Partir, c'est en revenir un peu
Mots clés : Complexe d'infériorité, Culture, Histoires, Québec (province)
Le désamour d'un Québécois qui n'a pas jeté son passeport

Ah oui, tout de même, il s'est passé quelque chose et tout le monde en a parlé: le ministre du Patrimoine canadien James Moore, en digne descendant de Lord Durham -- «Ils sont un peuple sans histoire et sans littérature» --, ne sait pas qui «nous» sommes, ni Félix, ni Guy Laliberté, ni Robert Lepage. Cette idée, aussi, de lui cacher que nous avons enfanté Céline Dion à Charlemagne, PQ, avant de l'envoyer à Las Vegas, NV.
Tout ça en dit bien long sur l'océan qui nous sépare du ROC et fera davantage pour la cause souverainiste que tous les sparages assaisonnés de Pierre Falardeau pour s'élever contre une non-bataille des plaines d'Abraham.
S'il faut en croire Richard Dubois, auteur de l'essai Un Québec si lointain -- Histoire d'un désamour, nos chicanes nationaleuses n'intéressent personne, surtout pas les Français, qui ne parlent ja-mais du Québec sauf pour s'extasier sur notre accent charmant. «En France, plus t'es moderne, plus t'es swing, moins t'es nationaliste», me souligne en entrevue téléphonique ce souverainiste de coeur, installé à Nice depuis une dizaine d'années.
À l'heure de l'Union européenne, du village global, les guéguerres culturelles paraissent bien folkloriques et ethnocentriques. Ce Québécois expatrié, également traducteur, estime toutefois que le Québec mérite bien son petit siège aux Nations unies, au moins autant que le Kosovo et «sa moitié de chômeurs alors que l'autre moitié est analphabète». Avec un peu de patience et de persévérance, le Québec -- 49 % des Québécois éprouvent de la difficulté à lire, ai-je lu récemment -- pourra aspirer au titre de cancre de la classe lui aussi.
Complexe d'infériorité
Se référant à notre complexe d'infériorité «historiquement cultivé», Richard Dubois n'y va pas avec le drapeau blanc pour nous narguer: «Lord Durham avait raison», me lance-t-il au sujet de la phrase historique. L'auteur consacre d'ailleurs tout un chapitre à le prouver, en bifurquant par les accommodements raisonnables et notre absence de génies locaux. Tantôt cinglant, tantôt attendri, toujours intelligent, il résume en formules populaires les dix applications/illustrations/réalisations possibles du foutu complexe d'infériorité en question.
1. On est moins forts que les Anglais -- militairement, politiquement, financièrement.
2. On est moins cultivés que les Français.
3. Il faut s'écraser devant les États-Unis.
4. Il faut se méfier du Canada anglais.
5. Il faut se méfier de la France républicaine.
6. On est nuls dans le monde des affaires.
7. On ne parle pas l'anglais.
8. On parle mal le français.
9. On n'a pas l'accent de France ni le vocabulaire des Français.
10. On n'est ni riches, ni cultivés, ni modernes, ni anglais, ni français, ni rien d'important.
Et pourtant, comme le rappelle Dubois, il y a eu Manic 5, Bombardier, le Cirque du Soleil, Vidéotron et Quebecor, et toutes sortes de réalisations dans les domaines de l'informatique et des sciences optiques, médicales, psychologiques, anthropologiques, administratives et journalistiques.
Richard Dubois ne s'estime pas «plus smatte» ou surdoué parce qu'il est allé butiner ailleurs, mais peut-être plus éclairant grâce à la distance et au détachement. Et il assume son snobisme gentiment tout en se retenant pour ne pas nous traiter de colons. Il opte prudemment pour le provincialisme balourd qu'on appelle «le manque de classe».
D'ailleurs, Richard Dubois sait très bien qu'il n'aurait pu écrire cet ouvrage s'il était resté au Québec. D'une part parce qu'il lui aurait manqué le recul nécessaire, d'autre part parce qu'il se serait probablement fait lyncher, du moins moralement.
Des cousins si charmants
«Faut s'y faire, les Français nous aiment trop», dit-il avec cet accent indéfinissable des Québécois qui ne parviennent pas à faire oublier qu'ils sont des cousins. «On est bons, forts, modernes. On ne s'empêtre pas dans les dédales administratifs comme eux. Il y a quantité de choses qui se font au Québec et qui ne sont pas possibles en France. Mais on ne parle jamais de nous ici! Au fond, ils ne nous connaissent pas.»
À part nos chanteuses et le Cirque du Soleil, le Québec est une province comme les autres, outre-Atlantique. Et, exception faite de Dany Laferrière -- d'origine haïtienne --, notre génie littéraire est un secret bien gardé. Au mieux -- et si on fréquente la Librairie du Québec, rue Gay-Lussac --, on nous trouve «sympathiques». Au pire, nous sommes inscrits aux abonnés absents.
Dubois, ex-critique littéraire et docteur en littérature (un docteur qui ne soigne pas mais qui prend le pouls du malade), s'en ouvre, s'en désole, cherche l'écrivain du siècle, le trouve chez VLB, admire Jean Larose. Mince consolation.
Sinon, poursuit l'essayiste baptisé au pastis local: «Parcourir les quatrièmes de couverture des romans québécois, c'est faire le tour d'un cimetière ou d'un orphelinat. Question: avons-nous évolué depuis les ados méchants de Ducharme et Marie-Claire Blais? Quoi de neuf depuis Volkswagen Blues?»
L'imaginaire national lui semble en panne. Et l'anti-intellectualisme règne en maître des lieux: «Il fut un temps au Québec où lire son Devoir passait pour du snobisme, même chez des diplômés de l'enseignement...» Malheureusement, cette époque est loin d'être terminée, lui ai-je appris.
Et pour en badigeonner une couche supplémentaire, Dubois signale qu'il ne se présente jamais comme écrivain lorsqu'il est en visite au Québec: trop prétentieux. Alors qu'en France, cela demeure presque banal. «Peut-on, au Québec, évoquer l'idée d'une rencontre avec des amis pour, disons, lire de la poésie? écrit-il. On voit déjà la réaction: un certain sourire, mi-compréhensif, mi apitoyé. L'anti-intellectualisme de qui sait faire des nuances, on n'en doute pas, ou qui affiche parfois un diplôme d'enseignement supérieur, mais qui sur le fond considère la culture comme un supplément de vitamines.»
Richard Dubois sera en visite au Salon du livre de Québec à la mi-avril. Pour cette fois, il pourra affirmer sans rougir qu'il est écrivain. Et de retour en France, il pourra prétendre que son bouquin a cartonné grave. Quant à savoir si ça intéressera quelqu'un, c'est une autre paire de manches.
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cherejoblo@ledevoir.com
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Écouté: avec bonheur le quintette winnipego-montréalais Chic Gamine: quatre chanteuses avec un percussionniste. Des harmonies à quatre voix, du soul, du folk, r'n'b, doo-wop, forro brésilien et chanson française. Bref, du métissage comme on l'aime ici, en terre d'Amérique. À suivre... www.myspace.com/chicgamine.
Tripé: sur la musique pop «organique» (de quossé?) de Marabu, deux jeunes Québécois de 23 ans. Leur album est sorti la semaine dernière et déjà je fredonne leurs chansons. Très printanier, très accrocheur, très «Here comes the sun, toudoudoudou». Allez les écouter: www.myspace.com/marabumusique.
Souri: en lisant Guide de survie des Européens à Montréal d'Hubert Mansion, un livre insolent et pratique. La partie «Adresses» a vieilli un peu (2003) mais cet expatrié belge a pigé vraiment très rapidement les travers de son «pays» d'adoption depuis 2000. Décapant et tendre à la fois. Un Français n'aurait pas pu l'écrire et un Québécois non plus. Mansion écrit très peu de conneries à notre sujet, mis à part que beaucoup de Montréalaises sont bisexuelles. Ah bon? J'aimerais connaître ses adresses. Deux fois plus de chances de pogner le samedi soir, comme disait ce cher Woody.
Adoré: le dictionnaire Les Jongleurs de mots de François Villon à Raymond Devos de Patrice Delbourg. Régalée, je me suis régalée! Écrit comme seul un Français peut le faire, avec une langue en dentelle et un esprit qui n'a rien à envier aux montgolfières. Il nous élève avec lui en nous résumant la vie et les bons mots de grands écrivains français qui ont marqué leur époque. Sur Frédéric Dard (dont j'ai lu beaucoup d'ouvrages grivois à l'adolescence): «Ce forçat du ruban machine s'est imposé comme le grand chaman de la jactance, expert en aphorismes, prince du calembour, tueur à gags. "Écrivain forain", aimait-t-il à dire.» À offrir à tous les écrivains forains wannabe.
Versé: une larme en constatant la disparition de Macadam Tribu à la Première Chaîne de Radio-Canada. Il ne se passe jamais rien? Eh bien là, le rouleau compresseur vient de passer. Et ça ne passe tout simplement pas. Shame on Lord Durham.
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Joblog
Du secours de l'hygiène dans le rapt d'enfant
Mon B m'attend dehors tandis que j'enfile mes bottes. Sur le balcon, je le cherche des yeux, inquiète. Il a disparu de mon radar maternel durant 60 secondes.
La rue est déserte, il fait beau, les oiseaux chantent, pitpitpit, tout va bien en apparence mais une musique digne de Twin Peaks joue dans ma tête.
-- Je suis ici, maman, hihihi (il s'était caché, le p'tit vlimeux, c'est un de ses sports extrêmes favoris: me faire flipper).
-- Ouf! Mon B, si quelqu'un s'approche en auto et t'offre des bonbons, tu dis quoi? (Leçon numéro 1 d'autodéfense urbaine).
-- Je dis non merci!
-- Pourquoi? (Renforcement de la leçon numéro 1).
-- Ben... (sérieux comme un pape qui va se prononcer sur le port du condom) parce que je viens de me brosser les dents!
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www.chatelaine.com/joblo
Vos réactions
Bizarre... - par Brun Bernard
Le lundi 30 mars 2009 15:00
et alors! - par Denis-Émile Giasson
Le samedi 28 mars 2009 08:00
Bravo Richard - par Jacques Gagnon
Le vendredi 27 mars 2009 14:00
La culture, fer de lance de notre existence nationale - par Andrée Ferretti
Le vendredi 27 mars 2009 13:00
Et moi et moi.. - par Brun Bernard
Le vendredi 27 mars 2009 09:00

