S comme dans «semblant de restaurant»
18 octobre 2002
Alimentation
Tout est question d'appréciation, d'impression, d'évaluation. Ainsi, ce restaurant S pourrait être encensé pour certains détails de cuisine autant qu'il mériterait d'être étrillé pour d'autres aspects. Une chose est certaine, ma mémoire fonctionne sans filtre et sans parti pris; quand c'est bon, je me souviens de ce qui est bon. Quand c'est mauvais, le souvenir est tout aussi présent. Dans le cas de cette visite-ci, amateurisme et nonchalance demeurent à l'esprit.
Pour sacrifier à la mode des promoteurs qui ont choisi le Vieux-Montréal, le S est intégré dans un chic hôtel. Le restaurant est donc chic. Très beau décor, jeux de lumière, belles nappes de coton blanc, cristal et porcelaine, magnifique cellier où l'on peut apercevoir quelques bouteilles hors de prix et certaines sans autre intérêt que de meubler les étagères. Vu de loin, l'abondance impressionne toujours. L'accueil est charmant et on sent que tout est là pour que le passage à cette table soit agréable. En fait, tout semble être là.
Lors d'un premier passage, un vendredi midi très calme, les festivités avaient commencé sur une note ou, plutôt, sur une suite de notes assez discordantes. Ainsi, on a du mal à croire que, lors de la mise en place, ces taches brunes suspectes sur la nappe d'une blancheur immaculée aient pu échapper à la vigilance du personnel. Ou alors il s'agissait de la même personne, un peu myope, qui avait déposé une fourchette sale devant ma convive. Après 20 minutes d'attente à essayer de capter l'attention de quelqu'un semblant travailler là, on demande pain et eau. La corbeille arrive après une autre longue attente et la bouteille d'eau minérale demandée a été remplacée par deux verres d'eau du robinet. Je me serais réjoui de la sollicitude du personnel voulant ainsi me faire économiser si, une fois sorti de ce guet-apens, je ne m'étais pas aperçu que le verre de vin m'avait été facturé en double. Je téléphone pour signaler l'erreur; on me répond de revenir souper et qu'on m'en paiera deux. J'ai tout de suite pensé qu'en effet, j'y retournerais. Et pas nécessairement pour me «faire payer deux verres».
La table d'hôte semblait intéressante; un potage, un pavé de saumon, un dessert et un café pour 21 $, c'est quand même pas mal. Le problème est qu'une fois le verre de vin facturé en double, le café facturé en simple et les autres calamités (taxes) ou obligations (pourboire) acquittées en triple, on se retrouve avec une facture de 80,17 $, ce qui est beaucoup pour une expérience aussi quelconque. Le potage était on ne peut plus ordinaire, le pavé de saumon de l'atlantique (sic) grillée (re-sic), en croûte d'olive noire (re-re-sic), était un tout petit pavé, si petit en fait que le cuisinier avait pris l'initiative de compenser en recouvrant généreusement le tout de son interprétation de tapenade.
Après de méchantes expériences comme celle-ci, j'hésite à m'infliger un deuxième passage. Pris de doute (et si j'étais tombé sur «un mauvais jour»?) ou redoutant le pire (et si c'était encore plus mauvais en soirée?), je ne me suis fait violence que par considération pour vous.
J'y suis donc retourné, un mardi soir. Ça semblait mieux. Plus cher, mais mieux. Bien sûr, la fourchette mal lavée m'avait suivi, mais est-ce vraiment si important de savoir que votre lave-vaisselle est plus efficace que celui de certains restaurants de notre belle ville?
Le service était courtois et relativement efficace. Côté cuisine, le potage du moment, une crème de petits pois, était ravissant. Le filet mignon (huit onces à 28,50 $) était parfait, tendre et grillé à point. Il était parcimonieusement accompagné, à peu de chose près, des mêmes babioles que le saumon du midi, un mini-pâtisson coupé en deux, une vraie carotte avec vrai moignon de fanes, quelques branches de rapini et le quart d'une minuscule betterave rouge.
Tant ma tarte feuilletée aux pommes Golden et romarin, cuite à la minute, glace à l'érable, que le gâteau moelleux de chocolat amer, glace à la vanille et gingembre confit de ma compagne, furent source de plaisirs. Et d'interrogations. Dont ces deux-là: comment le même établissement peut-il servir quelque chose d'aussi acceptable un soir et d'aussi pitoyable un midi? Et pourquoi, dans les circonstances, faire payer si cher même lorsque c'est aussi insignifiant?
De ces deux passages me restera le souvenir de la cordialité et de la ponctualité du voiturier qui m'attendait, la main sur la portière, prêt à m'expédier vers d'autres aventures. Si celles-ci sont gastronomiques, souhaitons qu'elles diffèrent des premières, qui ne furent que de regrettables mésaventures.
S - Le Restaurant
125, rue Saint-Paul Ouest
% (514) 350-1155
Ouvert tous les jours de 6h30 à 23h. Souper à partir de 17h30 en fin de semaine. Comptez une soixantaine de dollars à midi avant boissons, taxes et service.
Doublez ou triplez en soirée.
***
Les nappes du mois
Quatre nappes distinguées. Les patrons n'ont pas versé de commission mais les cuisiniers y brillent pour vous. Je change la nappe régulièrement et essaie de vous en proposer toujours de bien repassées, en coton blanc, immaculées. Ou alors, à la limite, avec taches de foie gras, Romanée-Conti et clafoutis. Bon appétit!
Gandhi
230, rue Saint-Paul Ouest
% (514) 845-5866
Le restaurant qui vous réconciliera avec la gastronomie du sous-continent indien. Décor impeccable, gérant bengalais, efficace et aimable, qui semble sorti d'un roman de Kipling. La cuisine se plie aux limites des palais locaux tout en respectant les déclinaisons habituelles des plats indiens. Carte des vins remarquable et addition raisonnable. J'y vais pour le plaisir, c'est tout vous dire.
Le Prélude
2050, rue Mansfield
% (514) 282-1298
Le mariage réussi d'une hôtelière de goût et d'un cuisinier de saveurs. Dans le beau décor de l'Hôtel Germain, Le Prélude offre de grandes choses. Travail bien fait, tant en cuisine qu'en salle, qui donne les résultats attendus. On mange très bien, on est accueilli avec chaleur par Maria et son équipe et on a l'impression d'être ailleurs. Le voyage sans les valises. Rêve à portée de la plupart des bourses.
Le Café Méliès
3536, boulevard Saint-Laurent
% (514) 847-9218
Le cinéma Ex-Centris est une merveille et le Café Méliès attenant est tout aussi intéressant. Un chef allumé et créatif, un décor de cinéma, du personnel éveillé, le Café Méliès est l'endroit idéal où se sustenter avant d'aller prendre quelques nourritures spirituelles dans les belles salles de projection où l'on ne bâfre pas. Compte tenu du fait que l'on est sur le boulevard Saint-Laurent, c'est donné. Silence, on tourne.
L'Express
3927, rue Saint-Denis
% (514) 845-5333
Pourquoi parler de cet établissement alors qu'on y sert le même foie de veau à l'estragon depuis plus de 20 ans? Justement parce que c'était excellent il y a 20 ans et que ça l'est encore tout autant. Même brouhaha et même qualité de cuisine. Le meilleur rapport qualité-prix en ville en ce qui a trait à la carte des vins. Joël Chapoulie y est chef depuis les premières heures; ceci explique souvent cela.
Pour sacrifier à la mode des promoteurs qui ont choisi le Vieux-Montréal, le S est intégré dans un chic hôtel. Le restaurant est donc chic. Très beau décor, jeux de lumière, belles nappes de coton blanc, cristal et porcelaine, magnifique cellier où l'on peut apercevoir quelques bouteilles hors de prix et certaines sans autre intérêt que de meubler les étagères. Vu de loin, l'abondance impressionne toujours. L'accueil est charmant et on sent que tout est là pour que le passage à cette table soit agréable. En fait, tout semble être là.
Lors d'un premier passage, un vendredi midi très calme, les festivités avaient commencé sur une note ou, plutôt, sur une suite de notes assez discordantes. Ainsi, on a du mal à croire que, lors de la mise en place, ces taches brunes suspectes sur la nappe d'une blancheur immaculée aient pu échapper à la vigilance du personnel. Ou alors il s'agissait de la même personne, un peu myope, qui avait déposé une fourchette sale devant ma convive. Après 20 minutes d'attente à essayer de capter l'attention de quelqu'un semblant travailler là, on demande pain et eau. La corbeille arrive après une autre longue attente et la bouteille d'eau minérale demandée a été remplacée par deux verres d'eau du robinet. Je me serais réjoui de la sollicitude du personnel voulant ainsi me faire économiser si, une fois sorti de ce guet-apens, je ne m'étais pas aperçu que le verre de vin m'avait été facturé en double. Je téléphone pour signaler l'erreur; on me répond de revenir souper et qu'on m'en paiera deux. J'ai tout de suite pensé qu'en effet, j'y retournerais. Et pas nécessairement pour me «faire payer deux verres».
La table d'hôte semblait intéressante; un potage, un pavé de saumon, un dessert et un café pour 21 $, c'est quand même pas mal. Le problème est qu'une fois le verre de vin facturé en double, le café facturé en simple et les autres calamités (taxes) ou obligations (pourboire) acquittées en triple, on se retrouve avec une facture de 80,17 $, ce qui est beaucoup pour une expérience aussi quelconque. Le potage était on ne peut plus ordinaire, le pavé de saumon de l'atlantique (sic) grillée (re-sic), en croûte d'olive noire (re-re-sic), était un tout petit pavé, si petit en fait que le cuisinier avait pris l'initiative de compenser en recouvrant généreusement le tout de son interprétation de tapenade.
Après de méchantes expériences comme celle-ci, j'hésite à m'infliger un deuxième passage. Pris de doute (et si j'étais tombé sur «un mauvais jour»?) ou redoutant le pire (et si c'était encore plus mauvais en soirée?), je ne me suis fait violence que par considération pour vous.
J'y suis donc retourné, un mardi soir. Ça semblait mieux. Plus cher, mais mieux. Bien sûr, la fourchette mal lavée m'avait suivi, mais est-ce vraiment si important de savoir que votre lave-vaisselle est plus efficace que celui de certains restaurants de notre belle ville?
Le service était courtois et relativement efficace. Côté cuisine, le potage du moment, une crème de petits pois, était ravissant. Le filet mignon (huit onces à 28,50 $) était parfait, tendre et grillé à point. Il était parcimonieusement accompagné, à peu de chose près, des mêmes babioles que le saumon du midi, un mini-pâtisson coupé en deux, une vraie carotte avec vrai moignon de fanes, quelques branches de rapini et le quart d'une minuscule betterave rouge.
Tant ma tarte feuilletée aux pommes Golden et romarin, cuite à la minute, glace à l'érable, que le gâteau moelleux de chocolat amer, glace à la vanille et gingembre confit de ma compagne, furent source de plaisirs. Et d'interrogations. Dont ces deux-là: comment le même établissement peut-il servir quelque chose d'aussi acceptable un soir et d'aussi pitoyable un midi? Et pourquoi, dans les circonstances, faire payer si cher même lorsque c'est aussi insignifiant?
De ces deux passages me restera le souvenir de la cordialité et de la ponctualité du voiturier qui m'attendait, la main sur la portière, prêt à m'expédier vers d'autres aventures. Si celles-ci sont gastronomiques, souhaitons qu'elles diffèrent des premières, qui ne furent que de regrettables mésaventures.
S - Le Restaurant
125, rue Saint-Paul Ouest
% (514) 350-1155
Ouvert tous les jours de 6h30 à 23h. Souper à partir de 17h30 en fin de semaine. Comptez une soixantaine de dollars à midi avant boissons, taxes et service.
Doublez ou triplez en soirée.
***
Les nappes du mois
Quatre nappes distinguées. Les patrons n'ont pas versé de commission mais les cuisiniers y brillent pour vous. Je change la nappe régulièrement et essaie de vous en proposer toujours de bien repassées, en coton blanc, immaculées. Ou alors, à la limite, avec taches de foie gras, Romanée-Conti et clafoutis. Bon appétit!
Gandhi
230, rue Saint-Paul Ouest
% (514) 845-5866
Le restaurant qui vous réconciliera avec la gastronomie du sous-continent indien. Décor impeccable, gérant bengalais, efficace et aimable, qui semble sorti d'un roman de Kipling. La cuisine se plie aux limites des palais locaux tout en respectant les déclinaisons habituelles des plats indiens. Carte des vins remarquable et addition raisonnable. J'y vais pour le plaisir, c'est tout vous dire.
Le Prélude
2050, rue Mansfield
% (514) 282-1298
Le mariage réussi d'une hôtelière de goût et d'un cuisinier de saveurs. Dans le beau décor de l'Hôtel Germain, Le Prélude offre de grandes choses. Travail bien fait, tant en cuisine qu'en salle, qui donne les résultats attendus. On mange très bien, on est accueilli avec chaleur par Maria et son équipe et on a l'impression d'être ailleurs. Le voyage sans les valises. Rêve à portée de la plupart des bourses.
Le Café Méliès
3536, boulevard Saint-Laurent
% (514) 847-9218
Le cinéma Ex-Centris est une merveille et le Café Méliès attenant est tout aussi intéressant. Un chef allumé et créatif, un décor de cinéma, du personnel éveillé, le Café Méliès est l'endroit idéal où se sustenter avant d'aller prendre quelques nourritures spirituelles dans les belles salles de projection où l'on ne bâfre pas. Compte tenu du fait que l'on est sur le boulevard Saint-Laurent, c'est donné. Silence, on tourne.
L'Express
3927, rue Saint-Denis
% (514) 845-5333
Pourquoi parler de cet établissement alors qu'on y sert le même foie de veau à l'estragon depuis plus de 20 ans? Justement parce que c'était excellent il y a 20 ans et que ça l'est encore tout autant. Même brouhaha et même qualité de cuisine. Le meilleur rapport qualité-prix en ville en ce qui a trait à la carte des vins. Joël Chapoulie y est chef depuis les premières heures; ceci explique souvent cela.
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