L'enfer au quotidien
Mots clés : La Courte Échelle, Promesses d'éternité, Chrystine Brouillet, Livre, Culture, Québec (province)

Photo: Jacques Grenier
Dès les premières pages de Promesses d'éternité, l'être diabolique imaginé par Chrystine Brouillet annonce ses couleurs. Profiter de la faille, de la fragilité des gens, c'est ce qu'il s'emploie à faire.
L'obsession du feu. Son odeur, sa couleur. Sa force de destruction. Sa force d'attraction. Il y a des pages démentes là-dessus dans le neuvième polar de la série Maud Graham. Même la chair humaine qui se consume ne nous est pas épargnée.
Tout cela alors qu'on est dans la tête même du Lucifer en question. C'est cela, la force de Chrystine Brouillet: parvenir à nous faire ressentir ce que le pire des monstres éprouve quand il jouit de ses actes inhumains. Tout en se mettant dans la peau des victimes. Et de son inspectrice fétiche.
On suit tout en même temps: les horreurs commises, le sort des victimes, la progression de l'enquête. Et la vie au jour le jour de Maud Graham avec ses proches, son chat, ses angoisses personnelles, ses petits plaisirs, ses désirs.
Quand Maud savoure du bon vin et de bons petits plats avec son chum pathologiste et ses amis, c'est comme des bouffées d'air frais qui arrivent. Des intermèdes au sordide. Même les problèmes qu'elle vit avec le jeune Maxime, cet ado perturbé qu'elle a adopté, agissent comme une diversion bénéfique.
Attention, il faut s'accrocher. Dans la première moitié du livre, surtout. Toutes sortes de situations sans liens apparents se chevauchent. C'est complexe. Et les personnages sont nombreux, très nombreux, on s'y perd un peu.
Puis, les choses finissent par se mettre en place, les fils se tissent. Grâce à Graham et à son équipe, évidemment. C'est le but. Là, on est vraiment accroc, on tourne les pages, on en veut plus.
On se demande comment des phénomènes aussi disparates que les sectes, la pyromanie, mais aussi les combats de gladiateurs, la pédophilie, les chicanes d'héritage, les fugues d'adolescents et j'en passe peuvent tenir ensemble dans un même roman. Et pourtant, ça marche.
C'est sans doute le Maud Graham le plus tortueux. Mais on ne peut qu'applaudir à l'ingéniosité de l'auteure à l'arrivée. L'art du puzzle, elle maîtrise. Et puis c'est documenté, on le sent. C'est crédible.
Surtout, il y a dans le lot, hormis l'enquêtrice et son entourage qu'on prend toujours plaisir à retrouver de livre en livre, des personnages fascinants. Auxquels on s'attache, qu'on aimerait revoir.
Il y a Marie-Lune, cette ado profondément troublée. Elle a beau être naïve, vulnérable, elle résiste à l'enrégimentement, se bat pour exister. Elle est de la trempe des vraies héroïnes. Forte, résiliente.
Il y a François aussi. Ce jeune gars obsessif, qui prend le moindre mot au pied de la lettre, s'inquiète de la moindre anicroche dans sa routine. Tendances autistiques, syndrome d'Asperger. Ce qui ne l'empêche pas d'être féru en histoire, spécialiste reconnu.
Et il y a tous les autres. La grand-mère aimante qui veut sauver sa petite-fille à tout prix. L'ex-membre de la secte qui ne se remet pas de l'enfer qu'elle a vécu. Le père affolé devant l'aberration de ses propres choix, de ses propres décisions, de ses propres gestes.
Une mosaïque humaine, Promesses d'éternité. Où le pire et le meilleur se côtoient. Où les dangers menacent, où les fous, les psychopathes, les truands, les abuseurs rôdent, mais où il y a encore du monde pour s'insurger. Pour croire en la vie. Pour aimer.
Et puis il y a l'entre-deux. Il y a ce qu'on appelle les gens ordinaires. Avec leur petite vie, leurs peines, leurs joies, leurs contradictions. Leurs aspirations, leurs craintes. Leurs secrets. Leurs failles. Ces gens-là, Chrystine Brouillet les dépeint merveilleusement.
On se reconnaît: c'est vous, c'est moi. Ça crée un choc d'autant plus grand. Quand survient l'horreur...
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Promesses d'éternité
Chrystine Brouillet
La Courte Échelle
Montréal, 2009, 386 pages
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