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Brun Bernard
Envoyé Le lundi 05 janvier 2009 16:00



La Ville du massacre fut écrite à la fois en hébreu et en yiddish. C'est un poème réquisitoire
inspiré par le fameux pogrome de Kichinev en 1903. Flétrissant la résignation des victimes,
c'est aussi un appel à la résistance qui devint le credo des groupes d'autodéfense constitués
dés 1905 et de toute la résistance juive.
« Dans le fer, dans l'acier, glacé, dur et muet
Forge un coeur et qu'il soit le tien, homme et viens !
Viens dans la ville du massacre, il te faut voir
Avec tes yeux, éprouver de tes propres mains
Sur les grillages, les piquets, les portes et les murs,
Sur le pavé des rues, sur la pierre et le bois,
L'empreinte brune et desséchée du sang, de la cervelle,
Empreinte de tes frères, de leurs têtes, de leurs gorges.
Il te faut t'égarer au milieu des décombres,
Parmi les murs béants, leurs portes convulsées,
Parmi les poêles défoncés, les moitiés de chambres,
Les pierres noires dénudées, les briques à demi brûlées
Où la hache, le feu, le fer, sauvagement
Ont dansé hier en cadence à leurs noces de sang.
Et rampe parmi les greniers, parmi les toitures crevées,
Regarde bien, regarde à travers chaque brèche d'ombre
Car ce sont là des plaies vives, ouvertes, sombres
Et qui n'attendent plus du monde guérison.
[...]
Tu cours ? Tu fuis vers l'air et la lumière ?
Tu peux fuir, tu peux fuir, le ciel se rit de toi
Et les dards du soleil te crèveront les yeux,
Les acacias fraîchement parés de verdure
Par la senteur des floraisons et du sang t'envenimeront
Et feront pleuvoir sur ton front des plumes et des fleurs,
Dans la rue des débris de verre aux milliers de miroitements
Devant toi danseront leur horrible merveille,
Car de ses douces mains Dieu te fit ce double présent :
Un massacre avec un printemps.
[...]
Il suffit maintenant. Enfuis-toi, homme, enfuis-toi pour toujours
Cours au fond du désert et deviens fou,
Mets en pièce ton âme,
Jette dehors ton coeur pour les chacals,
Laisse ta larme tomber sur les pierres ardentes
Et que ton cri soit englouti par l'ouragan.»

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