Données sur les projets d'investissements des entreprises - Jérôme-Forget se retrouve dans l'embarras

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Robert Dutrisac
Édition du mardi 25 novembre 2008

Mots clés : Investissements des entreprises, Monique Jérôme-Forget, Élection, Économie, Québec (province)

Pauline Marois entourée de membres de son équipe, Nicole Stafford, Éric Bédard et Éric Gamache, hier, au local électoral de Charlevoix. La chef du PQ parle d'amateurisme au sujet de l'écart entre les prévisions gouvernementales d'investissements des entreprises et les projets confirmés.

Photo: Clément Allard

Québec -- À la veille du débat des chefs, la ministre sortante des Finances, Monique Jérôme-Forget, s'est retrouvée dans l'embarras, et toute l'équipe libérale par la même occasion, à cause des données sur les projets d'investissements des entreprises que le ministère des Finances a dévoilées juste avant le déclenchement de l'élection.

Dans le document qui accompagnait la mise à jour économique livrée par la ministre des Finances le 4 novembre dernier, le ministère a dressé une liste de 22 grands projets privés de 100 millions et plus qui devaient se réaliser au cours des cinq prochaines années. Or, selon une enquête du Journal de Montréal, des projets pour une valeur de 11 milliards sur le total de 16 milliards ont été reportés, voire abandonnés, ou encore n'ont pas été confirmés par les entreprises figurant sur cette liste.

En tournée au Saguenay-Lac-Saint-Jean, Monique Jérôme-Forget a soutenu que les prévisions d'investissements du ministère étaient exactes. «Le ministère des Finances s'assure avant de publier quelque chose comme ça que c'est bien dans le pipeline», a-t-elle martelé. «Est-ce que les gens ont décidé de le retarder de six mois ou d'un an? C'est une liste sur cinq ans.»

Son embarras était tel qu'elle a demandé, hier, au sous-ministre des Finances, Jean Houde, de donner des entrevues aux médias afin d'apporter des clarifications, ce qui n'est pas sa spécialité.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a sauté sur l'occasion pour accuser les libéraux d'«amateurisme». Selon elle, cet écart entre les projets d'investissements prévus et ceux qui sont confirmés par les entreprises sème le doute sur les autres données contenues dans la mise à jour économique ainsi que sur les prévisions de croissance avancées par le gouvernement. Ce doute ravive ceux qui planent sur l'état réel des finances publiques et sur les résultats de la Caisse de dépôt, a-t-elle fait valoir.

Le candidat de l'Action démocratique du Québec dans Chapleau et porte-parole en matière de finances, Gilles Taillon, a qualifié de «maquillage éhonté» les données sur les investissements privés rendues publiques à la veille des élections. «Ce n'est qu'une preuve de plus qu'on camoufle la réalité pour essayer d'arracher des gains avant l'élection», juge-t-il. «C'est prendre les électeurs pour des caves.»

Dans son enquête, Le Journal de Montréal a contacté chacune des 22 entreprises pour qu'elles confirment leurs investissements dont faisait état le ministère des Finances dans le document intitulé Le Point sur la situation économique et financière du Québec. Ainsi, chez Petro-Canada, on a informé le journal que l'on avait suspendu la construction de l'usine de cokéfaction, un projet de 1,5 milliard, en raison du conflit de travail avec ses employés. Ultramar a reporté le projet d'expansion de sa raffinerie au coût de un milliard. D'autres entreprises, comme Alcoa, ne savaient pas où le ministère avait pris ses chiffres. D'autres chiffres dépassaient nettement l'évaluation de l'entreprise.

Pour des entreprises comme Bell et Desjardins, les investissements mentionnés portaient sur des dépenses normales en immobilisations; aucun grand projet n'était visé. Hydro-Québec a refusé de commenter les données sur les parcs éoliens.

En plus de projets reportés, la compilation du journal retranche de la somme avancée par le ministère des Finances tout ce qui est dépense normale d'immobilisations et tout ce que les entreprises n'ont pas voulu commenter.

Dans un entretien avec Le Devoir, le sous-ministre Jean Houde s'en est pris à la méthodologie du journal. Il a relevé le cas des projets éoliens d'Hydro-Québec. «S'il y a quelque chose qui est connu, qui est public, qui a été annoncé, c'est bien l'investissement éolien d'Hydro-Québec», a-t-il souligné.

M. Houde estime aussi que la construction de l'usine de Petro-Canada aurait dû être comptabilisée par le journal. Ce projet est déjà amorcé et il est suspendu en raison d'un lock-out. Selon toute probabilité, il se réalisera au cours des cinq prochaines années, croit le sous-ministre. Les dépenses en immobilisations de Desjardins devraient aussi figurer sur la liste; elles font partie des investissements privés qui génèrent de l'activité économique, a-t-il argué.

De fait, dans la liste des 22 projets, seul le projet d'Ultramar devrait être retiré, a concédé M. Houde, mais l'annonce de l'abandon de l'entreprise a été faite après le 4 novembre, date de la mise à jour économique. Mentionnons aussi le projet de Mines Agnico-Eagle (Goldex) qui a été achevé en avril dernier et qui ne devrait pas apparaître dans la liste des projets 2009-2015.

Chacun des projets figurant dans la liste a été validé, a soutenu M. Houde. Ces 22 projets n'étaient que des exemples pour «montrer aux gens qu'il y avait de l'activité économique au Québec», a-t-il expliqué. Ils constituent une faible part des investissements que les entreprises effectueront au Québec pendant les cinq prochaines années, soit 16 milliards sur quelque 130 milliards, a aussi fait remarquer le sous-ministre.

«C'est une prévision. Il n'y a aucune garantie que ces investissements vont se réaliser. S'ils décident de ne pas les faire, eh bien, on modifiera notre prévision économique», a-t-il dit.

Le sous-ministre ne croyait pas si bien dire. Ainsi, le chef de la direction de Petro-Canada, Ron Brenneman, a annoncé, hier après-midi, que l'entreprise envisageait de reporter à plus tard l'amélioration de sa raffinerie de Montréal, afin de réduire ses coûts.

Pour l'an prochain, le ministère prévoit que les investissements des entreprises s'élèveront à 29,9 milliards, soit 1,2 milliard de plus que la prévision pour 2008. Jean Houde a reconnu que le ministère n'avait pas «présupposé» que les projets seraient abandonnés en raison de la conjoncture économique. «On n'a pas fait ça», a-t-il affirmé. «Peut-être que ça va fondre compte tenu de la conjoncture, mais si ça fond, on s'ajustera.»

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Avec La Presse canadienne


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