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La tour de Babel

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Pascal Barrette
Envoyé Le dimanche 14 décembre 2008 18:00



Le commentaire du professeur Denis Blondin est très pertinent. S'il est vrai que nos investissements matériels, qui tentent de nous définir par rapport aux autres, comportent une dimension culturelle symbolique, ce qui caractérise notre époque est non pas sa démesure, Versailles et le Vatican étaient là bien avant nous, mais qu'elle a atteint sa limite extrême. Comme le démontre le texte de Mélanie, il n'y aura bientôt plus d'arbres sur notre planète pour transporter nos méga-totems.

Le professeur Blondin le sait mieux que moi, une des interprétations de la disparition des habitants de l'Île de Pâques serait qu'ils n'étaient pas regroupés en une seule tribu mais en quelques unes qui se faisaient concurrence dans des démonstrations de force du genre «mon dieu est plus grand que le tien» ou «mon dieu est le seul vrai dieu». C'est cette dynamique qui fut à l'origine des guerres de religions partout dans le monde. Aujourd'hui plus triviale, on retrouve cette même dynamique dans les guerres économiques du genre «mon gadget est plus micro que le tien» ou «ma tour est plus grande que la tienne». La tour du CN vient de se faire damer le pion, voyez que même le langage courant a une structure guerrière, par la tour de Dubaï actuellement en construction. Celle-ci va atteindre les 160 étages. Du délire de mégalomanes. Pas étonnant que cette tour soit construite sous l'égide des rois de l'or noir. Une des interprétations de la Tour de Babel voudrait qu'elle se voulut une explication de la multiplicité des langues et des peuples. Dieu, pour punir les hommes de leur volonté de puissance, réalité exprimée par Nietzsche bien avant l'heure, aurait confondu leur langage. Le mythe pourrait être inversé et prendre aujourd'hui une toute autre dimension. La tour la plus haute serait la démonstration qu'il n'y a qu'une seule langue universelle, le pouvoir suprême conféré par l'argent dans ce qu'il a de plus extravagant, argent venu en l'occurrence de l'extirpation sauvage des tréfonds de la terre.

Pour revenir plus près de nous, aux tours arrogantes je préfère le pilier sacré de la coupe Stanley devant laquelle je me suis fait photographier cet après-midi à l'Hôtel de ville d'Ottawa. Le sport est une forme d'activité rassembleuse moins apocalyptique que la rapine des ressources non renouvelables, même si lui aussi connaît sa démesure comme les salaires pantagruéliques des joueurs. Je pense aussi aux arts, aux festivals de jazz, de l'humour, des musiques classiques ou sacrées, des musiques traditionnelles, aux Cirques du soleil et Éloïse, aux rassemblements culturels de tout genre dont le plus beau et le plus récent fut celui des Olympique à Pékin.

La démesure porte en elle-même sa propre chûte, sa propre extermination, son propre écroulement. Qui aurait pensé que GM puisse un jour faire faillite? J'ai confiance que la nouvelle génération dont Mélanie porte le noble flambeau saura refaire repousser les fleurs sur les tarmacs d'aéroports militaires abandonnés et y construire de petites maisons et jardins pour tous les enfants du monde.

Pascal Barrette
Ottawa

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