Journée noire pour Mario Dumont

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Antoine Robitaille
Édition du mardi 11 novembre 2008

Mots clés : Parti politique, Mario Dumont, ADQ, Québec (province)

Photo: Antoine Robitaille, Le Devoir
Confrontée à un refus de la Commission scolaire de Montréal de voir l'ADQ visiter l'Institut de formation aérospatiale en période électorale, l'équipe du chef adéquiste a devancé en catastrophe une visite à L'Ambroiserie, une érablière et un vignoble qui produit un vin mousseux. Mario Dumont est accompagné, à gauche, par le député de Mirabel, François Desrochers, et à droite, par le propriétaire de l'Ambroiserie, Michel Roy.

Gatineau et Mirabel -- Rendez-vous à une mauvaise adresse, vidéos caustiques retirées du site Internet, commission scolaire qui refuse de recevoir l'ADQ: la journée a été très difficile pour Mario Dumont, hier.

Peu avant midi, hier, le chef adéquiste a dû personnellement demander aux gestionnaires du site Internet de l'ADQ de retirer des vidéoclips contenant des attaques personnelles à l'endroit de la chef péquiste, Pauline Marois. Grâce à des photos truquées, on la présentait dans des vêtements et des lieux somptueux, arborant des bijoux étincelants. On la traitait de «snob», on la comparait tant au personnage tintinesque la Castafiore qu'à Madame de Pompadour (on rebaptisait Mme Marois Pompe-à-fric...) et on s'y moquait de sa piètre maîtrise de l'anglais. Un clip présentait Mme Marois et son mari, Claude Blanchet, comme des «gagnants à vie» de Loto-Québec.

Le style d'attaque rappelait par certains aspects celles des conservateurs à l'endroit du chef libéral, Stéphane Dion, sur Internet, lors de la dernière campagne. À la question «est-ce votre côté conservateur qui ressort dans ces vidéos?», M. Dumont a rétorqué «c'est mon côté drastique qui vient de régler ça dans l'autobus!». Certains des clips sont «très humoristiques», s'est-il défendu, et resteront sur le site. «J'entends à rire, vous me connaissez, j'entends à rire, mais les affaires inacceptables sont débarquées du site. Je viens de réaliser ça, et c'est réglé», a-t-il tranché, souhaitant mettre cette affaire derrière lui le plus vite possible. Il a ajouté que n'est pas là «l'esprit de la campagne» que son parti veut faire. «C'est sûr que c'est tentant, parce que ce sont des affaires qui circulent sur Internet, [...] et YouTube a ce potentiel. Il y a plein d'affaires qui circulent sur tout le monde. C'est tellement facile de mettre juste le lien», a-t-il précisé, insistant pour dire que son équipe allait désormais «apprendre à se retenir» et soutenant que ce n'était pas des gens de l'ADQ qui produisaient ce type de matériel.

Pauline Marois et le PQ se sont refusés à tout commentaire, hier. Dans son entourage, on n'a toutefois pas hésité à rappeler «l'affaire Élodie Gagnon-Martin», fausse identité d'un blogueur adéquiste qui s'amusait à produire et à diffuser sur «Les dessous de la politique», ce même type de parodies (qui furent aussi disponibles sur un autre blogue intitulé «Chez nous c'est pas Pauline» ainsi que sur le «Blogue de centre-droit», de David Chrétien, un militant adéquiste). En septembre 2007, après que Le Devoir eut publié un texte sur l'histoire du blogue «Les dessous de la politique», il avait été fermé.

Adéquistes acidulés

Les adéquistes sont très actifs dans la blogosphère et ont développé un style unique fait de photos truquées et de moqueries diverses. Lors de la campagne électorale de 2007, le blogue adéquiste «Le Surfeur autonome», produit par Pierre Morin, (ardent adéquiste et ancien du cabinet de Mario Dumont des années 2004-2007), avait attiré l'attention des grands médias, où il avait été cité à de multiples reprises. M. Morin, qui signait à l'époque MisterP, est depuis le printemps 2007 chef de cabinet du vice-président de l'Assemblée nationale, Marc Picard. M. Morin est désigné comme «le blogueur» par l'entourage de M. Dumont.

Pendant la campagne électorale fédérale, un autre blogue adéquiste anonyme est apparu, intitulé «Bleu Québec, parce que la droite n'est pas une maladie», qui s'attaquait principalement au Bloc, mais aussi au PQ et au PLQ, surtout à l'approche du lancement de la campagne électorale. Dans ce blogue, on s'en est pris fortement aux deux transfuges, André Riedl et Pierre-Michel Auger. Selon M. Riedl, croisé la semaine dernière dans les couloirs du Parlement, ce blogue «contient du matériel clairement diffamatoire» à son endroit et à l'endroit de M. Auger. Des accusations graves qui ont été d'ailleurs reprises sur un des sites de l'ADQ où l'on diffuse une revue de presse. «Lorsque je saurai qui fait ce site, je vais le poursuivre devant les tribunaux», a déclaré le député Riedl.

Lorsque Le Devoir a questionné M. Dumont sur les blogues, celui-ci a répété ce qu'il avait dit il y a un an, c'est-à-dire qu'il s'y publie un peu n'importe quoi et que, dans une campagne électorale, il vaut mieux être sur le terrain que dans le cyberespace. «On peut perdre pas mal de temps avec ça. Moi, un candidat qui me dit qu'il va bloguer, je n'y crois pas tellement.»

La commission scolaire qui dit non

Comme un malheur ne vient jamais seul, hier en fin de matinée, la Commission scolaire de Montréal a informé l'ADQ que, malgré une entente conclue la semaine dernière, elle ne voulait plus que M. Dumont aille visiter l'Institut de formation aérospatiale (IFA). «La Commission scolaire a tiré la plogue ce matin», a déploré le chef adéquiste lors d'une brève visite dans l'autobus des journalistes.

La Commission scolaire de Montréal a soutenu qu'elle avait adopté le 6 novembre (lendemain du déclenchement des élections) une «recommandation» au sujet des activités partisanes lors de la campagne électorale. «Afin d'éviter tout malentendu, le Service des communications recommande de ne pas autoriser la tenue d'événements partisans ou médiatiques à l'intérieur des locaux ou sur le terrain des écoles», dit le texte de la «recommandation», qui n'est toutefois pas signé. On prétendait éviter de «mêler» les activités pédagogiques normales des écoles avec la volonté des candidats «de se faire prendre en photo avec des enfants». «Nous ne voulons pas, non plus, que nos établissements servent de toile de fond ou de prétexte pour des annonces ou des promesses électorales. Par exemple, l'École des métiers de l'aérospatiale peut devenir très alléchante en période électorale.»

En fin d'après-midi, M. Dumont, qui propose l'abolition des commissions scolaires, a eu ce commentaire : «Une commission scolaire n'a pas laissé d'autonomie à son institution locale; ça a plutôt tendance à prouver le bien-fondé du programme de l'ADQ.»

L'équipe du chef adéquiste a donc décidé de devancer en catastrophe une visite à L'Ambroiserie, une érablière de Mirabel, qui est aussi un vignoble produisant des alcools entièrement faits à partir de l'érable. Mario Dumont y a fait une sortie sentie contre la Société des alcools du Québec, qui ne facilite pas la tâche aux producteurs québécois en ne leur donnant pas assez de place sur les rayons. «Toute la gamme des produits de l'Ambroiserie est disponible au Japon et en Europe, mais pas au Québec! C'est absurde.»

Mauvaise garderie

La journée du chef adéquiste avait aussi mal commencé en raison de problèmes d'organisation. Des militants et des policiers ont été dirigés à une mauvaise adresse, la Garderie Enfantastique, à Hull. Or, c'était à une garderie du même nom, à Gatineau, que le chef et les candidats devaient en réalité se rendre.

En après-midi, M. Dumont a expliqué son «lundi noir» de la campagne 2008 en invoquant les «ajustements normaux de début de campagne», avant de lancer une flèche au chef libéral: «C'est peut-être encore plus vrai quand le déclenchement est un peu sournois, comme celui que M. Charest nous a fait vivre», a-t-il dit en fin de journée.

À Gatineau, dans la garderie, M. Dumont a présenté sa politique familiale, presque identique à celle de son programme de 2007, dont l'aide aux parents de 100 $ par semaine destinée aux 73 000 enfants «oubliés dans le carcan libéralo-péquiste». La mesure avait été condamnée par le Conseil du statut de la femme au printemps 2007, parce qu'elle inciterait les femmes à rester à la maison. Un jugement qualifié d'«archaïque» par M. Dumont hier, car, selon lui, les hommes, «de plus en plus», choisissent aussi de rester à la maison avec les enfants. Un gouvernement adéquiste accorderait aussi un crédit de 5000 $ aux familles choisissant d'avoir un troisième enfant.


Vos réactions


@ Michel Savard : Faudrait pas tout confondre ! - par André Morency
Le mardi 11 novembre 2008 20:00

De grâce - par Claude Millette
Le mardi 11 novembre 2008 19:00

@ André morency : l'enfer avec la droite, le ciel avec la gauche ! - par Michel Savard
Le mardi 11 novembre 2008 17:00

Politicaillerie... - par Mme et M. JMR et IJ
Le mardi 11 novembre 2008 15:00

@ Lemieux. - par Brun Bernard
Le mardi 11 novembre 2008 13:00

C'est pas que je l'aime... - par Hélène Paulette
Le mardi 11 novembre 2008 12:00

Grossier et ignorant - par jean-marie francoeur
Le mardi 11 novembre 2008 12:00

Tous les moyens sont bons... - par André Morency
Le mardi 11 novembre 2008 11:00

@ M.Brun - par Guy Lemieux (lguyx@videotron.ca)
Le mardi 11 novembre 2008 10:00

Le silence est d`or Mario - par Pierre-S Lefebvre
Le mardi 11 novembre 2008 09:00

Il est bête ce gars là. - par Brun Bernard
Le mardi 11 novembre 2008 07:00

Mais le noir lui sied si bien... - par Eric Shannon
Le mardi 11 novembre 2008 05:00

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