Médias - Un gratte-ciel qui prend l'eau
Mots clés : Tribune Tower, Économie, Média, États-Unis (pays)
Sur North Michigan Avenue à Chicago, la Tribune Tower est un incontournable pour tous les touristes. Ce gratte-ciel baroque, qui ressemble aux immeubles un peu fous de Gotham City dans les Batman, avait été construit en 1925 à la suite d'un concours international de design patronné par le patron du Chicago Tribune.
Chicago était alors la grande capitale du centre des États-Unis, qui rivalisait avec New York. C'est toujours une des plus grandes villes américaines, une ville superbe, et la Tribune Tower abrite toujours les bureaux du Chicago Tribune. Mais cet immeuble devient maintenant un autre symbole, imprévu: celui de la crise des journaux.
Le groupe Tribune est un des trois ou quatre plus gros groupes de presse aux États-Unis. Il possède plus de 12 journaux dont trois titres majeurs, le Baltimore Sun, le Los Angeles Times (deuxième tirage du pays) et l'historique Chicago Tribune, fondé en 1847 (près de 600 000 exemplaires en semaine et 900 000 le week-end). Il possède plus de 20 stations de télé et est, entre autres, propriétaire des Cubs de Chicago et du mythique stade Wrigley Field, d'ailleurs mis en vente il y a plusieurs mois.
Avec une dette dépassant 13 milliards, le groupe s'est mis sous la protection de la loi sur la faillite la semaine dernière. À venir: restructuration et licenciements massifs.
La même semaine, le New York Times, qui a deux lignes de crédit bancaire de 400 millions chacune, et dont l'une vient à échéance au printemps prochain, a été obligé de prendre une hypothèque de 225 millions sur son immeuble de la 8e Avenue pour maintenir son crédit.
Changement et crise
Les problèmes du groupe Tribune, lequel a été racheté il y a deux ans par le milliardaire Samuel Zell, se résument en une phrase, qui s'applique aussi au New York Times: les changements majeurs dans le monde des journaux (baisse constante du tirage sans aucun signe de remontée et déplacement des lecteurs vers Internet), et la crise du crédit aux États-Unis.
En 2008, environ 30 000 postes ont été abolis dans les médias américains. Après la crise du groupe Tribune, le webmagazine Editor & Publisher passait en revue ces derniers jours tous les autres groupes de presse, en tentant de prédire les prochaines crises. Curieusement, le groupe le plus puissant, Gannett Co., propriétaire du USA Today, semble le moins menacé. Pour le reste, les nuages sombres s'accumulent.
Le Miami Herald, qui est d'ailleurs à vendre, mentionnait que la publicité dans les quotidiens des grandes villes provient surtout de trois grands secteurs de l'économie, l'automobile, l'immobilier et l'emploi qui, quel hasard, sont particulièrement en crise pour quelques années.
Le site Internet Politico.com a obtenu la semaine dernière une note de l'éditrice du Washington Post, autre journal majeur aux États-Unis, écrite à la suite d'une réunion de stratégie avec la haute direction du journal.
La note de cette dame, Katharine Weymouth, est fort intéressante à lire. L'éditrice explique que tous les efforts qui sont faits pour augmenter les activités sur Internet n'arrivent pas à couvrir les pertes de revenus de l'imprimé.
Vers les marchés locaux
Mme Weymouth tente de définir les grandes lignes de son journal pour les prochains mois: il faut rester le grand journal de la ville, offrir une forte couverture en nouvelles, en enquêtes, en analyses d'experts, en commentaires bien informés. Mais, ajoute-t-elle, il faut être plus proche des besoins des lecteurs locaux et «étendre notre marque à de nouveaux produits et de nouvelles plates-formes». Le site Internet du Post doit être «un lieu incontournable pour les informations locales» comme l'entertainment, la météo, la circulation, les emplois, l'immobilier, les petites annonces.
«Il faut développer de nouveaux services pour diversifier le modèle d'affaires et élargir notre base de revenus», ajoute-t-elle, évoquant comme services possibles les «conférences d'affaires» et le contenu spécialisé payant pour clientèle d'affaires.
Elle écrit également cette phrase lourde de sens: «Nous devons nous concentrer sur ce que le consommateur indique qu'il veut et mettre moins l'accent sur ce nous pensons être important.»
Pour ceux qui croient que la crise des journaux ne nous concerne pas encore, de mauvaises surprises s'en viennent. La Presse Affaires publiait la semaine dernière un tableau de ZenithOptimedia, qui prévoit que l'année 2008 se terminera avec une diminution de 2,8 % des investissements publicitaires dans les journaux au Canada et de 3,1 % en 2009. Diminution prévue également dans les magazines et à la télévision. Par contre, il est prévu une augmentation de 6,5 % cette année de la publicité à la radio et de moins de 1 % l'année prochaine.
Et sur Internet? Augmentation prévue de 21 % en 2008 et de 20 % en 2009.
C'est dans ce contexte que le journal québécois au plus fort tirage, Le Journal de Montréal, s'apprête à vivre un conflit de travail majeur aux conséquences imprévisibles.
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pcauchon@ledevoir.com
Vos réactions
désolé mais nous ne sommes pas si cons - par Normand Chaput
Le lundi 15 décembre 2008 08:00
Internet - Autre vision - par Marc Lapointe (marc_lapointe@xplornet.com)
Le lundi 15 décembre 2008 07:00
internet - par Yvon Roy
Le lundi 15 décembre 2008 05:00

