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Prédictions conservatrices
L'article survole le phénomène de la réorganisation des modes de production en soulignant que la ligne entre travail et loisir serait de plus en plus flou. Ironique que quelques décennies à peine on annonçait l'avènement de la société des loisirs; qu'une chanson, aujourd'hui plutôt comique, célébrait cette « nouvelle ère » du fait que « les hommes ne travaillent presque plus ». Ici, on donne plutôt raison à Hegel selon qui « le travail rend libre » voyant que le travail est un loisir de plus en plus commun. Internet permet à cette forme de travail-loisir de prendre une toute autre forme. Offrant une matrice pour organiser et diviser le travail entre différents contributeurs à travers le monde, on voit apparaître des produits sophistiqués qui n'auraient pas pu exister à l'extérieur d'un contexte d'entreprise. On n'a qu'à penser à la panoplie de programmes Open-source tels que Linux ou Firefox qui prennent de plus en plus de place. Jusqu'à tout récemment, les fruits de ce mode de production étaient limités au mode ésotérique de l'informatique mais le web 2.0 a démontré cette tendance lourde où le contenu est généré par les utilisateurs mêmes. Le service qu'offrent les grands noms de l'internet aujourd'hui (Facebook, Flickr, Google, Reddit, etc.) est une plateforme d'organisation de l'information, pas un contenu comme le font les médias imprimés. Si on se projette en 2020, je pense que la grande différence est que le mode de production « open-source » se sera propagé dans de nouveaux secteurs : coopératives légales, ONG, recherche, biotechnologie, etc. La question est à savoir si on saura transformer notre mode de propriété intellectuelle adéquatement pour permettre à cette nouvelle forme d'innovation de prendre place ou si les lobbys des institutions présentes préserveront le statut quo?
D'autre part, je crois que l'avenir de l'internet se joue autour d'une tension croissante entre personnalisation et anonymat. D'une part l'internet permettra une grande personnalisation de services adaptés à nos besoins. Par exemple on n'est pas loin de listes d'épiceries adaptés à nos allergies, notre condition de santé, nos objectifs financier et physiques... D'autre part, la transparence quasi absolue qu'exige ce niveau de personnalisation et la fluidité naturelle de l'information laisseront plusieurs de glace face aux merveilles de cette technologie. L'anonymat que nous avaient donné les grandes villes au cours d'un siècle d'urbanisation serait reperdu; on vivrait de nouveau dans un village virtuel, sujet aux ragots des voisins. Facebook en est un bon exemple.
