Quelques pistes de solution

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Pierre Vallée
Édition du samedi 20 et du dimanche 21 juin 2009

Mots clés : Médecine de famille, Gouvernement, santé, Québec (province)

Quoi faire pour améliorer le système de santé au Québec?

La santé représente le poste budgétaire le plus important du gouvernement québécois. Pourtant, malgré cet effort financier, le système de santé connaît des ratés: urgences qui débordent, listes d'attente, pénurie de main-d'oeuvre et rareté de médecins de famille. Quoi faire pour faire mieux?

Selon Marie-Pascale Pomey, professeure agrégée en administration de la santé à l'Université de Montréal, les attentes dans le système de santé québécois ne sont pas uniquement dues à la pénurie de main-d'oeuvre. «C'est un problème systémique, avance-t-elle, et la solution passe par une réorganisation du travail. Il faut redéfinir la prise en charge des patients et faire en sorte d'optimiser le parcours de ces derniers.»

Et pour y arriver, il faut d'abord et avant tout, croit-elle, de la volonté politique. «Cette volonté politique est absente au Québec. Nous aurions intérêt à nous inspirer de nos voisins de l'Ontario, qui ont mis en place l'Ontario Wait Time Strategy, dont le directeur agit comme une sorte de "monsieur Temps d'attente". Ils ont aussi choisi de travailler en amont et en aval de l'hôpital. De plus, ils ont investi les sommes nécessaires pour financer les projets innovateurs. Au Québec, ni la volonté politique ni l'argent ne sont au rendez-vous.»

Cela ne veut pas dire pour autant que les établissements de santé québécois ne font pas d'efforts pour améliorer la prise en charge des patients, mais ils le font dans leur coin, en vase clos. «Il n'y a pas de lieu d'échanges au Québec où l'on pourrait discuter des bonnes pratiques des uns et des autres. Comme on ne connaît pas ce que les autres font de bien, on ne peut pas s'en inspirer.»

Médecine de famille

Chez les étudiants québécois en médecine, la médecine familiale n'a plus la cote, les étudiants s'orientant davantage vers les spécialités. «C'est un phénomène qui n'est pas unique au Québec, ce problème est présent dans tous les pays occidentaux. Pour le régler, il faut en premier faire un travail de fond pour revaloriser la médecine de famille auprès des étudiants. Présentement, les étudiants, même lors de leurs différents stages en milieu hospitalier, ne sont pas suffisamment exposés à la médecine familiale. Difficile pour eux, dans ce contexte, de bien la connaître et de la choisir comme champ de pratique.»

Financement plus flexible

Marie-Pascale Pomey estime que l'on devrait aussi s'interroger sur le mode de financement des hôpitaux québécois, trop souvent gérés en silos, ce qui offre peu de flexibilité. «L'argent ne suit pas toujours le patient et n'est pas toujours alloué selon les soins dispensés. De plus, il n'y a pas de zone tampon, un lieu où l'on trouverait des lits qui pourraient servir à tout le monde et qui offrirait une certaine souplesse.»

Elle avance que l'on devrait diversifier le mode de financement des hôpitaux. «Il faut évidemment des budgets globaux pour les infrastructures et les frais fixes, mais l'on pourrait aussi accorder une partie du financement en fonction des épisodes de soins et selon le cheminement du patient dans le système. On pourrait aussi mettre en place un financement incitatif selon les pathologies. Ce qu'il faut, c'est un équilibre entre les différents types de financement.»

Qualité et sécurité des soins de santé

Le contrôle de la qualité des soins ainsi que la sécurité des patients, selon Marie-Pascale Pomey, ne figurent pas assez haut sur la liste des priorités des établissements de santé québécois. Elle donne comme exemple les infections nosocomiales. «Le suivi en temps réel de toutes les infections nosocomiales devrait être obligatoire et inscrit dans une loi, et non pas laissé au bon vouloir des établissements de santé. Les étudiants en médecine n'ont aucun cours sur les infections nosocomiales. Pourtant, on estime que les infections nosocomiales coûtent environ 180 millions de dollars chaque année au réseau de la santé.»

Le contrôle de la qualité des soins souffre aussi du même laisser-aller. «Il existe au Canada une organisation privée à but non lucratif, Agrément Canada, qui fixe les normes en matière de qualité des soins et qui évalue les établissements de santé. Malheureusement, ce sont les établissements de santé québécois qui ont le plus de difficulté à obtenir l'accréditation d'Agrément Canada. Cela prouve que l'accent n'est pas mis au Québec sur la qualité des soins comme cela devrait l'être. Ce sont les ordres professionnels qui ont la responsabilité de la qualité des soins dispensés. Il n'y a pas en place, dans les établissements de santé, de véritables coordonnateurs de la qualité des soins. Comment alors améliorer la qualité des soins si son contrôle n'est pas une priorité? Comment alors analyser les pratiques pour en tirer des conclusions et mettre en place des paramètres afin d'éviter à l'avenir les erreurs?»

À ce sujet, l'Université de Montréal, sous sa direction, vient de mettre en place un nouveau programme de maîtrise en administration des services de santé, le programme QUEOPS-i, axé justement sur la qualité et la sécurité.

«Ce programme s'adresse à toutes les formations, pas seulement médicales, explique Mme Porney, et c'est d'ailleurs ce qui fait sa richesse. Il vise à former les futurs responsables de la qualité et de la sécurité des soins. J'estime que la qualité et la sécurité des soins doivent être une pratique quotidienne et figurer dans le b a-ba de la pratique professionnelle. La reddition de comptes dans le milieu des soins de santé ne peut plus se limiter aux seuls résultats financiers.»

***

Collaborateur du Devoir


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