Café Massawippi: petite maison, grande table
27 septembre 2002
Alimentation
La maison est effectivement petite. Si petite qu'on se demande si c'est une si bonne idée que ça de venir souper ici plutôt que dans l'une des chic grandes maisons qui peuplent le coin, ou encore dans l'un de ces petits bistrots donnant sur le lac. Le Café Massawippi, lui, est à l'écart du trafic qui agite le Downtown North Hatley, trafic et downtown étant à North Hatley des concepts nébuleux et très estriens, à prendre avec des pincettes.
La porte poussée, l'accueil laisse croire que les propriétaires ont une petite maison mais une grande considération pour leurs employés et, par conséquent, pour leurs clients. Tout au long de la soirée, le service sera irréprochable, jusque dans ses petites imperfections. Le décor est joliment agencé. Carafes et décanteurs scintillent, élément rassurant pour qui aime le cristal et surtout le jus de raisin qui y tournoie dans les grandes occasions.
L'atmosphère au Café Massawippi, puisqu'il s'agit bien d'un de ces endroits où l'on peaufine cette chose si irréelle, est agréable comme un grand verre de limonade maison par un torride après-midi d'été. La trame musicale, outre qu'elle témoigne d'un éclectisme impressionnant, contribue à élargir l'intérêt pour cet endroit; le verre de limonade vous est dès lors servi dans un hamac par Pierce ou Cindy, selon votre désir.
Avoir une belle carte de cave est une chose, savoir en tirer le meilleur parti en est une autre. Les propriétaires de ce modeste établissement brillent dans les deux cas. Et le service du vin est accompli avec tout le sérieux et le cérémonial requis pour plaire à mon distingué confrère Jean Aubry, tout en gardant une dimension humaine susceptible de convenir à des esprits plus terre-à-terre, et, avouons-le, moins connaisseurs, comme le mien. Rarement, en effet, demi-bouteille de Gevrey-Chambertin aura été traitée avec autant de déférence.
Vinrent les amuse-bouche, cadeau de la maison, en l'occurrence un croquignolet petit bol de crème de maïs et poivrons, parfumée à point et servie brûlante.
En entrées, pour tester le talent du cuisinier à faire beaucoup avec rien, on peut commander un Panaché de verdures et méli-mélo de pousses à l'huile de truffe blanche et quelques copeaux de Parmesan; léger et court vêtu d'une vinaigrette aérienne, le mesclun est accompagné de fines lamelles de concombres et de carottes, de pousses de luzerne et de tomates. C'est rien et en réalité beaucoup.
On est nettement moins impressionné par le Croustillant de lapin confit et raisins de Corinthe, dans son jus à la moutarde de Meaux. Le lapin était parfait mais aurait mérité mieux que cette lourde pâte qui l'étouffait et ce jus trop épais qui lui collait les oreilles au dos, ce qui, pour un lapin, même estrien, est le signe d'une profonde mélancolie. Et qui voudrait servir un lapin mélancolique à ses invités?
Ce faux-pas aura été le seul moment pénible d'une soirée par ailleurs fort agréable sur le plan de la gastronomie. En plat de résistance, par exemple, le Mahi-mahi grillé, maïs sauté aux dés de légumes, vinaigrette lilikoi, avait tous les attributs qu'un mahi-mahi peut avoir lorsqu'il n'est pas grillé à l'excès et qu'on a pris soin de l'accompagner d'une sauce légère et parfumée, rôle que jouait à la perfection la fameuse vinaigrette. (Minute culturo-linguistique: en pidgin, langue parlée à Hawaï, lilikoi signifie fruit de la passion; je vous laisse imaginer le délice du plat. Apothéose culturo-linguistique: plus complet qu'un sabir, un pidgin se différencie d'un créole en cela qu'il n'est la langue maternelle de personne. Nous sommes peu de choses, ne sommes-nous pas?)
Lorsqu'ils sont manipulés avec parcimonie, des mélanges aussi bizarres que poire et fromage de chèvre peuvent donner de grandes choses. Le Mignon de porcelet aux endives caramélisées, compote de poires au chèvre de Tournevent et estragon, sauce széchouannaise servi ici est l'exemple parfait de ce qu'on peut obtenir lorsque, en cuisine, on a essayé, essayé encore, dosé et redosé des combinaisons inhabituelles.
En dessert, Crème brûlée aux noix de Grenoble et canneberges caramélisées, Glace aux noix et érable, autant que Mousseline du verger, poêlée de pommes chaudes à la cannelle, brillaient de mille éclats. D'accord, mille et un, mais rendu à ce stade-ci du repas, le chrétien moyen perd un peu ce recul nécessaire si l'on veut écrire une chronique qui se tienne.
Les Chèvre noir, Sire Laurier et Bleu de l'abbaye de Saint-Benoît formaient une assiette de dégustation parfaite.
On sort ragaillardis de la petite maison. Au bout de la rue, le lac clapote. Sur la rive, un panneau indique: «Si vous venez de souper au Café Massawippi, ne vous penchez pas trop en avant. Une bedaine rebondie a tendance à entraîner son propriétaire vers le fond.» À bon entendeur, salut.
Café Massawippi
3050, chemin Capelton
North Hathley
% (819) 842-4528
Ouvert du mercredi au dimanche, en soirée seulement. Un billet brun avant boissons, taxes et service assure à deux personnes d'atteindre un certain niveau de félicité.
***
Les nappes du mois
Quatre nappes distinguées. Les patrons n'ont pas versé de commission, mais les cuisiniers y brillent pour vous. Je changerai la nappe régulièrement et essaierai de vous en proposer toujours des bien repassées, en coton blanc, immaculé. Ou alors, à la limite, avec taches de foie gras, Romanée-Conti et clafoutis. Bon appétit!
Soupesoup
80, rue Duluth Est
% (514) 380-0880
Des choses simples, l'odeur de la soupe, rassurante, des sandwichs amusants et des desserts comme chez une grand'maman. Des gens pas stressés, pas stressants qui offrent une cuisine pleine d'amour et de sérénité. Et de la Badoit en plus pour les esthètes de la bulle. Un de ces rares endroits où le moment de payer vient pour le client comme une occasion de remercier.
Globe
3455, boulevard Saint-Laurent,
% (514) 284-3823
Tant qu'à frimer, autant vaut-il le faire dans les bons endroits. Les cuisiniers de ce haut-lieu des pectoraux bombés maîtrisent parfaitement leurs assiettes. On sert au Globe des choses énormes et pleines de qualités; tout à fait comme le chef que l'on vient visiter de loin avec toujours autant de plaisir et qui fait le jacques sur les abribus. Ici, on ne regarde même pas l'addition; trop de clients arrivent en Porsche.
Anise
104, rue Laurier Ouest,
% (514) 276-6999
Le summum de l'élégance. Dans la salle, décor et service, autant que dans l'assiette, rapportée de Damas ou de quelqu'autre souk chaldéen. La chef de ce petit bijou de restaurant, outre un caractère un peu bizarre, possède un talent extraordinaire pour changer un simple plat en miracle. Et les miracles n'ont pas de prix.
La Bastide
151, rue Bernard Ouest,
% (514) 271-4934
Une ambiance chaleureuse qui doit tout à Pierre Vespérini, le chic patron de l'endroit.
Une cuisine qui doit beaucoup à Alexandre Loiseau, son complice aux fourneaux. On entend les cigales, le bruit des boules de pétanque qui s'entrechoquent et on décolle avec les créations culinaires du chef. Formule du soir à 25 $. Qui a dit que le bonheur était hors de prix?
La porte poussée, l'accueil laisse croire que les propriétaires ont une petite maison mais une grande considération pour leurs employés et, par conséquent, pour leurs clients. Tout au long de la soirée, le service sera irréprochable, jusque dans ses petites imperfections. Le décor est joliment agencé. Carafes et décanteurs scintillent, élément rassurant pour qui aime le cristal et surtout le jus de raisin qui y tournoie dans les grandes occasions.
L'atmosphère au Café Massawippi, puisqu'il s'agit bien d'un de ces endroits où l'on peaufine cette chose si irréelle, est agréable comme un grand verre de limonade maison par un torride après-midi d'été. La trame musicale, outre qu'elle témoigne d'un éclectisme impressionnant, contribue à élargir l'intérêt pour cet endroit; le verre de limonade vous est dès lors servi dans un hamac par Pierce ou Cindy, selon votre désir.
Avoir une belle carte de cave est une chose, savoir en tirer le meilleur parti en est une autre. Les propriétaires de ce modeste établissement brillent dans les deux cas. Et le service du vin est accompli avec tout le sérieux et le cérémonial requis pour plaire à mon distingué confrère Jean Aubry, tout en gardant une dimension humaine susceptible de convenir à des esprits plus terre-à-terre, et, avouons-le, moins connaisseurs, comme le mien. Rarement, en effet, demi-bouteille de Gevrey-Chambertin aura été traitée avec autant de déférence.
Vinrent les amuse-bouche, cadeau de la maison, en l'occurrence un croquignolet petit bol de crème de maïs et poivrons, parfumée à point et servie brûlante.
En entrées, pour tester le talent du cuisinier à faire beaucoup avec rien, on peut commander un Panaché de verdures et méli-mélo de pousses à l'huile de truffe blanche et quelques copeaux de Parmesan; léger et court vêtu d'une vinaigrette aérienne, le mesclun est accompagné de fines lamelles de concombres et de carottes, de pousses de luzerne et de tomates. C'est rien et en réalité beaucoup.
On est nettement moins impressionné par le Croustillant de lapin confit et raisins de Corinthe, dans son jus à la moutarde de Meaux. Le lapin était parfait mais aurait mérité mieux que cette lourde pâte qui l'étouffait et ce jus trop épais qui lui collait les oreilles au dos, ce qui, pour un lapin, même estrien, est le signe d'une profonde mélancolie. Et qui voudrait servir un lapin mélancolique à ses invités?
Ce faux-pas aura été le seul moment pénible d'une soirée par ailleurs fort agréable sur le plan de la gastronomie. En plat de résistance, par exemple, le Mahi-mahi grillé, maïs sauté aux dés de légumes, vinaigrette lilikoi, avait tous les attributs qu'un mahi-mahi peut avoir lorsqu'il n'est pas grillé à l'excès et qu'on a pris soin de l'accompagner d'une sauce légère et parfumée, rôle que jouait à la perfection la fameuse vinaigrette. (Minute culturo-linguistique: en pidgin, langue parlée à Hawaï, lilikoi signifie fruit de la passion; je vous laisse imaginer le délice du plat. Apothéose culturo-linguistique: plus complet qu'un sabir, un pidgin se différencie d'un créole en cela qu'il n'est la langue maternelle de personne. Nous sommes peu de choses, ne sommes-nous pas?)
Lorsqu'ils sont manipulés avec parcimonie, des mélanges aussi bizarres que poire et fromage de chèvre peuvent donner de grandes choses. Le Mignon de porcelet aux endives caramélisées, compote de poires au chèvre de Tournevent et estragon, sauce széchouannaise servi ici est l'exemple parfait de ce qu'on peut obtenir lorsque, en cuisine, on a essayé, essayé encore, dosé et redosé des combinaisons inhabituelles.
En dessert, Crème brûlée aux noix de Grenoble et canneberges caramélisées, Glace aux noix et érable, autant que Mousseline du verger, poêlée de pommes chaudes à la cannelle, brillaient de mille éclats. D'accord, mille et un, mais rendu à ce stade-ci du repas, le chrétien moyen perd un peu ce recul nécessaire si l'on veut écrire une chronique qui se tienne.
Les Chèvre noir, Sire Laurier et Bleu de l'abbaye de Saint-Benoît formaient une assiette de dégustation parfaite.
On sort ragaillardis de la petite maison. Au bout de la rue, le lac clapote. Sur la rive, un panneau indique: «Si vous venez de souper au Café Massawippi, ne vous penchez pas trop en avant. Une bedaine rebondie a tendance à entraîner son propriétaire vers le fond.» À bon entendeur, salut.
Café Massawippi
3050, chemin Capelton
North Hathley
% (819) 842-4528
Ouvert du mercredi au dimanche, en soirée seulement. Un billet brun avant boissons, taxes et service assure à deux personnes d'atteindre un certain niveau de félicité.
***
Les nappes du mois
Quatre nappes distinguées. Les patrons n'ont pas versé de commission, mais les cuisiniers y brillent pour vous. Je changerai la nappe régulièrement et essaierai de vous en proposer toujours des bien repassées, en coton blanc, immaculé. Ou alors, à la limite, avec taches de foie gras, Romanée-Conti et clafoutis. Bon appétit!
Soupesoup
80, rue Duluth Est
% (514) 380-0880
Des choses simples, l'odeur de la soupe, rassurante, des sandwichs amusants et des desserts comme chez une grand'maman. Des gens pas stressés, pas stressants qui offrent une cuisine pleine d'amour et de sérénité. Et de la Badoit en plus pour les esthètes de la bulle. Un de ces rares endroits où le moment de payer vient pour le client comme une occasion de remercier.
Globe
3455, boulevard Saint-Laurent,
% (514) 284-3823
Tant qu'à frimer, autant vaut-il le faire dans les bons endroits. Les cuisiniers de ce haut-lieu des pectoraux bombés maîtrisent parfaitement leurs assiettes. On sert au Globe des choses énormes et pleines de qualités; tout à fait comme le chef que l'on vient visiter de loin avec toujours autant de plaisir et qui fait le jacques sur les abribus. Ici, on ne regarde même pas l'addition; trop de clients arrivent en Porsche.
Anise
104, rue Laurier Ouest,
% (514) 276-6999
Le summum de l'élégance. Dans la salle, décor et service, autant que dans l'assiette, rapportée de Damas ou de quelqu'autre souk chaldéen. La chef de ce petit bijou de restaurant, outre un caractère un peu bizarre, possède un talent extraordinaire pour changer un simple plat en miracle. Et les miracles n'ont pas de prix.
La Bastide
151, rue Bernard Ouest,
% (514) 271-4934
Une ambiance chaleureuse qui doit tout à Pierre Vespérini, le chic patron de l'endroit.
Une cuisine qui doit beaucoup à Alexandre Loiseau, son complice aux fourneaux. On entend les cigales, le bruit des boules de pétanque qui s'entrechoquent et on décolle avec les créations culinaires du chef. Formule du soir à 25 $. Qui a dit que le bonheur était hors de prix?
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