Plein le stade
Mots clés : Alouettes de Montréal, Stade olympique, coupe Grey, Sport, Montréal
Combien de temps, déjà, que je n'avais mis les pieds, ni quoi que ce fût d'autre d'ailleurs, au pittoresque Stade olympique? Ouais, à peu près cela, quatre ans. 2004, la dernière saison de vie de nos Expos, me semble pourtant que voilà une éternité qu'ils sont partis. Je devrais probablement me réjouir de ce qu'à mon âge, le temps paraît passer moins vite qu'avant. Mais en vérité, cela fait cinq ans, pour le Stade. La dernière année des Expos, je n'y suis pas allé. Je n'aime pas les agonies. Et je n'ai jamais cru à l'intervention du Saint-Esprit à la dernière minute.
Il peut même se trouver une âme, comme dans le bon vieux temps. Et hier, il y avait, de fait, des airs de bon vieux temps, d'autant plus qu'ils faisaient jouer KC and the Sunshine Band, ABBA, Earth Wind & Fire et autres trucs semblables de la belle époque pendant certaines pauses. À la fin des années 1970 et au début des années 1980, l'a-t-on oublié, les Expos faisaient salle comble, et il fallait parfois s'y prendre deux mois d'avance pour obtenir un billet au niveau 700. Les Alouettes aussi faisaient salle comble. Le Manic, bondance, membre d'une des ligues les plus broche à foin qui aient jamais existé, faisait salle comble au Stade olympique. Il n'y avait pas de toit, le mât était, comment dire, à mi-mât, le tapis ne payait pas de mine, mais l'enthousiasme des foules qui y accouraient donnait au grand bol de béton une sorte de cachet.
Dès la présentation des joueurs, on pouvait sentir cette ambiance. En pratique, le match se déroulait sur terrain neutre, et si, un peu partout, on apercevait des supporters aux couleurs des Stampeders, voire des Lions ou des Roughriders -- beaucoup, beaucoup de monde en vert Saskatchewan, comme l'impression que, grisés par un rare championnat en 2007, ils ont aussitôt réservé leurs places pour cette coupe Grey-ci en imaginant que les leurs allaient de nouveau y prendre part --, il était évident par le bruit émis qu'on avait affaire à un local et à un visiteur, qu'il y en avait des plus égaux que d'autres et que Calgary avait eu la malchance d'atteindre la joute ultime l'année où son vis-à-vis l'accueillerait. Et l'écrasante majorité ont fait ce que tous les amateurs de football savent qu'il faut faire pendant un match: respecter le silence quand son équipe a possession du ballon, et crier comme des demeurés lorsque l'adversaire est à l'attaque.
Ça faisait drôle, tout de même, de voir le corridor menant à la rotonde du stade parfaitement bondé, comme quand on avait peur qu'il n'y ait plus de place. Le métro aussi était plein à craquer trois heures avant le botté d'envoi, comme quand on faisait un pèlerinage à Pie-IX et qu'au lieu d'annoncer la station, l'opérateur lançait «Go Expos!». Mais dans le corridor, on a effacé toute trace du passé. Disparues les vieilles photos des Jeux olympiques de 1976, des Expos et des Alouettes, comme s'il n'y avait jamais eu de sport dans cet édifice. Exit Greg Joy, Gary Carter et Johnny Rodgers. En lieu et place, on ne trouve plus que des autopromotions du centre sportif du parc olympique et une publicité de Tourisme Québec incitant à visiter... le Rocher percé. À l'intérieur même du stade, il n'y a plus que le gouvernement qui annonce, comme s'il était le seul à n'avoir pas compris que plus personne ne va là, ou si peu fréquemment que ça n'en vaut pas la peine.
Et puis remarquez, une chance qu'il n'y a pas eu de tempête de neige en fin de semaine, sait-on jamais, cela aurait pu forcer le report du match ou son déménagement à Toronto pour des raisons générales de fragilité du plafond. La dernière fois que les Alouettes avaient disputé une finale à la maison, c'était en 1977, et ce dimanche de novembre, un blizzard de tous les diables s'était abattu sur Montréal, il faisait moins 80 000 degrés et les transports publics étaient en grève. Le stade s'était quand même rempli, les gens avaient fait du ski-doo ou de la raquette ou je ne sais trop, et Tony Proudfoot, le demi défensif, avait eu la lumineuse idée de mettre des broches sous ses chaussures et celles de ses coéquipiers pour éviter de glisser sur le terrain transformé en patinoire, et les Alouettes avaient gagné 41-6 contre, paradoxalement, des Eskimos démunis. Or on sait qu'en raison du toit qui risque à tout moment de s'effondrer si d'aventure la couche le recouvrant devient par trop épaisse, le Stade ferme désormais du 1er décembre au 31 mars -- et que l'Impact, qui en aurait besoin pour son match de la Ligue des champions CONCACAF fin février, pourrait devoir aller jouer ailleurs, c'est bête de même --, mais s'il y avait eu une chute de quinze pieds ces derniers jours, qu'aurait-on fait, je nous le demande un peu.
Cela dit, malgré tous ses défauts, il doit bien plaire aux Stampeders de Calgary, le Stade olympique. (Les Stampeders qui, soit en dit en passant, devraient délaisser ces déraisonnables pantalons noirs et revenir au bon vieux simple rouge et blanc d'antan. Je sais bien que rouge et noir, ça fait vachement stendhalien, mais je gagerais que leur ligne à l'attaque, elle, ne le sait pas et n'aurait donc aucune objection à un pareil retour aux sources.) C'est ici qu'ils avaient remporté leur dernière coupe Grey, en 2001. Hé, c'est ici qu'ils avaient remporté leur dernier match éliminatoire, en 2001, ce qui nous donne une idée de l'ampleur de la léthargie dans laquelle ils étaient plongés jusqu'à ce qu'ils émergent cette année et offrent le meilleur rendement de la Ligue canadienne de football canadien. Cette fois-là, ils affrontaient les Blue Bombers de Winnipeg et ç'aurait dû laisser plutôt froide la foule montréalaise, mais un génie avait eu l'idée de remettre à chaque spectateur une paire de Thunderstix, certainement la pire invention dans l'histoire de la santé mentale, de sorte que la caisse de résonance s'était fait aller autant qu'hier, mais pour les mauvaises raisons.
Et cette défaite des Alouettes vient de nouveau prouver, si besoin est, que c'était bien mieux quand on jouait avec pas de toit, quand il y avait juste neuf équipes (la LCF constitue le seul circuit connu qui comptait plus d'équipes dans le bon vieux temps qu'aujourd'hui) et quand Winnipeg n'était pas situé dans l'est.
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