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Les nouveaux prédateurs.
Prenons le cas de Richard Fuld, président et directeur général de la banque d'affaires Lehman Brothers mise en faillite en septembre dernier. Entre 2000 et 2007, ce banquier reçut en salaire et en bonis divers la valeur de 500 000 000$. Chaque fois où j'ai eu à écrire ce chiffre, il m'a mis au défi d'en comprendre la proportion.
Richard Fuld est à l'image de ses collègues banquiers avec qui il partage les officines privées de haut rang ou il se nourrit et s'épanche. Vous et moi ne savons même pas comment elles s'appellent. Je ne lis pas Forbes. Peut-être vous ?
On comprend aujourd'hui par quels mécanismes fautifs la gestion financière de Lehman Brothers entraina l'implosion de cette banque. De toute évidence, Richard Fuld a mené les opérations de haut-lieu qui ont permis de créer les outils empoisonnés avec lesquels sa banque a infecté les marchés mondiaux. Ses homologues adoptèrent de diverses façons les méthodes et les approches de Fuld et y ajoutèrent à la dynamique des marchés leurs propres versions toxiques, papiers commerciaux, "Hedge Funds" et tutti quanti.
Il est difficile d'imaginer que ces banquiers ne connaissaient pas la toxicité de leurs nouveaux produits. Ils n'ont pourtant pas hésité à les vendre agressivement sur les marchés mondiaux en accumulant tout au long de l'opération des salaires et des bonis faramineux : 500 000 000$ pour le plus vorace d'entre eux ! Cela représente un salaire annuel moyen de 62 500 000$ pendant huit ans, ou 32,552$ de l'heure. J'accorde à M. Fuld une maigre semaine de 40 heures de travail pour calculer son taux horaire. Évidemment s'il en travaille le double, le pauvre, son taux horaire ne serait que de 16 226$ de l'heure.
Il devient tout-à-coup fascinant d'imaginer comment le cerveau d'un Fuld fonctionne et à partir de quelles bases il prend ses décisions. Et je ne parle pas du choix difficile et quotidien du vin qui accompagnera sa brandade de cabillot ou son boeuf Wellington. Je parle des décisions qui ont mené sa banque à la faillite. Et nous voilà en territoire de prédation, là où ceux qui y chassent n'ont plus aucune autre motivation que celle suscitée par leur cupidité et leur mégalomanie.
Voilà me semble-t-il une histoire de cas à analyser en profondeur : un étudiant doctoral des HEC ou en Économique ne pourrait-il pas en faire un premier survol et publier là-dessus ? Je lirais avec le plus grand intérêt. Il faut absolument que j'améliore mon rendement ! Mon salaire est désespérément minable en comparaison : 32 552$ de l'heure, ça fait 260 416$ par jour, 1 302 080$ par semaine et 5 208 333$ par mois.
