Francis Gagnon-Bergmann dans Blainville - Une brique à la fois vers la victoire

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Fabien Deglise
Édition du lundi 17 novembre 2008

Mots clés : Blainville, Québec solidaire, Francis Gagnon-Bergmann, Parti politique, Élection, Québec (province)

Québec solidaire a beaucoup de travail à faire pour se faire connaître

«Je suis tombé dans les derniers jours sur un électeur d'origine haïtienne, anciennement péquiste, qui m'a dit que QS reflétait désormais le plus ses idées, raconte Francis Gagnon-Bergmann. Ça veut dire que l'on continue d'avancer.»

Photo: Jacques Nadeau

En politique, comme au travail, le candidat de Québec solidaire (QS) dans la circonscription de Blainville a décidé d'y aller une brique à la fois. Francis Gagnon-Bergmann -- c'est son nom -- n'a d'ailleurs pas le choix. Avec 810 voix récoltées, sur les 42 795 votes exercés en 2007, le jeune journalier-briqueteur, qui dit vouloir faire de la politique sa profession, a en effet beaucoup de place pour améliorer son sort électoral cette année.

En ce matin frisquet de début de campagne, c'est donc de porte à porte, sur la Montée Gagnon à Bois-des-Filion, dans le 450 nord de Montréal, que ce «gars de la construction» a décidé de se paver une route vers la victoire. «Pourquoi pas?» lance-t-il au Devoir, entre deux portes restées closes. «J'ai bien l'intention de devenir député pour amener du sang neuf à l'Assemblée nationale. Ce sera une révolution.»

Révolution. Le mot est certainement bien choisi pour ce candidat hors norme de QS qui est également, depuis le 19 octobre dernier, le nouveau chef du Parti communiste du Québec (PCQ). Cette formation politique «d'extrême gauche», assume-t-il, est un des quatre collectifs radicaux à évoluer au sein du parti de Françoise David et d'Amir Khadir, avec Masse critique, Socialisme international et Gauche socialiste. Le jeune politicien de 25 ans y a fait ses premières armes dans le monde de la politique. Avant de «s'impliquer pour QS», lance-t-il. «Mais je ne veux pas trop que l'on parle du PCQ. Je ne veux pas rentrer dans ce débat-là!»

Sujet tabou? Excentricité familiale que QS préfère cacher (sur le site Internet du parti, il est écrit sobrement que Francis Gagnon-Bergmann «s'implique [...] au niveau du collectif PCQ» sans explication de l'acronyme)? Le candidat semble effectivement mal à l'aise devant les questions sur sa vie, son parcours au sein de cette autre formation politique, mais aussi sur les idéaux qui viennent généralement avec. «Je suis dans la course sous les couleurs de Québec solidaire, pendant la campagne, je m'engage à défendre les idées de QS et à contribuer à faire avancer les idées de ce parti inclusif», résume-t-il, un brin agacé.

Le projet est louable, mais, au bout de l'autoroute 19, dans la circonscription de Blainville, cette circonscription de 77 000 habitants formant principalement des familles de la classe moyenne, il est loin d'être une sinécure. En 2007, l'adéquiste Pierre Gingras y a délogé en effet le péquiste Richard Legendre avec une majorité de 3500 voix. Québec solidaire n'a récolté que 1,91 % des suffrages, soit 0,81 % de plus qu'Union des forces progressistes (UFP), cinq ans plus tôt. Ce parti est, avec Option citoyenne, à la source de QS.

«C'est vrai que le parti n'est pas très connu ici», lance Francis Gagnon-Bergmann. «Mais la situation commence à changer. Je suis tombé dans les derniers jours sur un électeur d'origine haïtienne, anciennement péquiste, qui m'a dit que QS reflétait désormais le plus ses idées. Ça veut dire que l'on continue d'avancer.»

Faire tourner les bungalows à bâbord

Mais en ce jeudi matin, la pêche n'est toutefois pas très bonne. «Québec quoi?», lance une résidante de la Montée Gagnon devant laquelle le candidat solidaire vient de se présenter, le nez rougi par le froid mais le veston bien repassé et le macaron au nom de son parti parfaitement en évidence sur la boutonnière. «Vous êtes souverainiste? Ça ne m'intéresse pas: il faut s'entraider dans tout le Canada», dit une autre. «Moi, je ne vote plus depuis des années, assène un retraité qui fait prendre l'air à un chien hyperactif devant sa maison. Ce sont tous les mêmes.» Le travailleur de la construction encaisse avec calme. Il est habitué aux briques.

«C'est pas facile, aujourd'hui», résume Francis Gagnon-Bergmann à qui la loi sur les élections impose depuis le début des hostilités électorales de recueillir 100 signatures d'appui à sa circonscription pour que son nom apparaisse finalement sur le bulletin de vote le 8 décembre prochain. «Mais je vais continuer à me battre pour le changement», dit le jeune politicien qui, quand il n'est pas en campagne, organise des projections publiques et commentées de documentaires engagés -- Sicko de Michael Moore, Who Kill the Electric Car de Chris Pain, The Corporation, de Mark Achbar et Jennifer Abbott étaient récemment à l'affiche.

«La justice sociale, le partage des richesses, la lutte contre le néolibéralisme, on ne retrouve pas ça dans les programmes des partis traditionnels qui, finalement, utilisent la même langue de bois pour dire la même chose, en la formulant différemment», poursuit le candidat de QS. Le chef des communistes québécois accueille toutefois avec un silence gêné toutes les questions sur la «lutte des classes» et «la dictature du prolétariat», des thèmes qui, à une autre époque, ont porté les organisations à saveur communiste.

«L'idée du socialisme n'est pas morte, poursuit le candidat, et ce qui me rassure, c'est que de plus en plus de jeunes comme moi se politisent et s'engagent pour le changement en matière de démocratie, d'environnement, d'économie, d'éducation.» Francis Gagnon-Bergmann dit d'ailleurs en être témoin quotidiennement dans les cafés-discussions qu'il organise de temps en temps dans un centre communautaire de Blainville, mais aussi sur Facebook -- «c'est la grande tendance de l'année», lance-t-il en souriant -- où le communiste solidaire bien de son temps tient parfois salon.

L'endroit, pour un politicien de sa génération, est incontournable. Mais sa présence là n'est certainement pas responsable de l'accueil que lui réserve la propriétaire d'un salon de toilettage pour chiens où il espère décrocher ses deux dernières signatures: «Je vais t'encourager», lance la propriétaire des lieux après que le candidat de QS eut décliné son identité et le nom de son parti. Le jeune Francis sourit. «C'est moi qui ai récupéré ton chien quand il s'est enfui de chez toi, ajoute-t-elle. Attends, je vais aussi faire signer ma fille!» En arrière, un camion citerne passe et, l'air de rien, le candidat de QS vient d'obtenir son billet d'entrée sur la route électorale.


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Caractère bizarre du candidat - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 17 novembre 2008 16:00

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