Naufrage intérieur
Mots clés : Titanic, Exposition, Culture, Québec (province)
Cette semaine, je suis allée jeter un oeil à l'exposition Titanic, au 5e étage du Centre Eaton. Un lieu familier. Combien de films ai-je vus là-bas, quand Famous Players y tenait ses écrans de cinéma? Des centaines. Les rares salles francophones du Centre-ville de Montréal tombent comme des mouches: Le Parisien, le Centre Eaton en dernière hécatombe. Mais passons, puisqu'il faut passer...
L'aventure paraît tirée de la mythologie grecque, comme lorsque Icare se brûle les ailes à vouloir atteindre le soleil. Les riches en haut, les pauvres en bas, unis in extremis dans le courage ou la lâcheté. Et ce capitaine, au bord de la retraite, englouti, comme 1522 passagers. Et ces canots de sauvetage manquants, faute d'avoir prévu le pire. Ces valeureux musiciens jouant: «Plus près de toi, mon Dieu!» avant de sauter. Tant d'éléments conçus exprès pour la légende. Échec de la science, folie des grandeurs de la ligne White Star, et un destin en forme d'iceberg, blanc comme l'ange de la mort. Crac! Boum! Plouf!
Le Titanic.
Une épave rongée, 3843 mètres au fond de l'Atlantique nord. Et des artefacts pillés, plusieurs disparus, certains retrouvés. Des survivants aujourd'hui éteints. Mais une mémoire collective intacte, avide de nouveaux détails, qui veut voir, sentir, toucher, imaginer surtout.
L'expo présente 288 objets récupérés, au milieu de décors reconstitués, de photos, de maquettes, de journaux d'époque, etc. Bon! Ce n'est pas une expérience incontournable, surtout pour ceux qui connaissent l'odyssée par coeur, ici avant tout limitée au sort individuel de quelques passagers décrit sur des panneaux. Et comment aurait-on pu identifier les bijoux exposés, dont les propriétaires ont sans doute péri? Ça reste flou du côté de la réponse. On parcourt du regard des bouteilles de champagne, des parfums, des hublots, des assiettes et des bibelots de porcelaine, des pièces de machinerie, etc. Un document vidéo se penche sur le mode de récupération des objets. Quand même: ça fait tout drôle de voir bracelets et monnaie de visu, ultimes témoins des fêtes et du plongeon, presque irréels pourtant...
Première escale à Montréal, soit, mais cette expo circule partout depuis 14 ans. RMS Titanic, une entreprise d'Atlanta, sa productrice, se targue d'être la seule compagnie autorisée à récupérer des objets de la célèbre épave. Il y eut, pour tout dire, bisbille juridique compliquée en la matière. Un décret français estima que l'entreprise ne possédait des droits que sur 1800 objets parmi les 5500 remontés à la surface. RMS Titanic avait pris accord avec une des maisons londoniennes ayant assuré des biens personnels durant le fameux voyage, mais une juge américaine décréta en octobre 2007 cette entente sans valeur légale ou factuelle. D'où un nouveau recours en justice. Quoi qu'il en soit, RMS Titanic s'est endetté ferme, lors des six expéditions de récupération, et renfloue ses coffres en exhibant les artefacts à Las Vegas ainsi qu'à travers quatre expositions itinérantes, dont celle-ci, vue déjà par 22 millions de visiteurs. Comme quoi le mythe Titanic n'est pas près de sombrer. Faut dire qu'il a hanté des vies entières...
Recherche Internet aidant, un petit parcours cinéma de la fameuse tragédie maritime montre l'ampleur de ses échos. Dommage que le premier film (muet) consacré au sujet, Saved from the Titanic d'Étienne Arnaud, sorti aux États-Unis un mois après la catastrophe, ait disparu en laissant moins de traces que l'épave. L'actrice américaine Dorothy Gibson, qui voyageait sur le Titanic en première classe, rescapée sur un des canots, l'avait coécrit et interprété en portant la même robe que le soir fatidique. Dure perte pour le septième art!
Mais sur pellicule aussi, la trajectoire du navire fut houleuse.
La White Star tenta d'empêcher la sortie d'Atlantic d'Ewald-André Dupont, adapté en 1929 de la pièce The Iceberg d'Ernest Raymond, «pour préjudice causé aux compagnies maritimes britannique». En vain! Elle dut d'ailleurs affronter pire...
Lancé en 1943, Titanic, superproduction nazie, faisait porter tout le blâme du naufrage sur le directeur général de ladite White Star Line, afin de harponner les Britanniques. D'où la révolte de son réalisateur, Herbert Selpin, arrêté en cours de tournage par les forces du Reich «pour propos véhéments contre le régime» et qui se suicida en prison. Goebbels chargea Werner Klinger de terminer la réalisation. Présumons que celui-ci s'exécuta docilement...
Parmi les Titanic diffusés ici et là sur notre petit écran, les images se confondent. Entre celui de Jean Negulesco en 1953 et A Night to Remember de Roy Ward Baker, cinq ans plus tard, lequel mettait en scène Barbara Stanwyck? Le premier, je crois. Mais on en a vu défiler tellement!
Visitant même l'épave sur Imax avec Titanica de Stephen Low et Ghost of the Abyss de James Cameron. Ce dernier fit plonger sa caméra à la rencontre du paquebot qui lui avait valu le succès planétaire et onze Oscars. Trop tard! DiCaprio et Kate Winslet à la proue de son Titanic étaient devenus plus réels que le réel. Décidément, documentaires et expos font concurrence à trop d'images fictives. L'inconscient collectif a pris possession du grand paquebot qui vogue et sombre dans les esprits depuis près de cent ans. À côté de ça, les artefacts véritables semblent réduits à bien peu de chose et parfois si rouillés...
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Je suis présentement au Festival de Marrakech et vous écrirai de là-bas. À bientôt!
Vos réactions
Chère Odile - par Jean-Pierre Audet (jean.pierre.audet@videotron.ca)
Le samedi 15 novembre 2008 12:00
Mme Bombardier pensait à moi. - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 15 novembre 2008 10:00
Titanic - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 15 novembre 2008 06:00

