Maman, la nanny est un pirate !

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Josée Blanchette
Édition du vendredi 08 mai 2009

Mots clés : Garde, Pirate, Super-nannys, Enfant, Québec (province)

Jacquot-le-pirate-maboule monte la garde, n'hésite pas à perdre le nord et à enseigner les rudiments du métier à son petit protégé.

Photo: Jacques Nadeau

« Il faut tout un village pour élever un enfant. » - Proverbe africain

« L'enfance a des manières de voir, de penser, de sentir qui lui sont propres. Rien n'est moins sensé que d'y vouloir substituer les nôtres. » - J.-J. Rousseau

Dès l'instant où il est né, j'ai eu le sentiment très vif qu'on me confiait un être humain davantage qu'on me le donnait. Je suis devenue mère, mais avant tout parachute, paratonnerre, parasol, paravent et paranormale, pour ne pas dire paraffine. Je n'ai pas entretenu très longtemps l'instinct de propriétaire; j'ai opté pour l'instinct grégaire, consciente que deux bras et deux seins ne suffiraient pas à la tâche. J'ai préféré me faire guide et lâcher du lest sur l'illusion d'être tout pour mon fils. Par nécessité, puis par goût, j'ai impliqué mon entourage, proche ou lointain, construit un «village» autour de mon B, comme une grande famille d'autrefois mais sans les tensions inévitables.

Cinq ans plus tard, je mesure combien ces «tuteurs», pour la plupart sans enfants ou dont les oisillons ont quitté le nid, s'avèrent compétents, aimants, des repères fiables et un filet de sécurité enviable face au chaos ambiant et à la multitude de pistes à emprunter. Se savoir entouré, c'est déjà la moitié de l'amour. L'autre moitié ne tient qu'aux gestes posés et au temps volé pour le faire.

Depuis cinq ans, ces membres de notre tribu, ces super-nannys, hommes et femmes, ados et adultes, ont éveillé mon B à toutes sortes de réalités: les leurs. Ils lui ont donné le pied marin, montré comment tenir une boussole et s'orienter. La complicité sécurisante d'un «grand» qui s'adresse à toi comme si tu comptais, le lien de confiance, le besoin de s'épivarder loin des parents, tout ça contribue à la philosophie de base sur laquelle s'appuiera mon fils le jour où je ne serai plus là pour lui rappeler qu'il a des devoirs envers ceux qui l'entourent.

Et puis, très égoïstement, j'en profite; ils arrivent à lui faire aimer le savon et bouffer des courgettes sans la moindre protestation. Ces gens ont un talent que je n'ai pas, celui de l'impressionner encore...

-- Mon B, Jacquot vient souper ce soir après le travail.

-- Il fait quoi comme travail?

-- Il fait des rénovations.

-- Il n'est plus pirate, maman?

-- Mais oui, pirate, c'est son job de soir...

Pensez si un «gentil» pirate qui vit sur un gros voilier (le Sedna IV) n'est pas un modèle valable pour un petit garçon qui a besoin de se battre à coups d'épée pour vaincre les fantômes, les pandémies mortelles et l'adversité. En plus, le pirate fournit les lampes de poche et les boussoles...

Faire passer les messages

Régulièrement, je fais appel à leurs lumières pour régler des problèmes délicats, des conflits sur la scène familiale. À Jacques Pasquet, grand-père et ami conteur, j'ai demandé l'hiver dernier d'inventer un conte sur mesure à propos d'un petit garçon qui s'impatientait de la lenteur d'une jeune infirme. À Jony, mon copain marin, il m'est arrivé de suggérer une promenade «entre hommes» pour régler une question épineuse. «On a tous à s'éduquer les uns les autres, me rappelle Jony. Le fait de ne pas avoir d'enfant n'a rien à voir là-dedans. Les enfants sont le plus grand bien de la communauté dans laquelle je vis.»

Jony me remercie régulièrement de lui «prêter» mon fils, ne serait-ce que pour l'entendre s'émerveiller: «Regarde comme c'est beau le fleuve, Jony!»

Pour ce grand gaillard de 50 ans qui désire avoir des enfants avec sa blonde, la compagnie de mon B est toujours une joie et il le considère comme son pote, son égal. Et mon B m'exhorte régulièrement de disparaître (contre un câlin): «Vas-t'en, maman. Je veux être tout seul avec Jony.» Je m'incline avec humilité, devinant que je ne suis pas à la hauteur de leurs machinations de flibustiers.

«Un copain qui a cinq ans et qui découvre le goût de l'aventure, c'est super! Le bon goût de l'aventure quand tu sais très bien que ta mère est rendue à plus de 150 pieds de distance. On est entre gars, on est ben, pis on fait ce qui nous passe par la tête!»

Jony aime l'idée du proverbe africain «Il faut tout un village pour élever un enfant»: «Oui, l'éducation d'aujourd'hui doit donner une grande place au sentiment de bien-être que doit avoir tout le village. Il faut faire des humains soucieux du village.»

Maman fait son possible dans les buts

Mon ami Franck, artiste et nomade en patins, la soixantaine bien accrochée, n'hésite pas à se garrocher à quatre pattes avec son copain, monsieur B: «Inutile de lui rappeler mon état d'adulte, je préfère retrouver les racines de mon enfance... qui fut heureuse, dit-il. Lorsque la complicité est établie, étayée par un respect mutuel, l'enfant sait que je ne veux que son bien et aura tendance à adopter ce qu'il percevra de positif dans mes mots et gestes, un apprentissage naturel par observation et imitation, sans nécessairement me donner l'impression de l'éduquer. L'un apprend de l'autre.»

Franck éprouve le besoin de garder des petites personnes dans sa vie pour retrouver la pureté de ses rêves.

«La présence de ton B me sert de police d'assurance contre le territoire mal balisé de l'adultie.»

Ce que cette relation apporte à mon fils? «À son âge, je ne me rendais pas encore compte -- avantage de l'innocence --que je progressais inéluctablement vers l'angoisse de la solitude de l'individu face à sa propre existence, répond Franck. Ma présence auprès de ton B contribue idéalement à l'inoculer subrepticement avec les anticorps susceptibles de minimiser les effets traumatisants de cette angoisse existentielle. Il pourra envisager la vie avec davantage de sérénité quand sonnera l'heure de l'autonomie.»

Pour Franck, l'enfant s'habitue à glaner auprès de diverses sources aptes à contribuer à l'édification d'une philosophie personnelle.

Et finalement, comme ce sont des amis et qu'ils ont mon bien à coeur, je peux même leur demander de m'aider à corriger mes vilains défauts de maman.

«Tu devrais être meilleure au football... Tu devrais être une super-goaler dans tous les sports. Tu devrais transmettre le moins de peurs possibles à ton petit animal mais lui donner la finesse de ton ouïe, la pertinence de ton odorat, l'acuité de tes yeux et ta cohérence dans sa bouche. Mais je suis qui pour te dire quoi corriger?» suggère Jony.

Selon Franck, je n'ai pas de défauts car «en devenant parent, la peau de l'âme se desquame des défauts les plus coriaces et le temps fait le reste».

Dire que j'ai déjà consulté des psys à 80 $ l'heure...

***

cherejoblo@ledevoir.com

***

Visité: le site www.dansmabulle.org initié par le pédiatre Gilles Julien pour aider des enfants en difficulté à sortir de leur bulle et pour favoriser le contact communauté-enfant. Une initiative pleine d'allure pour s'impliquer dans le «village».

Sourcillé: en feuilletant la dernière mouture du magazine Montréal pour enfants (Printemps 2009), distribué dans les CPE. www.montrealpourenfants.com. On y propose la plongée sous-marine et l'équitation comme activités sportives et la croissance personnelle pour délasser les tout-petits après tout ce stress.

Nous sommes très loin de la pédiatrie sociale et devant un exemple flagrant de délire éducatif. La récession ne semble pas frapper tout le monde de la même façon. Lisez (ou relisez) Manifeste pour une enfance heureuse, de Carl Honoré. Un excellent investissement.

Lu: à plusieurs reprises à mon B La Chance d'Ozou, un conte taoïste de Claudia Rueda (Les 400 coups). Très jolie histoire pleine de sagesse. On y apprend que ce qui nous arrive de mieux peut être le pire et que ce qui nous arrive de pire peut s'avérer le meilleur. Une leçon de vie... pour les petits et les grands.

Aimé: Les Philo-Fables de Michel Piquemal (Albin Michel), 60 fables qui s'accompagnent de questions et qu'on peut explorer avec eux dès neuf ans.

Les enfants sont des philosophes naturels. Un petit guide pour donner des pistes de réflexion aux parents, tuteurs ou mentors.

***

Joblog

Chagrin d'école

Il vient de paraître en format de «poche». Je redécouvre avec bonheur ce bouquin que Daniel Pennac a dédié aux cancres. Un extrait, page 238.

«De son côté, Minne me raconte que dans les petites classes où elle intervient, elle joue à un jeu qui ravit les enfants: le jeu du village. C'est un jeu simple; il consiste, en bavardant avec les petits, en découvrant les plus gros traits de leur caractères, leurs aptitudes, leurs désirs, les marottes des uns et des autres, à transformer la classe en un village où chacun trouve sa place, jugée indispensable par les autres: la boulangère, le postier, l'institutrice, le garagiste, l'épicière, le docteur, la pharmacienne, l'agriculteur, le plombier, le musicien, chacun sa place, y compris ceux pour qui elle invente des métiers imaginaires, aussi indispensables que la collectrice de rêves ou le peintre de nuages...

-- Et que fais-tu du bandit? Le 0,4 %, le petit bandit, qu'est-ce que tu en fais?

Elle sourit:

-- Le gendarme, bien sûr.»

***

www.chatelaine.com/joblo


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Le dimanche 10 mai 2009 21:00

Figth des mères - par Pierre Guérin
Le vendredi 08 mai 2009 23:00

Ça change pas le monde, mais... - par Richard Boudreau
Le vendredi 08 mai 2009 07:00

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