine l'Allemagne. Cette partie du pays ne se rattache pas aux Germains que par sa langue mais aussi par son goût et sa façon de vivre. Les vins rouges, sauf dans la région des Grisons, sont souvent sans intérêt, sans charpente, tandis que les blancs sont parfumés et veloutés. Outre les cépages tels le chasselas (Gutedel) et les pinots, le curieux completer propose, au sud du Liechtenstein, un vin puissant et riche appelé l'Auslese (d'ailleurs cher et rare). Le Klevner (pinot noir), le Riesling, le Blaurock, le Kefersteiner, le Müller-Thurgau, le Blauburgunder et le Raushling s'ajoutent aussi à la liste. Zurich, Schaffhouse et les Grisons sont parmi les cantons les plus aptes à produire des vins qui méritent le détour dans cette partie orientale.

Aux alentours de Zurich, les vins blancs sont de style allemand, les mousseux frais, légers, et les rouges agréables mais plutôt doux. 80 % des rouges de Schaffhouse sont issus du pinot léger et frais. De toute la zone orientale, le canton des Grisons a la plus petite superficie. Sa réputation tient de sa façon traditionnelle de réussir les vins rouges, assez charpentés, probablement les plus corsés de tout le pays. Malheureusement, la distribution à l'extérieur est limitée, pour la grande joie des consommateurs régionaux.

La Suisse italienne

La Suisse italienne, quant à elle, s'insère à l'intérieur des terres italiennes et, à mon avis, ils sont plus italiens que les Italiens de la nation mère qui les entourent. L'ensemble de la production est très similaire au style de vins produits en Italie. Certains vins tendent, contrairement à leurs confrères suisses, vers la dureté, la puissance et l'astringence. Le Tessin est particulièrement avant-gardiste avec ses techniques modernes d'oenologie et son style plus propice à l'exportation, et ce, grâce à l'utilisation assez récente du merlot. De plus, son climat alpin et l'abondance de soleil permettent au vin d'atteindre une très grande qualité. Il faut aussi noter que la mention «Viti» sur l'étiquette offre un certain indice de qualité. Elle est agréée après dégustation officielle seulement, issue du cépage merlot et atteignant un minimum de 12 % d'alcool.

Si les vins suisses sont chers et rares chez nous, il ne faut pas s'en faire, car il en va de même pour tous les autres pays consommateurs de vin. Pourtant, ce pays produit de bons vins, d'une qualité comparable à tout ce qui est suisse, mais le goût des vins suisses ne semble pas si facile à exporter. La gastronomie et les vins suisses s'inscrivent parmi les plaisirs gourmands à consommer sur place.

***

Les vins de la semaine

Échelle de notation

défectueux - vide 0

très inférieur - médiocre 1

commun - passable 2

convenable - moyen 3

agréable - bon 4

supérieur - très bon 5

très supérieur - rare 6

excellent - très rare 7

parfait - unique 8

absolu - achevé 9

produit régulier R

produit de spécialité SP

boutique Signature SI

***

Simple, efficace, gourmand

Brumont 2006, blanc, France, Côtes de Gascogne, n° 548883, 12,30 $

Alain Brumont est de retour avec une nouvelle image, un nouvel habillage et un vin aussi gourmand qu'avant. Cette cuvée simple, aux parfums d'agrumes et de fruits exotiques, est issue de gros manseng et de sauvignon. La bouche est assez grasse et la longueur moyenne même si la trame fraîche manque de lumière... mais à ce prix-là! 3-3-3.

***

Franc, solide, frais

Pigmentum 2004, Rouge, France, Cahors, N° 10754412, 14,25 $

Les frères Vigouroux ont élaboré ce vin en développant tous les parfums de fruits noirs dont ce cépage est capable. C'est un malbec de Cahors accessible, agréable, sans cette légendaire amertume. Le sous-bois s'accroche autant au nez qu'en bouche et ni le bois ni la torréfaction n'altèrent l'ensemble. La période austère de ce 2004 semble être révolue.

Un bon vin, un peu viril. 4-4-4.

***

Ample, fruité, persistant

Piesporter Goldtröpfchen 2005, blanc, Allemagne, Mosel-Saar-Ruwer, N° 10688152, 22,85 $

Un vin fruité par excellence où la pêche, la minéralité et la douceur raviront les amateurs de grands vins allemands. Avec 9,5 % d'alcool, ce vin a du fruit à revendre, une belle persistance et un ensemble coulant, soyeux et très rond. J'ai bien hâte d'y goûter à nouveau dans cinq ans.

4-5-4.

***

Complet, élégant, peu cher

Saint-Romain Champy 2005, Blanc, Bourgogne, N° 10705709, 27,75 $

Le chardonnay de cette merveilleuse appellation de Saint-Romain est tout simplement parfait. Les parfums sont élégants, le fruit et les fleurs font bon ménage. La bouche est ample, somptueuse et persistante. Un vrai chardonnay à moins de 30 $! À boire ou à garder de trois à sept ans. 3-5-6.

***

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