L'art du discours de victoire... ou de défaite

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Stéphane Baillargeon
Édition du lundi 08 décembre 2008

Mots clés : politiciens, discours, Parti politique, Élection, Québec (province)

Après le verdict, les politiciens cherchent moins à convaincre ou à dévoiler qu'à faire accepter les résultats

Le verdict tombera dans quelques heures, en fin de journée. Il y aura un gagnant (ou une gagnante) et des perdants à qui le pouvoir aura échappé. Même le second ne sera finalement que le premier des derniers...

Quand on accepte de jouer ce cruel jeu électoral, implacable et souvent imprévisible, il faut se préparer à toutes les possibilités. Il faut donc envisager la douce victoire comme l'amère défaite et préparer un discours en conséquence.

«En fait, dans l'élection qui s'achève, il y a plutôt trois hypothèses sérieuses en perspective, corrige le professeur Bernard Motulsky, spécialiste du discours public. Chacun des protagonistes devra se situer par rapport à la victoire, à la défaite ou à l'éventualité d'un gouvernement minoritaire. Il faudra pour chacun envisager ces différents scénarios et livrer un discours adéquat.»

Le professeur Motulsky occupe la chaire de relations publiques et communication marketing de l'UQAM. Il vient de publier avec le journaliste René Vézina le livre Comment parler aux médias (Les Éditions Transcontinental). Il a aussi travaillé comme rédacteur de discours.

«C'est l'évidence, mais un bon discours a un début, un milieu et une fin, avec des moments forts, ceux qui comptent le plus, placés au milieu et à la fin, poursuit le spécialiste. Ensuite, pendant le discours, il faut être capable de trouver deux ou trois moments ou éléments plus forts que le reste pour attirer l'attention des gens sur place, mais aussi pour permettre aux médias de relayer ces idées phares.»

L'art du bien parler pour persuader passionne l'occident depuis la lointaine Antiquité. Les rhétoriciens classiques ramenaient déjà le noeud du discours à une structure simple allant de l'introduction à la conclusion en passant par l'exposé des motifs (narratio) et des preuves (probatio) mais aussi par la critique des arguments adverses (refutatio). Le discours comme tel peut puiser à une multitude de figures de style, notamment la métaphore, l'euphémisme, la redondance, la comparaison, la circonvolution et même l'antonomase (du genre: «M. X est un Tartuffe»).

Le discours de soirée électorale doit aussi livrer un message fort, mais d'un type particulier, puisqu'il concerne le commentaire d'un événement à chaud. Il cherche donc moins à convaincre ou à dévoiler qu'à faire accepter les résultats. «Il n'y a pas d'annonce à faire ou de chiffres à annoncer, résume le spécialiste. On est sur le vif et on a plutôt envie de quelqu'un qui sache canaliser nos émotions. Au fond, le discours sert à faire accepter la défaite ou la victoire, deux situations qui suscitent des émotions fortes, intenses et peu banales. Ce moment sert de catharsis.»

Barack Obama et John McCain ont livré de parfaits exemples à suivre le soir des récentes élections américaines, note le professeur Motulsky. Après voir férocement croisé le fer pendant des mois, les deux politiciens ont tous deux lancé de vibrants appels à l'unité nationale devant l'immense tâche à accomplir. La fameuse petite phrase de Jacques Parizeau au dernier référendum attribuant la défaite des souverainistes à «l'argent et à des votes ethniques» concentre un contre-exemple à ne pas imiter.

En général, les rédacteurs préparent deux ou trois versions du texte à livrer. «Certaines généralités peuvent être rédigées un peu d'avance, mais, en général, il faut attendre le résultat final pour peaufiner le texte», explique le professeur.

Et encore. Il faut aussi que ce texte prenne forme, que les mots soient dits. Là encore, la rhétorique classique démêle très bien les enjeux, en différenciant l'elocutio (le style, les sons, les rythmes) de l'actio, se rapportant aux effets de corps, au geste et aux prononciations appropriés, comme le ferait un «acteur» jouant le texte.

«Je peux vous dire qu'un bon orateur apporte toujours des modifications au texte après l'avoir lu et répété, dit l'ancien rédacteur de discours. Quand un orateur ne modifiait pas un des mes textes, je m'inquiétais. C'est tout simple: on ne peut pas arriver à exprimer parfaitement ce que quelqu'un d'autre veut et va dire. Même quand on se connaît bien, et à plus forte raison quand les émotions se retrouvent à fleur de peau.»


Vos réactions


@ M.mervin - par Paul Lafrance
Le lundi 08 décembre 2008 20:00

Monsieur Merven - par marthe pouliot -duval (marmiduve@yahoo.ca)
Le lundi 08 décembre 2008 09:00

J'espère que La Marois... - par Etienne Merven
Le lundi 08 décembre 2008 08:00

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