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Leméac, le bistro de l'heure

Philippe Mollé   22 décembre 2006  Alimentation
Le long bar du Leméac, pris d’assaut dès midi ou le soir après les spectacles, est à lui seul digne des grandes brasseries parisiennes que sont Lipp et la Coupole.
Photo : Jacques Grenier
Le long bar du Leméac, pris d’assaut dès midi ou le soir après les spectacles, est à lui seul digne des grandes brasseries parisiennes que sont Lipp et la Coupole.
Branché, vous dites? Vous pouvez y rencontrer l'éditeur de chez Hachette, installé juste à côté, aussi bien que le gratin politique ou celui des arts et spectacles. Leméac bistro est en demande: voilà un restaurant où il vaut mieux réserver sa place avant de s'y aventurer.

Il faut bien l'avouer, comme me l'a fait remarquer mon invitée, le monde attire le monde et l'ambiance qui y règne n'est pas sans rappeler les brasseries parisiennes et les bistros du quartier latin dans la capitale française.

Dans cet univers cosmopolite largement éclairé par les grandes baies vitrées du restaurant, le décor est planté. Un plancher constitué d'éclats de marbre, de céramique et de pierre se marie fort bien à la sobriété des lieux. Le long bar, pris d'assaut dès midi ou le soir après les spectacles, est à lui seul digne des grandes brasseries parisiennes que sont Lipp et la Coupole.

Les tables sont savamment dressées avec professionnalisme et reçoivent une verrerie de qualité et l'essentiel à la communion (lire: un divin repas). Pour son anniversaire, Geneviève, une habituée de l'endroit, étudiait comme moi le long et sympathique menu qui rappelle des souvenirs à bien des gens.

On y retrouve les plats typiques des bistros français: les tartares, le foie de veau, le confit de canard, les pommes tièdes qui accompagnent les filets de hareng marinés ou, comme dans notre cas, la table d'hôte du midi.

Le choix est bien réparti et propose entrées de soupe, petite salade ou, ce jour-là, une brandade d'ailes de raie. Il est difficile, lorsqu'on est allergique au lactose comme mon invitée, de devoir à chaque plat poser la question: «Y a-t-il des produits laitiers dans la recette?» Avec empressement et aisance, notre serveuse s'est évertuée à répondre, permettant ainsi une bonne appréciation de chacun des plats.

La petite verte et la brandade de raie, nos premiers choix, étaient accompagnées pour la «bonne» cause par un Sancerre Domaine de la Moussière. Un mélange subtil de vrai mesclun, assaisonné comme il le faut, avec juste assez de vinaigre, a comblé les attentes de Geneviève.

Pour ma part, la brandade servie tiède, moulée en forme de quenelle, venait tutoyer un bouquet de niçoise qui harmonisait avec goût l'ensemble du plat, fin et délicat.

Ce fut une réconciliation avec le boudin, tin, tin, avec la cuisse de canard confite, mais surtout avec le style bistro qui inonde Montréal et qui, trop souvent, n'en est que pâle copie. Chez Leméac, on ne fait pas semblant; on donne dans le cabillaud, la bavette, et les frites y sont croustillantes et dorées comme nulle part ailleurs.

On rate trop souvent l'occasion de découvrir un des meilleurs poissons d'eau douce, le doré. En cette journée largement ensoleillée, tant à l'extérieur que dans nos assiettes, on le proposait rôti sur sa peau avec une petite lignée de sauce et une garniture de légumes. D'une juste cuisson, la peau fine et délicate craquait de bonheur pour se laisser apprécier. Rien à ajouter à un mélange simple, une fraîcheur sans reproche et un équilibre de savoir-faire. Le même équilibre, on le retrouve dans le service, discret et efficace, qui redonne à ce métier une noblesse disparue.

J'avais choisi la bavette de veau grillée avec frites et accompagnée d'une sauce au poivre. En la dégustant, j'appréciais la délicatesse du gril que venait caresser la sauce au poivre montée finement au beurre ou légèrement crémée, confectionnée avec un fond de sauce de qualité.

Les frites de Leméac sont parmi les meilleures qui sont servies à Montréal. Dommage pour Montignac, qui manque un tel plaisir venant avec délectation et bonheur satisfaire mes attentes.

Chez Leméac, la carte des vins est à l'image du restaurant: garnie et variée. On y retrouve des choix de vins au verre ou des vins spécialement importés, parfois un peu chers.

J'aime la tarte au citron mais la refuse lorsque les pâtissiers y ajoutent de la meringue. Au bistro, on la sert avec ou sans, si vous le précisez. Dans une croûte de pâte sucrée déjà cuite, on ajoute une crème pâtissière au citron frais. Bien que légèrement coulante, on retrouvait le bon goût du citron et l'équilibre fin du sucre et du fruit.

Les sorbets proposés sont nombreux et, comme à bien des endroits, réalisés à la minute. La pacojet est cette invention suisse que les bons restaurateurs utilisent pour vous concocter un sorbet minute.

Onctueux, fin et délicat était celui de mon invitée, pour qui la fête n'était pas seulement dans l'âge mais aussi dans ce repas.

Leméac a su prouver que le bistro peut encore nous surprendre avec ses mijotés, sa crème brûlée et ses oeufs à la neige, lorsqu'ils sont bien faits. À la veille de Noël, je me suis moi aussi offert un cadeau: un midi chez Leméac.

Prix payé pour deux personnes avec une bouteille de Sancerre, une bouteille d'eau, deux tables d'hôte, deux desserts et cafés, avec taxes et service: 156,46 $

- Restaurant Leméac, 1045, rue Laurier Ouest, Montréal, Tél: 514 270-0999

- Plus: l'ambiance et la qualité des plats et du service.

- Moins: la difficulté de trouver du stationnement, même quatre coins de rue plus loin.

***

Les bonnes fourchettes du mois

Le Papayer
1432, rue Fleury Est, Montréal
Tél: (514) 381-8088
Ce charmant petit resto de quartier de la rue Fleury, dans le nord de Montréal, propose un mélange de spécialités asiatiques, notamment des soupes chinoises, du poulet à la Sichuan ainsi que des recettes préparées à partir de ce fruit méconnu: la papaye.

Club Chasse et Pêche
423, rue Saint-Claude, Montréal
Tél: (514) 861-1112
Claude Pelletier est un génie qui officie avec rigueur dans son restaurant, le Club Chasse et Pêche. Avec ses collègues et associés, il propose de merveilleux mariages, des choix uniques de vins importés et, surtout, sa douce magie, jouant avec les saisons pour le plus grand bonheur des convives.

Bistro Cocagne
3842, rue Saint-Denis, Montréal
Tél: (514) 286-0700
Loiseau est un des grands méconnus de la gastronomie montréalaise. Sa cuisine, suave, raffinée et pleine de créativité, compose avec les produits de saison. L'agneau y est à son meilleur, les huîtres cuisinées, un pur régal, et les vins sont proposés avec professionnalisme et talent.

Sapori Pronto
4894, rue Sherbrooke Ouest, Montréal
Tél: (514) 487-9666
Le chef Perri, ce grand ami de la diva soeur Angèle, nous régale toujours avec sa cuisine, une cuisine traditionnelle italienne faite de pâtes, de veau et de risotto, qu'il est préférable de commander, surtout si Peppino vous propose des truffes, blanches ou noires.
 
 
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