La vraie campagne commence
Mots clés : Mario Dumont, Pauline Marois, Jean Charest, Parti politique, Élection, Québec (province)

Photo: Jacques Nadeau
Devant quelque 300 étudiants de l'Université de Montréal, Pauline Marois avait repris la formule employée par le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qui cherchait à empêcher les conservateurs d'obtenir une majorité lors des dernières élections fédérales. «Jean Charest, il va me trouver sur son chemin», a lancé Mme Marois. Ce clin d'oeil au chef du Bloc était bien involontaire, a-t-elle précisé dans l'après-midi. «Je ne veux pas dire [aux électeurs] que vous avez besoin d'un gouvernement minoritaire. Vous avez besoin d'un gouvernement majoritaire, et moi je suis prête à exercer la fonction.»
En soirée à Montréal, Pauline Marois participait au rassemblement péquiste le plus imposant depuis le début de la campagne électorale. Une foule enthousiaste de 700 personnes, dont Gilles Duceppe, Jacques Parizeau et les candidats de la région de Montréal, l'a accueillie au théâtre Telus. La comédienne Sylvie Léonard a présenté la chef péquiste, puis Claude Dubois a chanté cinq de ses succès dont Femme de rêve qu'il a dédié à Mme Marois.
Dans son discours Pauline Marois s'en est tenue à proposer de «gouverner en souverainiste». Elle s'en est pris à Jean Charest qui a «renoncé à demander des changements profonds au Canada pour le Québec», ce qui signifie, selon elle, «que l'option fédéraliste n'a plus aucun espoir à offrir aux Québécois».
Devant les étudiants de l'Université de Montréal, Pauline Marois s'est livrée à un vibrant plaidoyer en faveur de la souveraineté, ne se contentant plus que d'une simple mention à la fin d'une allocution. «Au fond, la souveraineté, ce n'est pas compliqué: c'est se donner les moyens normaux d'un peuple normal», a fait valoir Mme Marois, des mots qui rappellent une formule chère à René Lévesque. Pauline Marois a lancé un appel à la mobilisation. «Est-ce que nous avons le droit de nous laisser aller au découragement, à l'abstention?», a-t-elle demandé à l'auditoire, qui a répondu par un non bien net. La chef péquiste a accusé Jean Charest de profiter du cynisme que manifeste la population pour obtenir un troisième mandat majoritaire. «Le plus grand obstacle au développement du Québec, ce n'est pas le Parti libéral, c'est le cynisme», a-t-elle dit.
«Détachons les mains du Québec»
En soirée, M. Charest a participé à son plus important rassemblement de la campagne au Centre des congrès le Parc, à Laval, où 1500 libéraux en liesse l'attendaient.
Plus tôt dans la journée, il avait souligné au crayon gras un «aveu» selon lui révélateur fait par Pauline Marois mardi: «J'ai les mains attachées avec le mouvement souverainiste.» Cela empêcherait selon lui la chef péquiste de proposer un «plan économique cohérent». Jean Charest a clamé qu'en revanche, lui avait les «mains libres»: «Moi, je peux vous dire, comme premier ministre du Québec, que j'ai les mains libres, et vous en avez eu une démonstration dans la dernière campagne fédérale. Je suis le seul des trois chefs capable de parler au nom de tous les Québécois, sur tous les enjeux.»
D'une part, donc, Mme Marois serait prisonnière du Bloc et d'autre part, Mario Dumont «a décidé de s'attacher au Parti conservateur fédéral». Selon M. Charest, cette allégeance a conduit le chef adéquiste à se taire durant la dernière campagne électorale fédérale et à abdiquer sur nombre d'enjeux, tels la culture, le développement régional, la réforme de la Chambre des communes, du Sénat et la Commission des valeurs mobilières, qui auraient pu le mettre dans une position délicate devant le parti de Stephen Harper. «Comme son discours de Toronto. Comme son silence à Rivière-du-Loup. Comme son silence partout», a déclaré le chef libéral.
En soirée, au terme d'un discours où il a insisté sur le rêve qu'il entend proposer aux Québécois d'un nouvel espace économique, il a conclut en réinterprétant la déclaration de la chef péquiste. «Mme Marois nous dit dans le [...] débat d'hier: [...] j'ai les mains attachées par le mouvement de la souveraineté», a-t-il d'abord rappelé. Puis, il a enchaîné en disant «le choix que je vous propose est le suivant : détachons-nous les mains au Québec. Enlevons les menottes que Mme Marois a d'attachées à ses mains. Rien n'est encore joué du Québec pour construire un nouvel espace économique.» L'attaché de presse Hugo D'Amours a précisé par la suite ce que le chef libéral voulait dir : d'une part, les Québécois ont le choix entre un chef de parti qui a les «mains attachées» et un autre qui a les «mains libres». Il faudrait aussi voir dans la déclaration une allusion au gouvernement majoritaire: «on ne s'est jamais caché pour dire que c'est ce qu'on voulait», a dit M. D'Amours.
Au même moment, à Montréal, Pauline Marois ridiculisait le chef libéral qui s'étonne de «la solidarité souverainiste» et qui soutient qu'il a «les mains libres» devant Ottawa. «Venant de Capitaine Canada, ça ne fait pas très sérieux!», a-t-elle raillé, ajoutant que le chef libéral avait plutôt «les deux genoux par terre» devant le fédéral.
Le ciment n'a pas pris
Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, est apparu requinqué par sa performance au débat. Il a lancé un appel aux électeurs qui ont voté pour lui en 2007 afin qu'ils renouvellent ce choix le 8 décembre. Et pour stimuler sa campagne, le chef adéquiste a décidé de tout reprendre du début: le jour 1 de la campagne, c'était hier, a-t-il dit. Le reste n'était qu'un apéro précédent les choses sérieuses.
Encouragé mais réaliste, le chef adéquiste croit que le ciment de l'opinion public n'est pas encore pris. On vient à peine de «mélanger l'eau et les ingrédients secs», a-t-il illustré hier. «Les premières réactions [au débat] m'indiquent que l'opinion publique se questionne et qu'il y a des choses qui sont en ébullition. Beaucoup d'électeurs sont entrés en campagne [seulement] hier», a estimé M. Dumont, qui refuse de baisser les bras devant des sondages prédisant plus ou moins l'extinction de son parti, à 12 % des intentions de vote.
Selon le chef adéquiste, le débat de mardi lui a permis de compléter le casse-tête de sa plateforme. «Les gens peuvent être d'accord ou pas avec nos idées, mais il y a une vision claire et différente. Les morceaux des casse-tête péquiste et libéral sont pas mal tous de la même couleur. C'est pour ça que ce débat était très, très important [pour permettre de comparer].» Espérant profiter d'un second souffle, Mario Dumont n'entend pas pour autant changer de stratégie de campagne. «On a présenté notre vision, on va continuer à le faire, on va garder l'intensité.»
Il faut que les gens voient le «cul-de-sac» proposé par les modèles péquiste et libéral, a dit Mario Dumont. En soirée, M. Dumont a tenu un important rassemblement à l'aréna Gilles-Villeneuve de Berthierville. Plus de 300 personnes étaient présentes, bruyante foule qui a écouté le chef faire un discours de 25 minutes sans note et sans accroc, pimenté de quelques formules imagées appréciées du public. M. Dumont a beaucoup critiqué Jean Charest, qui a «échappé le volant» de plusieurs enjeux majeurs, selon lui.
Vos réactions
A lire absolument! - par Réjean Grenier
Le vendredi 28 novembre 2008 09:00
Le Merven c'est... - par Brun Bernard
Le vendredi 28 novembre 2008 08:00
Méditation - par Kris Richard (krisrichard@hotmail.com)
Le jeudi 27 novembre 2008 23:00
Sus au vote stratégique - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 27 novembre 2008 20:00
À Roland Berger - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le jeudi 27 novembre 2008 20:00
À M. Bousquet - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le jeudi 27 novembre 2008 20:00
À Paul Lafrance - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 27 novembre 2008 16:00
Etienne Merven « rides again » - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le jeudi 27 novembre 2008 16:00
Une fleur pour M. Bousquet - par Jacques Morissette
Le jeudi 27 novembre 2008 16:00
Ah non pas Marois! pas encore la souveraineté..on en a marre d'en en entendre parler.... - par Jean Lahoud
Le jeudi 27 novembre 2008 16:00
Menotté au Canada - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le jeudi 27 novembre 2008 16:00
@ Le Merven - par Gilles Bousquet
Le jeudi 27 novembre 2008 15:00
M.Charest, les québécois savent que la neige vient des nuages... - par Lemieux Line
Le jeudi 27 novembre 2008 13:00
Et c'est reparti... - par Etienne Merven (emerven@sympatico.ca)
Le jeudi 27 novembre 2008 13:00
@ M. Jacques Morissette - par Gilles Bousquet
Le jeudi 27 novembre 2008 11:00
Vivement l'indépendance - par jean-marie francoeur
Le jeudi 27 novembre 2008 10:00
Un bon génie voudrait peut-être exaucer mon voeu pour cette élection? - par Jacques Morissette
Le jeudi 27 novembre 2008 10:00
Bravo Pauline! - par Gisèle Côté
Le jeudi 27 novembre 2008 09:00
Démasquer un coup fourré - par Pierre-S Lefebvre
Le jeudi 27 novembre 2008 08:00
Bravo Mme Marois - par Marc Desnoyers
Le jeudi 27 novembre 2008 08:00
Encore une autre campagne? - par Brun Bernard
Le jeudi 27 novembre 2008 07:00
3 priorités prioritaires de nos 2 partis provinciaux - par Gilles Bousquet
Le jeudi 27 novembre 2008 07:00
Le vendeur de "chars usagés" des années 40. - par Gilles Delisle (gilles-delisle@videotron.ca)
Le jeudi 27 novembre 2008 06:00
Les mains liées - par Paul Lafrance
Le jeudi 27 novembre 2008 05:00
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