Lettres francophones - L'Afrique et ses fantômes pour le prix Renaudot
Mots clés : Tierno Monénembo, Le roi de Kahel, Renaudot, Prix, Livre, Afrique (Région)

Photo: Agence France-Presse
Le portrait caricatural que dresse tout d'abord le romancier d'Olivier de Sanderval est toutefois atténué par le soin qu'il prend à situer son action dans le contexte de son époque et de la relier à une forme d'humanisme mystique: «Son éducation, son tempérament, tout le préparait à vibrer aux passions de son siècle: les idées, les sciences, les grands voyages. Il avait été pétri avec un mental de pionnier, dans un siècle de pionniers! Sa vie, il l'avait envisagée très tôt comme un escalier raide tendu vers les exploits. Les héros avaient leur légende, sa quête obstinée de la grandeur et de la plénitude aurait son livre. Et ce livre s'appellerait L'Absolu, la somme de ses pensées, le point fusionnel de tous les parallèles: l'idée et la vie, le réel et le vide, l'être et le bon Dieu.»
Olivier de Sanderval retournera cinq fois en Afrique. Au cours de ses périples, il côtoiera plusieurs fois la mort et sera sauvé in extremis, lors d'un affrontement, par un déguisement d'opéra qui lui permettra de faire croire qu'il est le neveu du roi de France. À un autre moment, son interprète le tirera d'un mauvais pas en traduisant exactement le contraire de ce qu'il venait de dire. Il ne renoncera pas à son désir de «doublement civiliser ces terres» en offrant «le chemin de fer pour l'économie et l'art lyrique pour les moeurs», mais il deviendra l'ami des Peuls et se fera donner le royaume de Kahel, un plateau du Fouta Djalon, ce qui lui permettra de faire émettre des pièces de monnaie à son effigie. Il apprendra surtout à respecter ces êtres mystérieux et imprévisibles et, afin de «prendre pied dans ce pays paradoxal», à «se dépouiller de son froc de touriste et d'explorateur pour plonger corps et âme dans le monde trouble des Peuls, [afin de] saisir les nuances et les subtilités de ce peuple insondable, sublime et inquiétant». Il restera malgré tout un Européen marqué par sa propre éducation et incapable de penser l'altérité autrement que par référence au connu. En témoignent ses Carnets, dont voici un extrait éloquent: «Ces grands bois seraient agréables à parcourir par des routes bien tracées, à l'ombre sous les orangers et en intelligente compagnie.» Reconnu par certains Peuls comme l'un des leurs, Olivier de Sanderval sera, vers la fin de sa vie, abandonné par les membres de la société coloniale française établie au Fouta Djalon.
Olivier de Sanderval retournera cinq fois en Afrique. Au cours de ses périples, il côtoiera plusieurs fois la mort et sera sauvé in extremis, lors d'un affrontement, par un déguisement d'opéra qui lui permettra de faire croire qu'il est le neveu du roi de France. À un autre moment, son interprète le tirera d'un mauvais pas en traduisant exactement le contraire de ce qu'il venait de dire. Il ne renoncera pas à son désir de «doublement civiliser ces terres» en offrant «le chemin de fer pour l'économie et l'art lyrique pour les moeurs», mais il deviendra l'ami des Peuls et se fera donner le royaume de Kahel, un plateau du Fouta Djalon, ce qui lui permettra de faire émettre des pièces de monnaie à son effigie. Il apprendra surtout à respecter ces êtres mystérieux et imprévisibles et, afin de «prendre pied dans ce pays paradoxal», à «se dépouiller de son froc de touriste et d'explorateur pour plonger corps et âme dans le monde trouble des Peuls, [afin de] saisir les nuances et les subtilités de ce peuple insondable, sublime et inquiétant». Il restera malgré tout un Européen marqué par sa propre éducation et incapable de penser l'altérité autrement que par référence au connu. En témoignent ses Carnets, dont voici un extrait éloquent: «Ces grands bois seraient agréables à parcourir par des routes bien tracées, à l'ombre sous les orangers et en intelligente compagnie.» Reconnu par certains Peuls comme l'un des leurs, Olivier de Sanderval sera, vers la fin de sa vie, abandonné par les membres de la société coloniale française établie au Fouta Djalon.
Le Roi de Kahel renvoie à la dimension burlesque aussi bien que tragique de l'histoire coloniale, une histoire dont la violence était le plus souvent déguisée en épopée civilisatrice. On ne peut que louer le jury du prix Renaudot d'avoir su reconnaître la maîtrise avec laquelle Tierno Monénembo, sans complaisance mais avec un humour malicieux, a brossé cette fresque d'une époque que l'on souhaite révolue.
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Collaboratrice du Devoir
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Le roi de Kahel
Tierno Monénembo
Le Seuil
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