Les commandites, prise deux ?

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Chantal Hébert
Édition du lundi 11 mai 2009

Mots clés : Louis Ranger, John Baird, Stephen Harper, Parti politique, Gouvernement, Canada (Pays)

L'histoire est-elle vouée à se répéter? Alors que l'avenir du gouvernement minoritaire de Stephen Harper dépend de sa capacité de juguler la récession, des conditions similaires à celles qui ont favorisé l'éclosion du scandale des commandites au milieu des années 90 sont en place à Ottawa.

Talonné quotidiennement par l'opposition officielle pour «livrer la marchandise», le gouvernement Harper s'est donné des moyens exceptionnels pour exécuter son plan de stimulation économique et distribuer ses largesses depuis le début de l'année.

Comme à l'époque de la dernière bataille pour l'unité canadienne, l'intérêt du gouvernement en place et celui du Canada font dangereusement bon ménage, et l'idée de brûler les feux orange pour arriver plus vite au feu est dans l'air du temps.

Pour les conservateurs, le fait que l'Ontario, principal champ de bataille de la prochaine campagne électorale, se trouve dans l'oeil de la tempête économique est une source supplémentaire de motivation... et de tentation.

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Ce week-end encore, le ministre responsable des Infrastructures, John Baird, promettait de débloquer à grande vitesse des milliards de dollars fédéraux pour stimuler l'économie. Ce que M. Baird ne dit pas, c'est que certains de ses raccourcis sont au centre d'une partie de bras de fer qui l'oppose à son sous-ministre, Louis Ranger.

Selon des sources, les relations entre les deux hommes sont au point mort, une situation inhabituelle alors qu'un ministre et son sous-ministre se rencontrent normalement chaque semaine, et qui est en voie de prendre des proportions emblématiques dans la haute fonction publique fédérale.

Louis Ranger est un fonctionnaire de carrière dont les 35 années de service constituent un parcours sans faute. Plusieurs le considèrent comme la mémoire institutionnelle du ministère des Transports. Contrairement à bien des mandarins fédéraux, ce n'est pas un touche-à-tout. Sur le site du ministère, on peut lire qu'il a passé la majorité de sa carrière dans les secteurs des transports et des infrastructures publiques.

En principe, c'est le genre de profil qui devrait en faire l'homme de la situation plutôt que l'empêcheur de tourner en rond contre lequel le bureau du premier ministre aurait pris fait et cause. En pratique, le National Post rapportait la semaine dernière qu'il était devenu la bête noire de la garde rapprochée de Stephen Harper.

La guerre larvée entre un des ministres les plus proches du premier ministre et son sous-ministre se situe dans une escalade des tensions entre le gouvernement conservateur et l'appareil fédéral. Loin de se normaliser, les relations entre le régime Harper et la fonction publique se détériorent.

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À cet égard, le départ imminent du Greffier du Conseil privé, Kevin Lynch, divulgué par voie d'un laconique communiqué de presse alors que le premier ministre était en Afghanistan, a envoyé une onde de choc dans la capitale fédérale la semaine dernière.

Le départ d'un économiste de carrière du poste de premier fonctionnaire de l'État canadien, au beau milieu de la pire récession en plus de cinquante ans, est surprenant en soi. Le fait que ce départ survienne sur fond de conflit larvé entre le Greffier et le chef de cabinet du premier ministre, Guy Giorno, n'est pas de bon augure pour les relations entre fonctionnaires et personnel politique.

Dans sa chronique de samedi, mon collègue du Toronto Star, Jim Travers, qui est impeccablement branché sur le mandarinat fédéral, expliquait qu'en plus de sa compétence et de son immense capacité de travail, Kevin Lynch était doté d'une autre caractéristique qui aurait dû le prédestiner à être un greffier sur mesure pour un régime viscéralement méfiant à l'égard de la fonction publique.

Plus que la moyenne de ses prédécesseurs, M. Lynch avait la réputation de privilégier l'exécution rapide des commandes politiques. C'est d'ailleurs sous son règne que le ministère des Finances a accouché d'un brûlot politique déguisé en mise à jour économique, l'automne dernier. L'idée que le zèle de l'entourage actuel du premier ministre ait eu raison d'un greffier aussi bien disposé à l'égard de ses maîtres politique n'a rien de rassurant.

Plusieurs s'attendent à ce que l'annonce de la semaine dernière soit suivie rapidement par un remaniement de personnel aux plus hauts niveaux de la fonction publique. En privé, certains n'hésitent pas à évoquer une purge. Ce qui est certain, c'est que les regards sont désormais tournés vers le ministère de John Baird et l'avenir de son sous-ministre.

Stephen Harper est arrivé au pouvoir en 2006 en surfant sur la vague antilibérale suscitée par le scandale des commandites. Certains diront qu'en substituant sa loi sur la responsabilisation aux recommandations du juge John Gomery, le premier ministre s'est laissé les coudées franches pour agir à sa guise. La vérité est ailleurs. Aucune mesure ne pourra jamais empêcher un gouvernement déterminé à passer sur le corps de la fonction publique pour mieux arrimer son intérêt politique à la raison d'État d'arriver à ses fins.

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chebert@thestar.ca

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.


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