L'insomnie coûte 6,6 milliards au Québec
Mots clés : sommeil, médicaments, Insomnie, Alcool, santé, Québec (province)
Les insomniaques jugent l'alcool plus efficace que les médicaments pour trouver le sommeil

En 2002, la plus récente étude de Statistiques Canada sur le sujet évaluait que 3,3 millions de Canadiens souffraient d'insomnie, soit 13 % de la population, précise Michael Tjepkema, chercheur analyste à la Division de l'information et de la recherche sur la santé. «À l'époque, le grand nombre de Canadiens concernés m'avait frappé», a confirmé celui-ci au Devoir.
Ce qui surprend le plus Charles Morin dans les conclusions de la recherche menée par l'étudiante au doctorat Meagan Daley, c'est «que ça coûte 10 fois plus cher de ne pas traiter l'insomnie que de la traiter. L'insomnie a un coût minime pour le système de santé par rapport à son coût pour la société lorsqu'on l'ignore». L'équipe de psychologues a interrogé 948 adultes sur leur sommeil, leur santé, leur utilisation des services de santé, leur consommation de médicaments, de produits naturels et d'alcool, ainsi que sur leur travail et leur productivité.
Mais qu'est-ce qui coûte si cher dans le fait de compter les moutons nuit après nuit? «La perte de productivité explique la majeure partie des coûts liés à l'insomnie», répond Charles Morin. Il conclut que 76 % des coûts de l'insomnie sont attribuables aux absences et à la perte de productivité au travail. Les coûts annuels indirects associés à l'absentéisme sont évalués à 970 millions $, et la perte de productivité à 5 milliards $. Les personnes atteintes d'insomnie manquent en moyenne de 14 à 20 heures de boulot par période de trois mois. «Mais le présentéisme ne doit pas être sous-estimé», complète le psychologue. En effet, même s'ils sont physiquement présents au travail, les Québécois insomniaques perdent en efficacité. Selon les estimations, la perte de productivité coûte en moyenne de 600 à 1676 $ par insomniaque par tranche de trois mois.
Automédication: l'alcool en tête
Trouvaille la plus étonnante de cette vaste étude, l'alcool arrive en deuxième place du palmarès des conséquence économiques de l'insomnie. Les dépenses totales en alcool représentent 60 % de tous les coûts directs, et 5 % des coûts totaux. Ce sont 28 % des insomniaques légers ou lourds qui utilisent l'alcool pour s'endormir. «On ne s'attendait pas à une aussi grande consommation, s'étonne encore Charles Morin. Beaucoup de gens l'utilisent, car c'est disponible, accessible et moins stigmatisé que la prise de somnifères en prescription.» Mais attention à ceux qui croient aux vertus du petit verre de scotch pour tomber dans les bras de Morphée: les inconvénients supplantent rapidement les vertus du petit verre. «On paie pendant la deuxième moitié de la nuit, explique le chercheur, ça empêche un sommeil profond et réparateur.» À long terme, la tolérance s'installe, «c'est un cercle vicieux», et les risques liés à l'alcoolisme augmentent, surtout chez les personnes déjà à risque. «L'alcool est un dépresseur du système nerveux central. Ce n'est pas une bonne idée à l'heure de se coucher, même en petite quantité», assure-t-il.
Dans l'étude de Statistique Canada menée par Michael Tjepkema, 15 % des grands buveurs mentionnaient souffrir d'insomnie, contre 13 % de ceux qui boivent peu souvent. Est-ce que les insomniaque ont tendance à boire ou est-ce que ce sont les alcooliques qui souffrent de troubles du sommeil? Même si sa méthode ne permettait pas de trancher, l'auteur croit que cette association pourrait provenir d'une automédication prolongée contre les nuits trop courtes. Aussi, une personne sur cinq utilisant le cannabis, mais pas d'autres drogues illégales, rapporte avoir de la difficulté à trouver le sommeil au moins une fois par semaine, contre 13 % des gens qui n'en consomment pas.
Charles Morin considère que les résultats de son équipe confirment que les programmes d'intervention contre l'insomnie devraient gagner en accessibilité. En dehors des somnifères, les approches thérapeutiques liées à la gestion du sommeil ont des répercussions positives, selon son expérience. «Par exemple, le traitement psychothérapeutique peut coûter 500 $. Ça peut sembler cher en comparaison des somnifères puisqu'un comprimé coûte 10 ¢. Mais l'intervention peut sauver 1000 $ par année à la société par personne.» C'est pour cette raison qu'il croit que les employeurs auraient intérêt à participer au traitement de leurs employés.
Les chercheurs de l'Université Laval ont entamé une étude pancanadienne sur 5000 participants pour vérifier ces résultats sur l'ensemble du territoire et pour déterminer les facteurs de risque qui favorisent l'insomnie.
Vos réactions
Bien dormir donne vie à nos rêves - par Francine Clairoux (cococlair@videotron.ca)
Le jeudi 22 janvier 2009 16:00
Prendre soin de soi.. par exemple avec Nightcove de zyken - par Bob Smith
Le vendredi 09 janvier 2009 10:00
la sieste ça fonctionne - par André Michaud
Le jeudi 08 janvier 2009 16:00
Coûts dollars, coûts sociaux - par Cybèle Rioux
Le jeudi 08 janvier 2009 14:00
insomnie et productivité - par audet diane
Le jeudi 08 janvier 2009 13:00
La réponse pour endormir, une commandite du fédéral - par Gilles Bousquet
Le jeudi 08 janvier 2009 12:00
À defaut de médecins disponibles, on se soigne soi-même... - par Sylvie Regan
Le jeudi 08 janvier 2009 11:00
Réhabilitons la sieste! - par Alain Pérusse
Le jeudi 08 janvier 2009 10:00
bullshit - par Normand Chaput
Le jeudi 08 janvier 2009 07:00

