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Le financement public des partis ruine la démocratie

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Pierre-Yves Pau
Envoyé Le lundi 01 décembre 2008 11:00



Les subventions aux partis politiques ont un effet pervers, celui de fragmenter le vote entre un nombre excessif d'organisations. C'est ce qui rend le Canada ingouvernable depuis plusieurs années, aucun parti n'étant en mesure d'obtenir une majorité à la Chambre des Communes.
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Le plus ironique, c'est que cette situation a été créée par nul autre que Jean Chrétien lui-même; sans doute espérait t'il qu'ainsi le Parti Libéral pourrait continuer à se financer et à s'accrocher au pouvoir en engrangeant juste assez de votes pour payer les factures. Cette stratégie pouvait fonctionner tant que les Conservateurs étaient divisés, mais elle a fini par se retourner contre le PLC.
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Le Bloc est cas d'école de cet effet pervers; mais on peut aussi estimer que le NPD est essentiellement un groupe de pression en faveur des syndicats, et de leurs plans de pension. C'est un retour aux partis corporatistes des 18ieme et 19ieme siècles, et c'est malsain pour la démocratie.
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Le soutien aux idées doit aller au-delà d'un simple vote pour le parti qui les défend. Il importe également de se montrer prêt à donner son temps et son argent pour vendre ses idées aux autres. C'est facile de voter pour un parti au service d'un groupe d'intérêts, si cela signifie un subside automatique pour ce parti; mais ce qui démontre un véritable engagement, c'est d'être prêt à sortir sur la rue pour convaincre les gens.
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Il est trop facile pour le Bloc d'encaisser l'argent des contribuables, sans aucun autre effort que de faire mousser des controverses démagogiques; et le financement public des partis favorise la multiplication d'organisations défendant des causes très similaires, comme par exemple le Bloc et le NPD. La politique est en danger de devenir une business, et seulement une business.
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Pour convaincre de la justesse de ce que l'on prêche, il faut être disposé à sacrifier temps et argent pour les vendre à ses concitoyens; ou comme disent les anglophones, 'put your money where your mouth is'.
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Par conséquent, si les séparatistes veulent leur parti à Ottawa, il devraient avoir à lever des fonds pour lui; si le NPD veut promouvoir le socialisme, il faut qu'il ait à démontrer pour quelles raisons le socialisme est une chose si merveilleuse. Si les Libéraux veulent gouverner la Confédération, qu'ils nous prouvent donc qu'ils feraient une meilleure job que les Conservateurs.
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Et pour cela, chacun de ses partis devrait avoir à dépasser les préoccupations particulières des groupes d'intérêts particuliers pour qui ils roulent, ou à tout le moins aurait à expliquer clairement pourquoi ce qui est bon pour ces groupes d'intérêts est également bon pour le pays : c'est ce que le PLC, il fut un temps, réussissait à faire, mais ce n'est plus le cas.
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Obama a montré qu'il était possible de financer une campagne sur des idées. Le Canada est au bord d'une dangereuse ligne de faille, ou d'un côté nous avons des groupes relativement protégés avec des droits acquis - principalement des Baby-Boomers du secteur public -, et de l'autre des travailleurs, jeunes en majorité, qui ne savent même pas s'il pourront encore prendre une retraite méritée lorsque le temps en sera venu. Cette faille déchirerait le pays beaucoup plus surement que Gilles Duceppe ne pourra jamais le faire; qui plus est, elle détruira aussi, les mêmes causes produisant les mêmes effets, le Québec lui-même.
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Il est de l'intérêt de tous, Québécois comme Canadiens, d'éviter ce piège. Pour cela, nous avons besoin d'idées nouvelles et fortes, qui puisse créer un nécéssaire consensus. Malheureusement, le financement public des partis politiques rend facultative la recherche de ce consensus.
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Les citoyens n'ouvrent pas leur porte-monnaie pour le parti qu'ils soutiennent, quand bien-même ils trouvent de l'argent pour s'acheter une télé à écran plat ou des gadgets électroniques dispendieux. Et par conséquent, renflouer les partis devient 'la responsabilité de l'État'.
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Certes, les partis politiques sont l'infrastructure de la démocratie, mais son âme, c'est l'implication des citoyens dans le processus politique. Les dons privés font partie intégrante de cette implication : le jour ou un parti fera un véritable effort pour présenter une plate-forme politique fiscalement conservatrice, et socialement progressiste, il aura mon vote ET mon argent.

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