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Le bistro retrouvé

Philippe Mollé   1 juin 2007  Alimentation
On trouve un décor de bistro classique au restaurant Le Petit Bistro.
Photo : Jacques Grenier
On trouve un décor de bistro classique au restaurant Le Petit Bistro.
Naguère, on l'appelait L'Armoricain. Depuis un an, ce restaurant se nomme Le Petit Bistro. Claude Glavier, nouveau propriétaire des lieux, est bien connu tant du monde de la restauration que des fidèles clients qu'il a jadis initiés au steak tartare chez Gauthier, puis au Grand Café sur la rue Union. Enfin, il se retrouve chez lui, dans son bistro, avec le même entrain à servir le filet de hareng aux pommes tièdes à l'huile et les rillettes de truite ou d'oie avec, en prime, les petits cornichons au vinaigre fin.

Le décor, planté sur deux étages, tient en plusieurs petites salles qui peuvent recevoir environ 150 convives. La jolie terrasse fleurie est ouverte dès les beaux jours. C'est un décor de bistro classique, pareil à celui de tous ces établissements qui fleurissent à chaque coin de rue à coups de confit de canard, de crème brûlée et de ballons de Côtes du Rhône. Notons que dans le coin du bar, un écran plat est toujours en fonction, au cas où il y aurait un match de foot.

Claude Glavier, omniprésent dans son établissement, assure largement la bonne humeur qui y règne et en partie le succès qui le couronne. Grincheux comme un des sept nains de Blanche-Neige, il fait partie de la bande de copains du clan Glavier. Sa moustache tombante fait penser aux Gaulois d'Astérix.

Un grand tableau noir trône en bonne place et propose des plats du jour et des spécialités qu'il fait plaisir de retrouver: soupe de poisson, oeuf mayo, salade de gésiers, bavette au poivre, cassoulet comme à Toulouse, poisson meunière et, parfois, lorsque Grincheux est de bonne humeur, de merveilleuses îles flottantes avec une vraie crème anglaise à la vanille.

Olivier m'avait rejoint avec la ponctualité d'un Suisse qui, même s'il est installé au Québec depuis longtemps, ne déroge en rien à cette règle. La ponctualité n'est-elle pas la politesse des rois?

Claude Glavier sait vous vendre du bonheur. Et ce bonheur s'exprime en entrée avec la dégustation des rillettes d'oie et de truite aux câpres. La petite terrine masquée de gras de canard et d'une feuille de laurier offre une texture fine. Comme il se doit, ces rillettes sont travaillées à la fourchette. Cet ensemble parfait est accompagné de petits croûtons grillés qui se servent aussi bien avec les rillettes de truite, dont l'assaisonnement est savamment dosé.

Le filet de hareng pommes à l'huile fait partie des plats traditionnels des grands bistros parisiens comme Chez Lipp ou au Café de Flore. Ce véritable bonheur d'occasion est accompagné de pommes de terre Yukon Gold fondantes qui adoucissent le sel du filet de hareng et dont la tiédeur nous réchauffe le coeur.

La carte des vins propose de petits trésors cachés comme ce magnifique Costière de Nîmes 2003 oublié derrière les fagots et proposé ici comme vin d'importation. Ce vin est parfait pour accompagner la bavette de boeuf Angus, cette nouvelle coqueluche des restaurateurs montréalais, un peu trop en demande à mon goût. Servie chaude, la bavette était nappée de trop de sauce au poivre, pourtant fort bonne, qui empêchait de découvrir la subtilité de cette viande servie saignante, tel que demandé. Classique, vous dites? Rien de mieux que le brocoli, les petites carottes et surtout les vraies frites maison, qui n'ont rien à voir avec la régularité aseptisée des grandes marques du commerce servies à bien des endroits.

Dans ce genre d'établissement, on rêve du plateau de fromages oublié sur la table, avec du beurre servi le roquefort et de la baguette bien croustillante. Un jour, peut-être! Et, qui sait, un baba au rhum, une tarte alsacienne ou une vraie madeleine de Proust... On peut bien rêver! La bombe au chocolat proposée n'a rien à voir avec un appareil du même nom composé de crème vanille et de chocolat. Ici, ce délicieux dessert est confectionné avec du biscuit fortement chocolaté, croustillant à souhait et servi avec une bonne crème anglaise. Derrière cela, la panacotta manquait d'âme et de conviction derrière la force du chocolat noir et de l'excellente crème brûlée proposée, bien que chauffée à la torche et non au fer comme en Catalogne.

Depuis un an, Le Petit Bistro est devenu un grand resto. Il sait nous charmer avec des plats qui rassurent, la gentillesse du service et l'absence de prétention qui font souvent défaut ailleurs. Voilà enfin le retour des bistros où manger et plaisir s'associent de bonne grâce pour le bonheur des sens.

- Le midi, prévoyez entre 18 et 28 $ pour un menu sans vin et, le soir, entre 25 et 40 $, avant taxes.

- Pour la fête, taxes et vins compris, prévoyez de 60 à 80 $ par personne.

- Plus: le charme d'un vrai bistro et la qualité des plats servis.

- Moins: on ne va pas là pour manger léger!

- Le Petit Bistro, 1550, rue Fullum, Montréal, tél: (514) 524-4442.
 
 
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