Audiences publiques concernant un projet hydroélectrique sur la Romaine - Le BAPE doit gagner en indépendance, plaide Nature Québec

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du vendredi 12 décembre 2008

Mots clés : Nature Québec, BAPE, Audience publique, Québec (province)

Le projet de construire quatre centrales hydroélectriques sur la rivière Romaine, sur la Basse-Côte-Nord, doit être impérativement rejeté parce qu'il va trop altérer, et de façon irréversible, le régime hydrique du golfe Saint-Laurent aux dépens de ses espèces vivantes, sans parler de ces impacts sur le parc national de l'archipel Mingan, créé pour protéger un écosystème unique.

Telles sont les conclusions que tire Nature Québec dans son mémoire devant le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE), sur la foi des conclusions de plusieurs chercheurs. Le groupe environnemental estime d'ailleurs que la société d'État a amputé, avec la complicité active du ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, le débat public sur ce projet en omettant de fournir des informations de base sur ses impacts cumulatifs et en biaisant l'analyse qu'elle tire de ses propres données.

D'autre part, Nature Québec soulève explicitement la question de l'indépendance du BAPE dans son mémoire. Elle y estime que l'organisme responsable du débat public se fait complice des promoteurs et du gouvernement lorsque celui-ci assume ce rôle quand il ne récuse pas les mandats sur des projets dont l'évaluation est incomplète.

C'est ainsi que Nature Québec recommande au BAPE de faire «preuve de davantage d'indépendance face au gouvernement et au promoteur en refusant d'examiner des études» incomplètes, des études sans bilan des impacts cumulatifs et sans examen de solutions de rechange de moindre impact, comme on l'exigeait dans le passé et comme cela se fait ailleurs sur la planète. Les commissaires du projet Romaine sont aussi invités à recommander des modifications législatives pour améliorer l'indépendance de cet organisme face au gouvernement en faisant en sorte que son président soit nommé par l'Assemblée nationale et ses commissaires par un processus transparent garant de leur indépendance. Nature Québec demande aussi aux commissaires de recommander que la loi interdise à quiconque de signer des ententes d'appui à des promoteurs tant que l'évaluation publique des projets n'a pas été complétée.

Le mémoire du groupe environnemental estime que 90 % des eaux douces qui atteignent le Saint-Laurent y sont désormais déversées en dehors des cycles naturels dont les espèces ont besoin pour se reproduire et s'alimenter. Et ce sont les barrages et la production d'électricité qui sont à l'origine de cette modification déterminante, jamais évaluée globalement par Hydro-Québec, qui pourrait expliquer le déclin de plusieurs espèces du golfe.

Les seuls apports en eau douce des rivières de la Côte-Nord représentent 21 % des apports totaux dans l'estuaire et correspondent à 30,7 % du débit du fleuve à la hauteur de Québec, ce qui illustre leur importance. Or la surpêche, les basses températures liées aux apports du Labrador, la mauvaise alimentation des poissons et des grands mammifères marins faute de capelans et en raison de la prédation croissante par les phoques, aggravent une situation déjà critique en raison de l'anoxie des fonds du golfe et de la diminution du couvert de glaces hivernal.

Non seulement ces stress en nombre et en intensité croissantes ont réduit les variations saisonnières qui réglaient les cycles naturels, mais un projet important comme celui de la Romaine va intensifier le problème.

Comme Hydro-Québec a mal évalué ces aspects cumulatifs, le rejet du complexe projeté sur la Romaine et d'autres projets similaires est devenu impératif, selon Nature Québec. Le groupe propose de remplacer les 8 TWh d'énergie qu'on prévoit en tirer par 20 autres TWh qu'on pourrait plutôt obtenir annuellement par une gestion plus serrée de la demande en électricité et des économies d'énergie, par un programme majeur de géothermie, par une production d'énergie éolienne portée à 15 % de la puissance hydroélectrique installée, par une amélioration de la performance énergétique des bâtiments et un inventaire du potentiel des grands cours d'eau «déjà» aménagés. Nature Québec demande aussi l'abrogation de la loi 116 de 2000 pour que la production d'Hydro-Québec soit assujettie désormais à la Régie de l'énergie dans une logique de planification intégrée des ressources.


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