Le PLC «nouveau»

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Chantal Hébert
Édition du lundi 15 décembre 2008

Mots clés : PLC, Michael Ignatieff, Parti politique, Canada (Pays)

L'arrivée de Michael Ignatieff à la tête du PLC n'est pas le début mais bien l'aboutissement d'un changement de garde au sein de l'aile parlementaire du Parti libéral fédéral. La victoire inattendue de Stéphane Dion au leadership il y a deux ans avait eu pour effet d'occulter ce renouvellement, mais pas d'en briser l'élan.

Parmi les députés libéraux qui siègent actuellement à Ottawa, la moitié ont été élus après le départ de Jean Chrétien, en 2003, et on retrouve à peine une demi-douzaine de la quarantaine de membres du dernier cabinet de l'ancien premier ministre.

Exception faite du chef sortant, de l'incontournable Ralph Goodale et de l'omniprésent Denis Coderre, aucun des députés de premier plan de l'opposition officielle n'était dans le portrait libéral pendant le règne Chrétien. Cette relève comprend six anciens candidats à la succession de Paul Martin, dont Michael Ignatieff.

Le nouveau chef intérimaire du PLC affirme -- et il faut le croire -- qu'il est militant libéral depuis l'époque de Pierre Trudeau. Mais pendant l'essentiel de sa vie adulte, il a milité dans son coeur! Son coming out politique remonte seulement au congrès libéral de 2005.

Bob Rae a été néodémocrate pendant l'essentiel de la période Chrétien. Scott Brison était un député progressiste-conservateur. Il avait même prêté son siège néo-écossais à son chef, Joe Clark, en 2000. Gerard Kennedy siégeait à Queen's Park. On a longtemps cru que, si Ken Dryden se lançait en politique, ce serait sous la bannière progressiste-conservatrice. C'est seulement le printemps dernier que Martha Hall Findlay a fait son entrée au Parlement.

***

Les effets de cette cure de rajeunissement politique ne sont pas seulement cosmétiques. Le regard que plusieurs des nouveaux ténors libéraux posent sur le Canada n'est pas celui de la génération précédente et, surtout, leurs combats ne sont pas les mêmes. On l'a vu ces dernières semaines quand Justin Trudeau est monté aux barricades canadiennes pour défendre le rôle du Bloc québécois dans le projet de coalition de l'opposition.

Aucun député actuel du PLC n'a fait la bataille de Meech. Parmi les membres de ce qui a été son principal trio depuis deux ans, on retrouve seulement des anciens champions de la reconnaissance du caractère distinct du Québec.

Stéphane Dion était, bien sûr, un partisan des accords de Meech. À titre de chef néodémocrate de l'Ontario, Bob Rae avait été l'un de leurs plus éloquents défenseurs hors Québec. L'appui actif de Michael Ignatieff au concept de nation québécoise ne l'aurait pas prédisposé à être un frère d'armes de Clyde Wells.

Sous Stéphane Dion, le PLC s'est progressivement recentré sur des sujets de compétence plus authentiquement fédérale. C'était une question de nécessité budgétaire et politique.

La dernière plate-forme électorale libérale, qui prévoyait qu'un éventuel gouvernement libéral investirait moins pour les garderies et l'assurance-médicaments à l'échelle canadienne que le gouvernement de Jean Charest ne le fait à l'échelle québécoise, a montré que le PLC n'avait plus les moyens de ses instincts de touche-à-tout.

Cela tombe bien pour Michael Ignatieff. Il n'est pas sans savoir que l'approche centralisatrice du PLC est un repoussoir dans l'Ouest canadien et au Québec, les deux régions où il doit impérativement rétablir des ponts entre l'électorat et sa formation.

La vision que se fait l'aile parlementaire libérale des souverainistes québécois a également évolué. Jusqu'à ce que leur parti se retrouve dans l'opposition, les libéraux voyaient le Bloc sous le seul prisme du pouvoir et de leur lutte pour l'unité canadienne. Comme les conservateurs de Stephen Harper avant eux, les libéraux ont découvert un autre visage de la formation de Gilles Duceppe depuis que les deux formations se côtoient dans l'opposition.

Lorsqu'ils étaient ensemble dans l'opposition, conservateurs et bloquistes faisaient régulièrement front commun contre des projets libéraux. Mais les ressemblances entre leurs positions s'arrêtaient là. La dynamique Bloc/PCC s'apparentait davantage aux rares complicités entre le PQ et l'ADQ au cours du récent mandat minoritaire de Jean Charest qu'à une véritable communauté d'idées.

Le terrain commun entre le Parti libéral et le Bloc est nettement plus large.

Si le chef bloquiste a pu signer un pacte de non-agression de 18 mois avec une éventuelle coalition PLC/NPD il y a deux semaines, c'est parce qu'il pouvait raisonnablement s'attendre à ce qu'elle accouche de mesures budgétaires progressistes.

***

Stephen Harper est le principal catalyseur de ce qui ressemble de plus en plus à un mouvement de plaques tectoniques.

Aux Communes, l'idéologie, inédite pour un gouvernement canadien, du régime actuel a pour effet d'oblitérer des différences fondamentales entre les partis d'opposition. Simultanément, le retour en force d'un Parti conservateur fédéral réunifié a «libéré» le PLC d'une clientèle conservatrice accidentelle qui l'avait amené à se déporter progressivement vers la droite.

Le premier ministre provoque également un changement de paradigme dans le dialogue Canada-Québec. Dans le débat sur la culture qui a pris tant de place dans la récente campagne fédérale, libéraux fédéraux et Québécois francophones se sont retrouvés résolument dans le même camp sur une question à saveur identitaire pour la première fois depuis bien longtemps.

Sur le rôle essentiel de la culture dans le rayonnement du Canada et du Québec comme sur la place du Canada dans le monde, l'importance de la lutte contre les changements climatiques, la primauté de la justice sociale sur la justice punitive et bien d'autres, le PLC parle le même langage qu'une majorité de Québécois. À défaut d'être sur la même longueur d'ondes sur la question nationale, les libéraux fédéraux et le Québec francophone sont peut-être en voie de changer de poste.

***

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star


Vos réactions


Pour ou contre la coalition - par Jean Delisle
Le mardi 16 décembre 2008 10:00

Des colonnes et des chroniques... - par André Chénier
Le lundi 15 décembre 2008 16:00

Madame Hart!!! - par Réal Ouellet (real@realo.ca)
Le lundi 15 décembre 2008 15:00

Michael Ignatieff et l'Iraq - par Lucien Maheu
Le lundi 15 décembre 2008 12:00

Michael Ignatieff et l'Iraq - par Lucien Maheu
Le lundi 15 décembre 2008 12:00

Attention au chant des Sirénes libérales ! - par André 67 (andre_lacombe@yahoo.com)
Le lundi 15 décembre 2008 11:00

The Big One - par Pascal Barrette
Le lundi 15 décembre 2008 10:00

Le nouvel Empire multinational du Canadistan - par Zach Gebello
Le lundi 15 décembre 2008 10:00

Mme Kenney, il n'y a rien de redondant dans le Québec francophone - par Linda Hart
Le lundi 15 décembre 2008 09:00

dépassé à souhait - par Laurent Lemieux
Le lundi 15 décembre 2008 08:00

Gilles Duceppe: l'équilibriste renommé! - par Pierre Samuel
Le lundi 15 décembre 2008 08:00

Mouvements des plaques tectoniques - par Serge Grenier (serge.grenier@gmail.com)
Le lundi 15 décembre 2008 08:00

Qébec francophone - par Félix Gauthier (felixgauthier@gmail.com)
Le lundi 15 décembre 2008 07:00

Qui supporte le Trudeau nouveau - par jacques noel
Le lundi 15 décembre 2008 07:00

le québec francophone? redondant! - par Dane Kennedy-Tremblay
Le lundi 15 décembre 2008 02:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?