Macadam - Le lancer de l'assiette à tarte, un sport de gentilhommes élevé au rang d'art

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Jean Dion
Édition du vendredi 03 juillet 2009

Mots clés : sport, frisbee, Québec (province)

Photo: Jacques Nadeau

Shawn Saint-Jean Timmins cache bien sa déception. Étant retenu par le boulot, il ne pourra prendre part au Tournoi Jazz de ultimate qui se déroulera ce week-end, comme chaque année depuis 1994, sur les terrains de l'hôpital Douglas de Verdun. «J'adore ce jeu. Le ultimate, c'est le plus beau sport du monde. Tout mon été tourne autour de ça», dit-il. Quelques minutes plus tôt, le numéro 37 de l'équipe Mephisto, la meilleure au Québec, avait fait montre de sa virtuosité en expédiant le disque sur 75 verges, pratiquement d'un bout à l'autre d'un terrain de soccer.

Le disque, le ultimate, vous dites? En fait, il s'agit du bon vieux frisbee, ainsi nommé parce que le disque de plastique, mis au point dans les années 1950, rappelait les assiettes à tarte de métal de la Frisbie Pie Company que se lançaient des étudiants de l'Université Yale, dans le Connecticut. Le frisbee, mais en version élaborée, une discipline d'équipe rapide et intense, souvent spectaculaire, loin du simple divertissement de plage. Qu'on appelle plutôt «ultimate» pour des raisons générales de marque déposée.

En cette matinée ensoleillée de fête du Canada, Jean-Lévy Champagne, directeur général de l'Association d'ultimate de Montréal (AUM) et lui aussi membre du club Mephisto, donne un stage de formation à une quarantaine de personnes venues s'initier aux rudiments du sport au parc Jarry. Il enseigne le lancer du revers, celui qui vient naturellement, la technique du coup droit, pas mal plus difficile -- «ça m'a pris deux ans à le maîtriser», confie-t-il --, l'importance du jeu de jambes -- «attention aux ballerines qui lèvent le pied en tirant, ça provoque un déséquilibre» --, l'art raffiné de la feinte. Il montre comment varier la procédure lorsque, comme c'était le cas mercredi, un vent robuste se met de la partie: selon qu'on l'a en face ou de dos, la prise du disque change.

Inventé aux États-Unis dans les années 1960, le ultimate frisbee se joue traditionnellement à sept contre sept sur une surface un peu plus petite qu'un terrain de football américain. Les coéquipiers doivent se passer le disque jusqu'à la zone des buts adverse pour marquer un point, et toute passe incomplète ou interception entraîne un changement de possession. Il est interdit de marcher ou de courir avec le frisbee en main. Aussitôt qu'il capte une passe, le joueur doit s'immobiliser et maintenir son pied pivot en contact constant avec le sol pour en tenter une autre.

Le sport, mixte, ne tolère aucun contact entre les joueurs, et il présente une particularité: le franc-jeu en est la règle d'or, et les matchs, même au plus haut niveau de compétition, se déroulent sans arbitre. Lorsqu'un joueur commet une faute, il doit lui-même l'annoncer et remettre le disque à l'autre équipe si celle-ci ne l'a pas déjà.

Et le ultimate frisbee connaît une popularité croissante: «On est en plein développement», dit Jean-Lévy Champagne. Dans la seule île de Montréal, on dénombre 186 équipes regroupant près de 2500 joueurs auxquels l'AUM, fondée en 1993, offre de participer de manière compétitive ou récréative. Il y a une ligue d'été, une de printemps, une d'automne, deux ligues intérieures d'hiver (quoi que certains préfèrent jouer sur la neige), une ligue sur sable et un récent circuit de ultimate frisbee en fauteuil roulant.

Quand on leur demande ce qui les a amenés à pratiquer ce sport méconnu, la plupart des joueurs racontent la même histoire de bouche à oreille: c'est un ami, ou un frère ou une soeur, ou l'ami d'un ami d'un ami, qui les a invités à tenter l'expérience, et ce fut le coup de foudre.

Mais on essaie d'en faire plus, dit Julie Tremblay, joueuse du club RIP qui a découvert le ultimate il y a huit ans et qui voudrait qu'il soit plus présent dans les écoles. «On travaille beaucoup auprès des profs d'éducation physique. Quand ça va s'implanter au niveau scolaire, ce sera fantastique. On fait valoir que comme il n'y a pas de contacts, les blessures sont rares. Et c'est excellent pour le cardio», dit-elle.

Dans les airs, le disque lancé par Shawn Saint-Jean Timmins flotte parfaitement, comme une véritable soucoupe volante; il faut dire qu'il est l'un des meilleurs tireurs au pays. Il s'amuse aussi, devant le photographe, à effectuer des plongeons pour capter un frisbee égaré. Il raconte que le club Mephisto compte bien être du championnat canadien qui aura lieu dans deux mois à Winnipeg, et il se prend à rêver du prochain Championnat du monde à Prague. Le plus beau sport, il en mange, et ils sont de plus en plus nombreux à faire de même.

Le Devoir


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Un sport kantien - par Louis-Augustin Roy (luisdesespedes@hotmail.com)
Le samedi 04 juillet 2009 02:00

Un sport de gentilhommes... - par Jean-Guillaume Marquis
Le vendredi 03 juillet 2009 19:00

il faut dire qu'il est l'un des meilleurs tireurs au pays..... - par Jean-Lévy Champagne
Le vendredi 03 juillet 2009 10:00

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