Il va y avoir du sport
Mots clés : Récession, crise financière, Sport, Économie, États-Unis (pays), Canada (Pays)
Les grandes ligues sont-elles à l'abri de la récession ?

Photo: Agence Reuters
De toute époque, les sports professionnels ont été considérés comme l'un des secteurs d'activité les plus imperméables aux soubresauts économiques. Il s'agit d'ailleurs d'un paradoxe intéressant: certes, on a affaire à une industrie du divertissement, de l'accessoire, et lorsque les temps sont durs, il est logique que le dollar-loisir recule dans les priorités du consommateur et vienne très loin derrière les éléments essentiels: nourriture, logement, carburant hors de prix. En revanche, quand ça va mal partout, l'individu ressent plus que jamais le besoin de se changer les idées et, ça tombe bien, le sport s'en charge à merveille... Aussi celui-ci s'est-il toujours plutôt bien tiré d'affaire au coeur des crises qui mettaient à mal bien d'autres pans de l'économie. Cette fois, cependant, la situation pourrait être différente. Car le sport a beaucoup, beaucoup changé.
Les salaires
Si on remonte quelques décennies en arrière, on trouve des circuits sportifs où les salaires étaient un peu plus comparables à ceux de la population en général et dont les revenus étaient pour l'essentiel assurés par la vente de billets à prix raisonnable, que l'amateur pouvait (et voulait, pour se changer les idées justement) continuer de s'offrir. Mais depuis une vingtaine d'années, une spirale à peu près incontrôlable s'est fait jour, qui a complètement modifié la donne. Pour toutes sortes de raisons, les salaires ont connu une hausse astronomique, ce qui a forcé les clubs à augmenter leurs revenus de façon draconienne. Afin d'augmenter ces revenus, ils ont fait construire -- souvent avec l'injection de fonds publics --de nouveaux stades, toujours plus grands et désormais dotés de loges luxueuses à l'intention des entreprises. Le prix des tickets a augmenté, éloignant l'amateur moyen et donnant une place de plus en plus importante à la classe aisée. La télévision est là depuis longtemps, mais son rôle s'est lourdement accentué, notamment avec l'avènement des chaînes spécialisées.
En somme, en Amérique du Nord du moins, le sport brasse du très gros fric et doit plus que jamais compter sur le soutien des grosses fortunes, individuelles ou entrepreneuriales, dont plusieurs sont touchées par le branle-bas qui s'annonce. Mais qu'arrivera-t-il si un jour ces fortunes n'en sont plus?
Pour le moment, les grandes ligues, à l'exception notoire de la Ligue nationale de hockey, sont relativement bien protégées par les lucratives ententes télévisuelles à long terme dont elles disposent. Mais si ces contrats rapportent tellement, c'est que les réseaux de télévision croyaient pouvoir remplir leurs cases publicitaires à fort prix. Si les gros annonceurs comme General Motors s'en vont, que se produira-t-il? Car il est difficile de justifier devant les actionnaires ou le personnel d'investir dans la publicité quand les clients potentiels n'ont pas d'argent, quand les titres chutent et que des milliers d'emplois sont perdus. De même, si les annonceurs n'annoncent plus, ils ne renouvelleront certainement pas la location de leur loge...
Essoufflement
Ce qui ne signifie pas qu'on ne voit pas déjà des signes d'essoufflement. Pour la première fois en cinq ans, les assistances aux matchs des ligues majeures de baseball ont diminué en 2008, de 1 %. L'Association nationale de basketball a procédé à une réduction de 9 % de ses effectifs récemment. La Ligue nationale de football a ordonné à ses équipes de réduire d'au moins 10 % le prix des billets pour leurs matchs de séries éliminatoires. Et presque tous les dirigeants de ligues ou de clubs ont convenu qu'une ère pénible s'ouvrait, dont les effets sont toutefois encore inconnus et qui seront déterminés par l'ampleur de la crise.
Autre indice qui ne trompe pas: StubHub, le site Web de revente de billets de sports et de spectacles. Cette année, le prix moyen de revente y a diminué de moitié, et il n'est plus rare de voir des tickets proposés en dessous du coût original.
Dans la LNH, qui ne dispose pas d'un contrat de télévision digne de ce nom aux États-Unis, la situation pourrait être dramatique. Le cas des Red Wings de Detroit a été fréquemment évoqué ces derniers jours: bien que champions en titre, ils n'arrivent plus à remplir leur amphithéâtre. La ville de l'automobile est sans nul doute la plus sévèrement malmenée au pays. Des billets à neuf dollars sont offerts, et d'improbables rumeurs d'un déménagement de l'équipe ont même commencé à circuler.
Et si les organisations sont passées à tabac, il faudra bien que les joueurs écopent aussi à un moment donné. Bien sûr, dans un avenir prévisible, on continuera de voir des vedettes décrocher des ententes insensées. Mais celles-ci pourraient être l'arbre qui cache la forêt: c'est le salaire médian qui baissera (il a d'ailleurs déjà commencé à le faire). Les plus riches seront encore plus riches, et les moins plus riches seront plus moins riches.
On a souvent accusé le sport professionnel, ces dernières années, de vivre au-dessus de ses moyens. Finalement, on constate que c'était peut-être le cas de l'Occident au complet. Les prochains mois seront éloquents et, selon toute probabilité, il va y en avoir, du sport. Reste à voir combien de gens seront présents pour le regarder.
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